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DEPARTEMENT DES VOSGES.
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AHHAMS
DE
LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION
DÉPARTEMENT DES VOSGES.
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DE
LU SOCIETE D’EMULATION
DU
MPAKTEHENT DES VOSGES.
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TOME VI. — 7* CAHIER. — 1846.
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CHEZ GLEY. IMPRIMEUR DE LA SOCIÉTÉ.
1847. .W".
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LA SOCIÉTÉ D’ÉIULATIOR DES VOSGES.
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Dim LA GB 1 BDB SALLE DE l'hÔTEL-DE- VILLE.
Membres présents : MM. Maud’heux, vice-prési-
dent, occupant le fauteuil en l’absence de M. le
Préfet, président, Ballon, Beaurain, Berher, Charton,
Claudel , Déblayé, Drapier, Dutac aîné, Dntac jeune,
Evon, Gley, Lemarqras, Leroy, Mathieu, Mougeot,
Pierre , Rochatte , Sarazin , Bienaymé , M Haxo ,
secrétaire perpétuel.
MM. Coüeune , maire d’Epinal , Naville père et
fik, de Genève, associés de MM. Dutac frères pour la
mise en valeur des bords de la Moselle , et MM. Boi-
faan, architecte à Mirecourt , et Peureux , maire de la
Chapelle -aux -Bois, membres associés libres, assis-
taient à la séance , ainsi qu’un nombreux auditoire.
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ANNALES
M. le vice-président a ouvert la séance en impro-
visant le discours suivant , dans lequel il a retracé
brièvement les progrès accomplis en tous genres par
le département des Vosges, dans ces dernières années.
« Messieurs,
» Vous êtes habitués à entendre notre honorable
président ouvrir nos séances publiques par de belles
et nobles paroles. Aujourd’hui qu’une circonstance
imprévue m’appelle tout à coup à le remplacer , je
comprends vos trop justes regrets, et je ne saurais ,
je le crois , trouver un meilleur moyen de les di-
minuer qu’en empruntant à notre président lui-même
les principaux traits du tableau que je vais mettre
sous vos yeux.
» Il y a peu de jours , les représentants du dé-
partement se réunissaient dans leur session annuelle,
et , dans son discours d’ouverture , notre président
exposait la situation actuelle du pays et les progrès
qu’il a accomplis depuis quelques années dans toutes
les branches de la prospérité locale. Cet exposé me
faisait éprouver, Messieurs, la satisfaction la plus
vive : j’y trouvais la preuve d’efforts nombreux, per-
sévérants et féconds ; et , à mon tour, je veux vous
faire partager la douce émotion qu’ils ne peuvent
manquer d’inspirer à tous les hommes sincèrement
amis de leur pays.
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DE LA SOCIÉTÉ DÉMUHTIOH. 7
» Nous comptons 546 communes dans le dépar-
tement des Vosges, et toutes entendent si bien la
nécessité de l’instruction primaire et savent si bien
apprécier ses bienfaits , qu’aujourd’hui le départe-
ment ne possède pas moins de 1,068 établissements,
d’instruction , savoir 758 écoles communales , 292
écoles privées et 37 salles d’asile. Encore quelques
efforts , et la moyenne s’élèvera à deux établisse-
ments par commune; et ces efforts, nous sommes
en droit de les attendre. Chaque année , en effet ,
des sommes considérables sont consacrées à*la créa-
tion et à la réparation des maisons d’école : en 1845,
elles ont atteint le chiffre de 188,071 fr. 19 cent.
En 1845, les écoles recevaient 68,560 élèves : en
1846, ce nombre s’est élevé à 71,533. Les salles
d’asile ont reçu 2,798 enfants. Le sort des insti-
tuteurs a été amélioré ; leur traitement atteint en
moyenne 443 fr. 21 cent.
w Partout où l’instruction se développe et se pro-
page , tous les genres de progrès s’accroissent dans,
la même proportion. Aussi notre agriculture mar*
che-t-elle avec rapidité vers des perfectionnements
nouveaux, vers une prospérité {dus grande. Sans
vous parler de ces grandes créations qui couvrent
de prairies les grèves arides de la Moselle, qui
descendent son cours , et qui envahissent par leurs
travaux le département voisin , ne voyons-nous pas ,
chaque année, la culture faire de nouvelles conquêtes
sur la jachère , s’emparer des friches , et mettre en
valeur les terrains les plus incultes? En même temps,
les instruments et les méthodes sc perfectionnent ;
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AHHALES
le bétail s’augmente et s'améliore. Ces progrès sont
sensibles pour tous ceux qui les observent , et tout
à l’heure , les rapporteurs de nos commissions con-
tribueront à les démontrer par les faits qu’ils vont
placer sous vos yeux et soumettre à votre examen.
» En même temps , Messieurs , nos voies de com-
munication se développent de jour en jour. Nous
ne comptons que 286 kilomètres de routes royales ,
mais elles sont dans le meilleur état d’entretien ; et,
grâces à des travaux habilement conçus et dirigés
avec activité , les rampes rapides qui y entravaient
la circulation se rectifient et se nivellent. Trois côtes
autour d’Épinal ont été aplanies au grand avantage
du roulage qui ne les franchissait qu’avec une trop
juste inquiétude : une autre disparaîtra bientôt. Peu
de départements comptent autant de routes dépar-
tementales que le nôtre , et si leur amélioration
n’est pas aussi rapide que celle des routes royales ,
il faut l’attribuer à leur nombre et à la nécessité de
ne pas accroître les charges déjà si lourdes des po-
pulations. Et pourta nt, avec des ressources restreintes,
qui partout ailleurs seraient réputées insuffisantes
pour l’entretien , nos ingénieurs parviennent à réa-
liser encore des rectifications importantes. À l’écart
des routes, les chemins de grande communication
s’achèvent et offriront bientôt à l’agriculture 918
kilomètres de voies neuves et parfaitement tracées.
Un service nouvellement créé s’occupe des chemins
vicinaux ordinaires et y réalise des améliorations
déjà considérables. En même temps , un autre ser-
vice, récent aussi, perfectionne nos rivières flottables,
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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 9
et prépare un écoulement plus facile à quatre millions
et demi de produits, qui adoptent ces voies de trans-
port dont le développement est de 128 kilomètres.
» Avec la facilité des communications , s’accroît
naturellement la fréquence et la multiplicité des re-
lations, et, ici encore, des chiffres éminemment si-
gnificatifs attestent la rapidité des progrès. En 1845,
il a été établi huit nouveaux services de diligences,
cinq nouveaux services de courriers, dix bureaux
de poste, cinq bureaux de distribution. Rien ne peut
mieux attester les développements et la prospérité de
notre commerce.
» L’industrie ne reste point en arrière : aussi
voyons-nous nos cours d’eau se couvrir d’usines nou-
velles. Je ne veux vous parler que de l’industrie la
plus récemment importée dans les Vosges , de celle
qui, en 1820, y comptait à peine deux établissements,
l’industrie cotonnière. En 1840, elle possédait 16
filatures qui comptaient 142,700 broches , et 27 tis-
sages produisant 251, 158 pièces. En 1846, nous avons
28 filatures qui comptent 240,725 broches , et 90
tissages qui produisent 857,193 pièces. Ces chiffres
ne justifientdls pas l’exactitude de cette pensée que
j’ai souvent exprimée : qu’un jour les Vosges appel-
leraient sur leurs cours d’eau, pour profiter de l’é-
conomie des moteurs qu’ils procurent, les établis-
sements que l’industrie cotonnière a d’abord fondés
dans des contrées où la vapeur seule , ce moteur si
coûteux , peut assurer leur exploitation ?
» Il est encore d’autres signes, Messieurs, qui
permettent de mesurer avec quelque certitude les
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ANNALES
progrès d’une contrée , et sa marche vers une pro-
spérité plus grande; de ces signes qui attestent en
même temps l’accroissement de l’aisance générale et
le bon esprit qui anime les populations. Ainsi , les
impôts se perçoivent avec une merveilleuse facilité :
celui-là même qui a toujours rencontré une sorte
d’antipathie , et quelquefois une véritable résistance ,
l’impôt indirect , qui s’est élevé à 2,243,432 francs
en 1845 , n’a exigé que 425 francs 60 cent, de frais
de poursuites, soit 0,0019 pour cent. Toutes les
autres contributions ont été acquittées avec la même
régularité.
» Je parle des impôts financiers ; mais il en est
un autre bien plus lourd encore pour les familles ,
qui ne vient point leur demander ou le superflu de
leur aisance ou une portion de leur nécessaire , mais
bien ce quelles ont de plus cher et de plus précieux;
un impôt qui se lève sur la douleur des pères , sur
le désespoir des mères , sur l’avenir trop souvent
brisé des enfants : je veux parler de l’impôt militaire,
du recrutement. Eh bien ! Messieurs , tel est , dans
notre département, le noble sentiment du devoir,
l’ardent et sincère amour de la patrie , que , quand,
pour toute la France, de 1821 à 1844, le nombre
des insoumis s’est élevé à 10,500 , notre département
n’en a compté que 19; et encore, remarquez-le bien,
tous étaient à l’étranger au moment du tirage , et pas
un seul peut-être n’a su que l’arrêt du sort l'appelait
sous les drapeaux de l’Ëtat.
» Je m’arrête ; je ne veux pas ajouter plus de dé-
veloppements; mais, je le demande avec orgueil, quel
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tl
de la soctÉri d'émulation.
est en France le département où il serait possible
de signaler des résultats aussi beaux, dés progrès
aussi remarquables, un aussi grand amour de l’ordre,
un plus noble dévouement, une conscience aussi
intelligente des devoirs civiques, un plus ardent amour
de la patrie?
» Soyons fiers , Messieurs, d’appartenir à un dé
parlement qui se distingue si bien par ses efforts
persévérants dans toutes les branches du progrès et
par les sentiments généreux et élevés de ses popu-
lations. Soyons fiers surtout d’avoir acquis le droit
incontestable et certainement incontesté de proclamer
que, par notre constance, par nos conseils, quelquefois
par nos exemples, nous avons participé à ces progrès,
nous les avons excités, favorisés, secondés. Persé-
vérons donc dans une tâche si belle, si honorable
et si féconde. Continuons à rechercher le mérite qui
s’ignore, à mettre en évidence toutes les entreprises
généreuses , à recommander toutes les œuvres utiles,
à signaler à l’estime publique ceux qui , par des tra-
vaux patients et dignes d’être imités, concourent
le plus au développement de la prospérité publique.
» C’est ce que vous allez faire tout à l’heure en-
core par les récompenses que vous allez décerner.
Elles sont modestes, ces récompenses; et cependant
un grand nombre les recherche , et tous les accep-
tent avec émotion et reconnaissance. A des travaux
plus considérables, vous décernerez les primes dont
le Gouvernement vous a confié la distribution. Que
ceux qui vont recevoir les unes et les autres com-
prennent bien mes paroles : si ces récompenses sont
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ANNALES
«ne sorte 4e rémunérât»» , elles imposent cependant
des devoirs nouveaux à ceux qui les reçoivent. Ces
devoirs , ils les contractait envers le Gouvernement,
envers nous , envers leurs concitoyens. Ces devoirs
les obligent à répandre autour d’eux les lumières
qu’ils ont acquises, à propager les progrès qu’ils ont
d’abord réalisés pour eux-mêmes , à devenir enfin
vos zélés et constants auxiliaires. »
M. Ballon a eu ensuite la parole pour le compte
rendu des travaux de la Société depuis la dernière
séance publique.
MM. Déblayé et Claudel ont successivement obtenu
la parole , le premier pour le rapport sur les primes
annuelles accordées par la Société , le second pour
le rapport sur les primes accordées par le Ministre
de l’agriculture et du commerce , et destinées exclu-
sivement, en 1846, à l’arrondissement d’Epinal.
Le secrétaire perpétuel a ensuite proclamé les noms
des lauréats.
La séance a été terminée par l’annonce du pro-
gramme des primes que la Société distribuera en
1847, tant sur son propre budget, que sur l’allo-
cation accordée annuellement par M. le Ministre de
l’agriculture; les primes de ce dernier concours sont
destinées exclusivement , pour 1847, à l’arrondisse-
ment de Remiremont.
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DE LA sociéri b’^mllatioh.
n
DBS
TRAVAUX DE LA SOCIETE D’ElDUTION
DU DÉPARTEMENT DES V06GES ,
i i tbw n 30 imnu» 4845, étoqui dk sa duiiUi aéamci fvbliqbi,
jobqb’au 84 siptmiki 4846 ,
Par M. BALLON ,
AVOCAT , MEMBRE TITULAIRE.
Messieurs ,
Quand , chaque année , noos venons bobs réunir dan»
eette enceinte et vous entretenir de nos travaux et de nos
e sp é ra nces, ce n'est point à an vain «sage, à une tra-
dition stérile que. noua entendons noos conformer ; noos
ne faisons qu'obéir à un sentiment inhérent an cœtnr do
l'homme , à ce besoin impérieux qu’il éprouve de se mettre
en oontact et de sympathiser avec ce qui l'entoure. Au
tempe oh nous vivons* Messieurs, pins qu’en aucun autre,
««besoin dexpansion se manifosto; on comprend de mieux'
en mieux, les hâenfoitside l'association et les tristes effets;
de-, l’iselemeiit ; on sait per expérience qn’autant la pue*
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ANNALES
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mière est féconde, autant celui-ci est impuissant. Aussi
ne croyons-nous pas devoir nous borner à nos réunion»
mensuelles et à la publicité de nos Annales ; ce cercle nous
parait trop étroit , cette publicité insuffisante ; il nous faut
la présence de nos concitoyens ; il nous faut ce concours
empressé de travailleurs de toutes sortes : fonctionnaires ,
laboureurs, commerçants, ouvriers, désireux de savoir
comment nous avons employé notre temps et usé des
moyens d'influence que les pouvoirs de l'État ont mis à
notre disposition. Sans cet auditoire nombreux , sans la
consécration que son assentiment vient donner à nos dé-
cisions , aux couronnes dont nous sommes les dispensateurs,
combien les unes et les autres ne perdraient-elles pas de
leur prix et de leur autorité morale ? quelle autre appro-
bation vaudrait à nos yeux cette sympathie publique sous
la protection de laquelle nous venons nous placer, et qui
est pour nous le plus vif des encouragement» comme la
plus douce des récompenses ?
J’ai dit, Messieurs , que la doctrine de l’individualisme,
du chacun pour soi, avait fait son temps, et que, s’il
est une vérité incontestée de nos jours , c'est qu’un mou-
vement irrésistible emporte l’humanité vers une association
plus large et plus complète que celle du passé. Portons
un instant nos regards en arrière : quelle distance l’bomme
n’a-t-il pas déjà parcourue dans cette voie ! Vivant d’abord
en famille , sans relations avec le reste de son espèce , il
regarde et traite en ennemi tout être humain qui ose
s’aventurer auprès de sa demeure ; chacune des innom-
brables familles dont la terre est semée se suffit à elle-
même ; nul lien entr'elles , point de langage commun.
L’homme alors n’est guère différent de la brute : c’est le
premier âge du monde ; c’est l’Eden des peuples de l’O-
rient, l’Age d’or de la tradition. Mais les familles s’accrois-
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DE LA SOCIÉTÉ DEM IL AT ION. 15
lent, bientôt elles se touchent; alors commence à se dé-
velopper le principe d association ; le fort n’égorge plus le
faible , car l'homme sait déjà le profit qu’il peut tirer de
1 homme ; il préfère l’employer à son service , et en échange
du travail auquel il le contraint , il lui donne la nourri-
ture et l’abri. C’est la deuxième période, celle du patriarchat,
et vous voyez que déjà un grand progrès s’est accompli :
la vie pastorale a remplacé les habitudes guerroyantes du
chasseur, les causes de discorde ont diminué, le cercle
de l association s’est élargi. Plus tard , les agglomérations
de familles, ou tribus, viennent à s’unir et donnent nais-
sance a des nations. Arts, mœurs, cultes, langages, tout
se confond; la guerre et la rapine, chassées du territoire
qu elles désolaient naguères, se trouvent reportées au dehors,
et les arts de la civilisation, grâce i\ la paix qui résulte
de ce nouveau mode d’association , procurent à l’homme
un bien-être jusqu alors ignoré. Longtemps encore les di-
verses nations , étrangères l’une à l’autre et divisées de
sentiments, pourront bien se livrer de sanglants combats;
à mesure que la civilisation se développera chez chacune
d’elles, à mesure que leurs rapports se multiplieront et
que leurs intérêts iront se confondant , on verra les sources
de haine se tarir, et la guerre, jadis l’état normal des
sociétés, devenir un fait de plus en plus exceptionnel. Partout
en effet les préjugés belliqueux commencent à s’effacer;
le nom d’étranger n'est plus dans nos bouches un terme
de mépris, et déjà nous voyons poindre le jour où l’Europe
ne formera plus qu’une vaste famille de peuples frères.
Voilà, Messieurs, ce que nous apprend Phistoire; telles
sont les inductions qui ressortent des faits qu’elle nous
révèle. Mais si, laissant de côté les généralités, nous
abordoos un antre terrain , si nous fouillons Phistoire des
découvertes qui ont honoré l’humanité, nous verrous cette
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ANNALES
te
grande loi dont je parlais tont à l'heure, cette tendance
universelle vers une association de plus eb plus parfaite,
éclater dans tonte son évidence. Sans vouloir remonter au
delà du XIV e siècle , n’eet-il pas mabifeste qüe tontes les
inventions qni ont eu lieu depuis cette époque dans les
arts et dans les sciences, ont eu pour résultat de mul-
tiplier les rapports sociaux entre lés membres de l'huma-
nité et de faire disparaître les différentes inégalités , soit
de force physique, soit de lumières, qui pouvaient s’op-
poser à leur union intime et fraternelle? Qui eût dit , il y
g cinq siècles, qu’un petit morceau de fer aimanté, tournabt
sur pivot, allait ouvrir à l'audace des navigateurs un
océan inconnu et rattacher l’une à l’autre deux moitiés
de monde qui s’ignoraient depuis la création? Qni eût wé
prédire , au moment où la poudre fut trouvée , qu’un peu
de cette poussière noire allait rendre le serf l’égal de son
seigneur, en 6tant à celui-ci l’avantage de sa brillante
armure, et que ce foudre meurtrier, qui semblait un
nouvel agent de destruction aux mains des peuples ennemis,
devait au contraire briser les obstacles qni les séparaient
et tracer aux échanges une voie plus directe et plus facile?
L’imprimerie est inventée : aussitôt s’établit, entre les in-
telligences jusqu’alors isolées , un rapide courant d’idées
communes ; la pensée ne meurt plus stérile dans le cerveau
qui l’a enfantée; elle vole d’un bout du monde à l’autre,
réveillant du battement de ses ailes les esprits et les coeurs
endormis. De nos jours , le génie de l’homme parvient à
dompter la vapeur, et bientôt les mers se couvrent de
rapides vaisseaux , messagers infatigables de civilisation et
de progrès ; la locomotive embràsée , entraînant à sa suite
des populations entières , dévore les distances qui séparent
les- capitales ; partout sur son passage on toit voler en
éclata les barrières factices qui tenaient les peuplés divisés.
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17
DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION.
Lorsque le télégraphe fat inventé vers le milien du XVlir
siècle, il dnt sembler à nos pères que la science avait
dit à ce sujet son dernier mot , mais voici qu’une faible
étincelle , naguère encore simple objet de curiosité pour
le savant, part avec la promptitude de l’édair pour trans-
mettre au loin les nouvelles et les ordres ; la télégraphie
électrique vient de supprimer l’espace , et d’une extrémité de
la France à l’antre, de l’Europe bientôt, du monde peut-
être, l'homme va sé parler et se répondre!
Et ce n'est pas seulement. Messieurs, de continent à
continent , de peuple à peuple , que s'établissent ces liens
de mutuelle sympathie; à mesure que s’étend le réseau
des sentiments communs , ses mailles au dedans se mul-
tiplient , et enlacent de leurs nœuds de plus en plus étroits
les membres dont se compose chacune de ces grandes fa-
milles. Pour ne parler que de la France , combien , dans
ces derniers tèmpe, n’avons-nous pas vu surgir d'associations
de toutes sortes : bibliothèques publiques , sociétés de
bienfaisance, compagnies d'assurances, caisses d’épargnes,
salles d'asile , crèches ponr la première enfance , congrès
de savants , d’agriculteurs , de médecins , de commerçants,
d’industriels ? De tous les points du pays on voit tour à
tour accourir, pour se voir et s’entendre de plus près, les
hommes voués à une même étude on à une même profes-
sion ; ils viennent mettre en commun leur expérience et
leurs lumières , et en échange de son apport individuel ,
chacun d’eux s’en retourne riche des lumières et de l’ex-
périence de tons. L’agriculture seule est représentée par
près de sept cents sociétés ou comices , sans compter une
vingtaine d’instituts agricoles, non plus qne les haras , les
vacheries ou bergeries entretenues aux frais de l’État. Quelle
faree pour un Gouvernement habile que la concentration
de tontes ces forces ! quelles résistances ne seraient pas
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ANNALES
vaincues par un aussi puissant levier, manié par des mains
fermes et vigoureuses !
Ce fut sous l'empire de ce besoin d unité dont on était
loin alors de prévoir les développements futurs , que notre
Société fut fondée il y a un peu plus de 20 ans. A peine
constituée , elle commence à révéler son influence : l'ad-
ministration lui demande des conseils et lui confie des en-
quêtes; le fonctionnaire le plus haut placé, comme le simple
citoyen que son mérite seul distingue , tient à honneur d'être
admis dans son sein; les modestes prix qu'elle décerne
sont ambitionnés à l'égal des plus riches récompenses , et
la salle de ses séances publiques suffit à peine pour con-
tenir la foule pressée qui veut applaudir ses lauréats.
Pourquoi cette sympathie qui entoure notre Société nais-
sante et qui ne l'a pas un seul instant abandonnée? Il m'est
permis, à moi, nouveau veuu dans ses rangs, d'en dire
les motifs : c'est que , depuis sa fondation , la Société d'É-
mulation n'est restée étrangère à rien de ce qui s’est fait
de grand et d'utile dans le pays ; c'est que , concourant tou-
jours avec l'administration à féconder les germes de prospérité
que notre beau département recèle , prenant même parfois
l'initiative quand celle-ci était trop lente à agir , elle a
propagé partout les meilleures méthodes de culture , en-
couragé dans l'industrie l'emploi des machines les plus
perfectionnées , stimulé le zèle des maires , des instituteurs
et des agents forestiers , aidé de son patronage et souvent
de sou argent toutes les bonnes volontés impuissantes ,
tous les talents précoces qui lui ont été signalés. Et elle
ne s’est point bornée aux conseils , elle a voulu y joindre
l’exemple; ses membres ont été les premiers à mettre en
pratique les préceptes qu'ils recommandaient. C’est ainsi
que deux de nos collègues , deux frères , presque sans
entres moyens d'action qu'une énergique volonté et une
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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION.
I!)
infatigable persévérance , ont conçu et mené à bien un
projet traité avant eux d’utopie , qu’ils ont réussi à dompter
notre fougueuse Moselle et forcé ses eaux dévastatrices , nou
souhu ont à réparer leurs ravages , mais à porter l’abou-
dauee et la vie dans des lieux où régnait de tout temps
lu plus désolante stérilité. Pensez-vous, Messieurs, que
de pareilles leçons ne frappent point les intelligences les
pins rebelles? et lorsque de toutes parts nous voyons créer
de nouvelles prairies , améliorer les anciennes , reboiser
les sommets arides , supprimer les jachères , rendre à la
culture des terrains improductifs , est-ce montrer trop de
présomption que d’attribuer aux efforts de notre Société
quelque part à cette heureuse métamorphose ?
Mais, quels que soient les résultats déjà obtenus, quelle
qu'en soit la cause , ce n’est qu'un pas de fait dans cette
carrière du progrès que l’homme est destiné à parcourir,
sans qu’il -lui soit donné d’en trouver jamais les limites.
Le bien déjà opéré , loin d’étre un motif pour s'endormir
dans l’inaetion, ne doit être envisagé que comme un moyen
de réaliser des progrès nouveaux : telle est la pensée qui
n’a cessé de nous guider dans nos travaux de cette année ,
travaux dont je suis chargé , Messieurs , de vous présenter
la rapide esquisse.
L’agriculture , comme les années précédentes , a occupé Agrieuitur*.
la majeure partie de nos séances , et les raisons de cette
préférence sont faciles à saisir. Ce n’est point que nous
accordions à l’agriculture une supériorité quelconque sur
les autres professions utiles , sur l’industrie par exemple;
à nos yeux ces diverses professions sont également hono-
rables, par cela seul qo 'elles répondent les unes et les autres
aux besoins de la société, et celle-ci assurément ne peut
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ÎO
ANNALES
pas plus 3e passer de l'ouvrier dout les bras forgent le
fer de la charrue que du laboureur qui la met en œuvre.
Notre préférence tient à d'autres causes , et les voici. C'est,
en premier lieu , le grand nombre de travailleurs employés
à la culture des terres, nombre qui, en France, est de
plus des deux tiers de la population ; c'est , en second
lieu , l’état encore arriéré dans lequel se trouve cette science,
état qui me semble provenir surtout de l'émiettement de
la propriété et du peu de contact qu'ont entr'eux les cul-
tivateurs. Tandis que la production industrielle s'effectue
par le concours de puissants capitaux et de grandes masses
d'hommes concentrés dans le même lieu, vivant tous d'une
seule et même existence ; tandis que l'emploi de nouvelles
machines et une meilleure division du travail viennent
chaque jour abréger ou perfectionner la fabrication , l'a-
griculture , privée de capitaux , exercée isolément par des
familles clair-semées sur une vaste étendue de territoire ,
et qui , pour éviter la perte de temps et les frais que né-
cessite l'échange des denrées, veulent bon gré mal gré trouver
dans le sol qui les environne la totalité des produits dont
elles ont besoin, l'agriculture, disons -nous, ne peut se
perfectionner que lentement et ne marchera de pair à pair
avec sa rivale, l'industrie, que lorsqu'elle aura empruntés
cette dernière les procédés qui en font aujourd'hui la force
et l’éclat. Mais, Messieurs, c’est au Gouvernement, au
pouvoir central qu'est réservée la grande mission d'aplanir
ces obstacles ; nous ne pouvons , nous , dans notre sphère
modeste , que faire des vœux pour qu'il ose s'en charger,
et en attendant, nous efforcer d'accomplir autour de nous
tout le bien que comporte la législation actuelle.
Parmi les nombreux produits que l'agriculture livre à
la consommation , il n'en est point , sans contredit , de plus
important que la pomme de terre. C'est le pain du pauvre,
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21
DE LA SOCIÉTÉ D EMULATION.
k nourriture presque exclusive de l’habitant des campagnes
et de l'ouvrier, et dans notre département , elle entre com^
munémrnt pour plus de moitié dans l'alimentation de la
population générale. Aussi, quand , l’année dernière , on
signala dans nos contrées l’arrivée du fléau qui venait de
détruire une partie de cette précieuse récolte en Allemagne,
en Angleterre et en Belgique , les alarmes furent-elles vives ,
et la classe nécessiteuse put un moment se croire menacée
dans sa subsistance. C’était donc pour nous un devoir sacré
«1 étudié r attentivement les causes de cette maladie et de
« h< relier les moyens d en paralyser les effets, ou du moins
d’en prévenir le retour. Plusieurs de nos séances ont été
employées a examiner les opinions diverses émises par les
savants qui ont pu observer ce singulier phénomène, et
ceux de nos collègues qui s’adonnent aux travaux des
champs ont apporté à ces discussions le tribut de leurs
observations personnelles. L’un d’eux , M. Claudel , a été
chargé de recueillir les renseignements que M. le Préfet
nous avait demandés à ce sujet , et il s’est acquitté de cette
tAche délicate avec l’exactitude que nous lui connaissons
tous. Plus tard, lorsqu’une circulaire émanée du ministère
de l’agriculture est venue nous poser de nouvelles questions,
nous avons fait appel au zèle des comices, et ils se sont
tnpvossés d'y répondre en nous envoyant, sur l’étendue
relative de la culture des pommes de terre, sur leur des-
tination, leur rôle dans l’assolement, leur rendement or-
dinaire et les pertes éprouvées en 1845, une série de notes
du plus haut intérêt, lesquelles ont servi de base à un
rapport rédigé par M. Mathieu et adressé au Ministre par
les soins de M. le Préfet. C est ainsi, Messieurs, que les
eoniœs vosgiens comprennent leur mission et le rôle qu’ils
sont appelés à remplir auprès de la Société centrale; puissent
ees relations fraternelles se resserrer de plus eu plus pour
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22
AHNALBS
le succès de notre œuvre commune et la prospérité du pays
que nous habitons !
Il appartenait à un de nos collègues, dont nous avons
été plus d’une fois à même d’apprécier les connaissances
théoriques et pratiques en agriculture , j'ai nommé M. Evon ,
de chercher à résoudre les graves questions de physiologie
végétale que soulevait l’apparition d’un phénomène aussi
nouveau pour nous. C’est ce qu ! il a fait dans un mémoire
fort remarquable qui a été livré à la publicité. Dans ce
mémoire , H. Evon s’est d’abord attaché à décrire les symp-
tômes et les effets de la maladie des pommes de terre,
puis il essaie d’en préciser la cause ; il ne pense pas, comme
M. Payen et d’autres chimistes , qu'on puisse l’attribuer
à une végétation parasite , à une sorte de champignon
qui viendrait se fixer au sein des tissus du tubereule et
en déterminer la décomposition. Dans l'opinion de notre
collègue , ce champignon n’ayant jamais été observé sur
le tissu vif, mais sur des parties déjà attaquées, il est
probable qu’il est l’effet et non la cause de l'altération.
Mais quelle peut être cette eause ? M. Évon croit la trouver
dans le caractère météorologique de l'année dernière , dans
les brusques changements de température qui s’y sont
produits. Pourtant, dans une communication récemment
faite à l’académie des sciences par M. Payen, ce savant
apporte de nouveaux faits à l’appui de son opinion ; il si-
gnale la réapparition du fléau dans cette malheureuse Ir-
lande , si cruellement éprouvée déjà par la famine , ainsi
que dans plusieurs parties de la France , et cette fois il
est bien difficile de s’en prendre à la température de l'année,
si différente de celle de 1845 , qu’il semblerait que le ciel,
par une sorte de contre-épreuve , ait voulu hâter la so-
lution du problème. Quoi qu’il en soit, il sera sage de
suivre , pour la conservation de la récolte prochaine , les.
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DE LA SOCIÉTÉ DÉMULATION.
23
précautions recommandées précédemment. Peut-être la
science parviendra-t-elle à découvrir la véritable cause du
mal et le moyen de s’en préserver; mais peut-être aussi
en MT.i-t-iI de cette épidémie comme de celles qui viennent
de loin eu loin sévir sur l'homme, et dont la cause échappe
à Mi in\( stigations. Ce n est point assurément un motif
[MHir désespérer. Déjà , grftce au progrès des sciences et
surtout .1 l'assainissement du sol par le travail incessant
des populations successives , bien des pestes , bien des
fléau* ont disparu sans laisser d antres traces que leurs
noms dans l'histoire ; essayons donc, an cas où il ne
serait pas possible de faire à la pomme de terre un sol
(jui la préserve entièrement des influences délétères, es-
sayons , dis-je , si nous ne pourrions pas , par exemple ,
régénérer la pomme de terre elle -même au moyen des
M*inis ou d’un nouvel emprunt fait à son type originel,
a la patate de l’Amérique. Qui sait si l'épidémie que nous
déplorons n’aura pas en définitive été plus utile que nui-
Mhlc, en forçant l’homme à rechercher, parmi les nombreuses
variétés de la patate , des espèces plus productives et plus
délicates que celles aujourd'hui cultivées?
Bien que les céréales, et notamment le blé, par suite du
prix exagéré qu’est parvenue à leur donner la spéculation,
ne soient plus accessibles qu’à une certaine classe de la
société , ce qui concerne leur culture n'en est pas moins
d’un intérêt général, car, il faut l’espérer, les circon-
stances auxquelles est du ce renchérissement auront un
larme. tn agronome distingué d'Épiual, M. Bienaymé,
qui s’est beaucoup occupé de cette culture, nous a adressé
une notice fort bien faite sur un nouveau blé printanier ,
dit blé de Tangnt , dont une expérience de cinq années lui a
permis de reconnaître les avantages. Ces avantages sont ,
d’après M. Bienaymé, une économie de semence et de frais
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ANNALES
de culture , une grande précocité, et enfin un produit bien
supérieur, tant par la quantité que par la qualité, à celui
des cultures printanières en usage. De pareils résultats,
constatés par un observateur aussi conscieucieux que
M. Bienaymé , doivent appeler l'attention des comices
agricoles et des cultivateurs zélés pour le progrès de leur
art. C'est dans ce but qu'en recevant M. Bienaymé parmi
nous , nous avons en même temps voté l'impression de sq
notice.
La plus funeste conséquence de la cupidité des spécula-;
teurs n'est peut-être pas l'élévation factice du prix des den-
rées de première nécessité , mais bien l'altération de ces
mêmes denrées par le mélange de substances étrangères. Le
marchand qui veut faire rapidement fortune trouve tout
naturel de vendre de la fécule pour de la farine, de l'alcool
étendu d'eau pour du vin , du sel de warecb pour du sel
ordinaire , et les quelques saisies qui ont lieu de temps à autre
sont impuissantes pour réprimer une fraude non moins ha-
bile qu'obstinée. Informé que, dans les. Vosges, il se vendait
du faux sulfate de cuivre pour servir au chaulage des blés,
M. le Préfet s’est empressé de prévenir M. le Ministre de
l'agriculture.et du commerce, et de lui adresser des échan-
tillons de cette substance. Le comité consultatif des arts
et manufactures , à qui M. le Ministre a soumis les échan-
tillons , ayant indiqué un moyen simple et facile de re-
connaître le sulfate frelaté , M. le Préfet nous a aussitôt
fait part de ce procédé , et nous nous sommes hâtés de
le porter à la connaissance des cultivateurs de notre dé-
partement. Espérons que ces précautions , si elles ne pré-
viennent point le retour de la fraude, permettront au moins
de s'en garantir.
Une des branches les plus importantes de la science
agricole est sans contredit l’économie forestière. À me*
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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION.
25
mire que le bois renchérit , on sent mieux la nécessité
de créer de nouvelles forêts et d’améliorer le régime des
anciennes ; administrateurs et particuliers rivalisent main-
tenant de cèle |tenr le reboisemeut des terrains impropres
à la enltnre, et dont, il y a quelques années à peine, on
ne songeait eneore à tirer aucon parti. C'est donc avec un
vif intérêt que nous avons pris connaissance de deux bro-
obnves qui nous ont été adressées , l’une par M. Gravier,
président du comice agricole de Remiremont , l’autre par
M. de Bazelaire , membre du comice de Saint-Dié. La bro-
chure de N. Gravier, qui a pour titre De la nécessité
dé rebaiser les sommets et les pentes rapides des Vosges,
et celle de M. de Bazelaire intitulée , Manuel du planteur,
ont tootes deux été l’objet d’un rapport de H. Évon. Il
résulte de ce rapport que M. Gravier s’est principalement
attaché à prouver par des documents historiques que le
déboisement progressif des montagnes des Vosges a été suivi
d’nne perturbation dans le climat et d’une diminution con-
sidérable dans le volume des cours d'eau qui y prennent
leurs sources. On connaissait déjà depuis longtemps les effets
pernicieux de la destruction des forêts , au moins de celles
sitoées en pays de montagnes , mais on n’avait point en-
core vérifié oes effets dans les Vosges d'une manière aussi
complète que l’a fait M. Gravier, avec le secours de ses
profondes connaissances en histoire locale. Quant au Ma-
nuel de M. de Bazelaire , fruit d’une vaste lecture éclairée
par quiuse années de pratique , il présente sous une forme
élémentaire les instructions les plus éprouvées sur la ma-
tière du reboisement. Ce travail se distingue d'ailleurs par
la méthode qui a présidé à la distribution et à l’enchaî-
nement de ses parties , et par une extrême clarté unie
partout à uns grande concision. Ce sont là des mérites qui
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ANNALES
doivent puissamment contribuer à populariser l’ouvrage de
M. de Bazelaire.
Il ne suffit pas , Messieurs , de comprendre l’utilité du
reboisement et de connaître les meilleurs procédés pour
les semis ou la plantation , il faut encore savoir quelles
essences il convient de choisir afin d’obtenir les résultats
les plus avantageux. C’est l’objet d’un excellent mémoire que
nous devons encore à la plume de M. Évon , et qui a
pour titre : De l’alternance des végétaux considérée surtout
à l’égard des arbres forestiers.
Depuis quelques années , on remet en question la loi de
succession naturelle des végétaux , loi qui forme la pre-
mière base de la théorie des assolements. Le débat a pris
naissance au congrès de Baden , à l'occasion des arbres
forestiers. M. Évon s’est attaché à démontrer, non seule-
ment par des faits d’analogie tirés de l’agriculture et de
l’horticulture , mais aussi par des faits directs , rapprochés
d'une manière fort ingénieuse, qu'un sol trop longtemps oc-
cupé par une même espèce d’arbres devenait impropre à
la production de cette espèce, et que, pour pouvoir es-
pérer de beaux produits , il fallait suivre les indications
de la nature, qui, soit dans les prairies naturelles , soit
dans les forêts , nous montre les diverses espèces mélangées
et se succédant alternativement. Je regrette que les bornes
de ce compte rendu m’interdisent une plus longue analyse
du mémoire de M. Évon , mais sans doute il trouvera ,
dans le prochain numéro de nos Annales , la publicité qu’il
mérite à tous égards.
M. Évon ne s’est pas borné aux travaux que je viens
d’énumérer ; il nous a donné lecture d’une notice où se
trouvent décrites les diverses expériences auxquelles il s’est
livré dans le but de vérifier l'efficacité d’un nouveau pro-
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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 27
cédé grandement préconisé dans ces derniers temps : je
veux parler des tabes à traire les vaches , inventés par le
docteur Gierster, de Vienne. Les conclusions du travail de
notre collègue ne sont nullement favorables à l'adoption
de ce procédé ; les animaux ont en général montré de la
répugnance à recevoir les trayons , et la quantité de leur
lait a diminué. Les mêmes observations ont été faites par
deux cultivateurs éclairés de notre ville , MM. Prosper
PetotetGerardgeorges, qui, après avoir essayé des trayons,
sont revenus à l’ancienne méthode. En présence de pareils
résultats , nos cultivateurs feront sagement d’attendre avant
de rien innover sur ce point.
Tels sont. Messieurs , en ce qui concerne l'agriculture,
les principaux objets qui ont appelé nos méditations. Un
•sac* grand nombre d’écrits et de brochures ayant trait
à cette importante matière nons ont été adressés ; je
signalerai particulièrement , parmi les ouvrages imprimés :
l 'Histoire des animaux domestiques , par notre correspon-
dant M. Boyer, inspecteur de l’agriculture ; une Notice
sur êa culture de la pomme de terre et une Note sur la
production des laines ; un opuscule ayant pour titre Ma-
nière de prendre le miel , par M. de Mirbeck , qui fait éga-
lement partie de notre Société en qualité de membre cor-
respondant ; nne brochure de M. Gravier sur les engrais ;
nne description d’un nouveau système d’irrigation inventé
par Mademoiselle Garnier Savatier , de Marseille ; enfin un
travail de M. Braconnot , chimiste à Nancy, travail qui a
pour titre De l’influence du sel sur la végétation. Les
recherches auxquelles s’est livré M. Braconnot ont un puis-
sant intérêt d’actualité ; car on sait que M. Gay-Lussac ,
au nom de la commission de la Chambre des pairs chargée
d’examiner le projet de loi ayant pour but le dégrèvement
de l'impôt sur le sel , conclut au rejet , par le motif que
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AKKALBS
cette substance n’aurait peint l’efficacité qu’on lui attribue
généralement.
Parmi les manuscrits , je me bornerai à citer un mémoire
de U. Simonin Sur la vaine pâture et le crédit foncier ,
graves questions qui touchent non-seulement à l’agricul-
ture , mais à l’économie sociale tout entière. Aussi le tra-
vail de M. Simonin sera-t-il de notre part l’objet d’un examen
approfondi.
Je ne dois pas oublier non plus de mentionner un envoi
d’une autre nature qui nous a été fait par notre collègue
M. Buffet, de Mirecourt. M. Buffet nous a adressé une
collection de semences des plus belles espèces de fleurs et
d’arbustes cultivées dans le midi de la France : c’est un
surcroit de douces jouissances pour nos amateurs d’bor-
ticulture, à qui nous les avons distribuées, en même temps
qu’une nouvelle source de profits pour nos jardiniers.
Vous le voyez , Messieurs , le zèle de nos correspondants
ne s’est point ralenti en ce qui concerne l'entretien de
nos mutuelles relations. Nous avons trouvé chez eux le
même empressement lorsqu'il s’est agi de nous faire re-
présenter aux réuuions d’agriculteurs qui ont eu lieu cette
année sur divers points de la France : ainsi , MM. Boulay
de la Meurtbe et Didelot ont bien voulu accepter la mis-
sion d'assister aux séances du congrès central d'agri-
culture , qui s’est tenu ce printemps à Paris. Nous
devons également des remerciements à un autre de nos
compatriotes , M. Maurice , d’Épinal , conseiller à la cour
royale de Bourges , pour les renseignements qu’il a eu
l’obligeance de nous communiquer sur le congrès tenu dans
cette dernière ville.
En terminant cette première partie de mon compte rendu ,
permettez-moi , Messieurs , de vous apprendre deux bonnes
pou voiles. 11 s’agit en premier lieu de la prochaine arrivée
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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION.
dans les Vosges de M. l'abbé Paramelle , le célèbre dé-
couvreur de sources : ose lettre qu'il a écrite récemment
à notre secrétaire perpétuel nous fait espérer cette arrivée
pour le printemps prochain , si l’état de la souscription
ouverte sous nos auspices le permet. Vous apprendrez avec
une égale satisfaction que la grande médaille d’or de la
société centrale d'agriculture a été décernée à MM. Dutac
frères , pour leurs magnifiques travaux d’irrigation dans
la vallée de la Moselle : c’est la récompense méritée d’une
couvre qui marquera dans l’ histoire du pays.
L’bouune, Messieurs , n’éprouve pas seulement le besoin
d'entrer en communion avec ses semblables ; soo orga-
nisation l'entraîne à vouloir aussi connaître les êtres si'
nombreux et si variés au milieu desquels il est destiné à
vivre : telle est la fin qu’il se propose en étudiant les sciences'
naturelles. Quelle jouissance pins élevée et plus pure à la
fois que celle «pii s’attache à la contemplation de l’univers,
à la découverte des lois qui le régissent, et qui toute»
viennent attester l’existence d’une intelligence infinie! Com-
bien eut admirable ce spectacle de l’universelle attraction
qui relie les mondes les uns aux autres à travers l’im-
mensité des espaces , et qui en même temps rattache la
molécule à la molécule , ne permettant pas que rien dan»
la création puisse se soustraire à la vie commune ! Est-ce
qu’à cet aspect le cœur ne s'agrandit pas autant que l’in-
telligooee s’élève? et peut-on ne pas se sentir épris de
oompassion pour ceux- qui, méconnaissant ce grand prin-
cipe de solidarité et se parquant dans un étouffant égoïsme,
prétendent faire de leur individu une sorte de petit centre
auquel il faudrait tout rapporter?
Un autre avantage des sciences naturelles , c'est d’aug-
raeotcr le bieo-étre matériel de l’homme, en lui enseignant
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ANNALES
l’utilité qu’il peut tirer, soit des corps inorganiques que
recèlent les profondeurs de la terre , soit des êtres orga-
nisés qui en peuplent la surface. Aussi la Société d’Ému-
lation n’a-t-elle rien négligé pour favoriser cette étude.
Après avoir contribué à former les collections d'histoire
naturelle du musée des Vosges, elle a cherché incessamment
à les accrottre , tant par les dons de ses membres qu’en
stimulant à cet effet la générosité de nos concitoyens. Ces
efforts n’ont pas été stériles ; chaque année de nouveaux
dons viennent combler les lacunes qu’offraient les collec-
tions à leur origine. Un de nos collègues , dont le zèle est égal
à la science , M. le docteur Mougeot , de Bruyères, membre
de la commission de surveillance du musée, a signalé,
dans son rapport annuel publié dans nos Annales, les im-
portants accroissements qu’ont reçus dernièrement encore
ces précieuses collections.
La géologie , cette branche si vaste et pourtant si nou-
velle des sciences qui ont pour objet la connaissance de
la nature, a eu dans nos travaux de cette année une part
proportionnée à son importance. M. Hogard a terminé sa
belle carte géologique du département des Vosges , et nous
a présenté le complément de son Esquisse géologique du
Val-d’Ajol; nous y avons retrouvé les qualités qui dis-
tinguent les ouvragée de notre collègue, et qui lui ont
valu une place si honorable parmi les géologues français.
M. le docteur Lesaing, de Blàmont, membre correspon-
dant , nous a envoyé la description d’un os fossile de
saurien trouvé dans le département de la Meurthe. près
du village de Domèvre. Plusieurs personnes étrangères à
notre Société nous ont également fait d’importantes com-
munications, parmi lesquelles je dois citer en première
ligne un Mémoire de M. le docteur Carrière, de Saint-Dié,
sur les giles métallifères de Framont. Ce travail , qui dé-
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DE la société d'émulation.
31
note 4e profondes connaissances en minéralogie et en
chimie, a excité an plus haut point notre intérêt. On
avait bien , à la vérité , des catalogues des nombreuses
espèces minérales qu'offre le dépôt de minerai de fer de
Framont, mais sur la plupart de ces espèces on manquait
d'analyses régulières. M. Carrière les a toutes soumises à
on examen rigoureux ; il a vérifié et constaté les caractères
physiques et chimiques d'après lesquels chaque espèce doit
être déterminée. 11 faut aussi mentionner avec éloges une
Note sur let eaux jaillissantes du département de la Meuse ,
et nn Mémoire sur les fossiles de la Meuse et des Ardennes ;
cette dernière brochure , dont l'auteur est M. Buvignier, pré-
sident de la société philomatique de Verdun, a été l’objet d'un
rapport de la part de M. le docteur Mougeot fils.
Nous avons enfin reçu : — en ce qui concerne la botanique,
deux brochures de M. Godron , médecin à Nancy, membre
correspondant ; la plus importante , ayant pour titre Descrip-
tion d’une monstruosité observée sur la fleur de plusieurs cru-
cifères, a été examinée par H. Évon ; — en ce qui concerne la
chimie, une Analyse des eaux de Bulgnéville, par M. Bra-
connot ; — et quant aux sciences mathématiques , deux mé-
moires , l’un de M. d’Estocquois , professeur au collège de
Besançon, sur l’Attraction des polyèdres, l’autre de H. Guibal,
de Nancy, intitulé Conseils propres à faciliter la solution
des problèmes de géométrie. Ces deux ouvrages ont donné
lieu à un rapport de netre collègue M. Sarazin.
Un double lien nuit la médecine aux science snaturelles. Médecine.
En effet , l’art de guérir exige une connaissance approfohdic
de l’organisation du corps humain , et sans le secours des
substances minérales* et végétales , le médecin resterait le
plus souvent impuissant. Plusieurs mémoires remarquables ,
relatifs à cette matière , nous sont parveuus cette année.
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32
ANNALES
M. le docteur Saucerotte (de Lunéville) , membre correspon-
dant, nous a envoyé un Aperçu sur la réorganisation de
la médecine en Fiance , vaste question qui a été longuement
débattue au sein du congrès médical de Paris. Nous avons
aussi reçu de H. le docteur Lesaing des Observations sur
la pustule maligne , affection que M. Lesaing a traitée et
guérie, dans la plupart des cas, au moyen de la cautérisation;
notre collègue M. le docteur Pierre, à qui ce travail a
été renvoyé , nous en a rendu un compte très-favorable.
M. le docteur Turck nous a adressé un Mémoire sur la
folie , et une brochure , faisant suite aux deux qu’il a déjà
publiées , sur la nature et le traitement de la fièvre ty-
phoïde , cette cruelle épidémie qui , depuis quelques années ,
exerce périodiquement ses ravages sur nos populations. À
cette occasion , nous rappellerons qu’en 1842 la Société d’É-
mulation a voté une médaille d’or et une prime de 300 francs
à décerner à l’auteur du meilleur mémoire sur la fièvre ty-
phoïde , et que le concours est toujours ouvert. Enfin , M. le
Préfet nous a saisis d’une communication de M. le Ministre
de l’intérieur concernant le commerce et la reproduction
des sangsues dans notre département. Une commission com-
posée de MM. Mathieu , Toillier et Bienaymé , a été chargée
de transmettre à M. le Préfet les reuseignements demandés.
industrie. Je signalais en commençant les développements gigan-
tesques de l’industrie dans ces derniers temps. Chaque
jour, en effet, de nouvelles découvertes viennent témoi-
gner du génie de l’homme , et les forces de la nature ,
autrefois indomptées , sont l’une après l’autre contraintes
de se soumettre à ses ordres. A mesure que s’allège le
fardeau qui courbait son corps vers la terre , son front se
. relève et sa vue découvre des horizons nouveaux. D’abord
esclave , puis serf , aujourd’hui prolétaire , le travailleur
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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION.
commence à entrevoir le jour où , suppléé par les agents
mécaniques dans ce que les travaux ont encore de pénible
ou de repoussant, son émancipation deviendra définitive et
complète.
C’est donc avec raison que nos efforts tendent sans cesse
à encourager les inventions ou les perfectionnements dans
l’industrie. L’honorable rapporteur qui doit me succéder
vous fera connaître , avec les noms de ceux de nos in-
dustriels qui ont obtenu des primes , une partie des amé-
liorations réalisées dans le cours de cette année ; mais il
en est d’autres dont les auteurs n’ont point pris part au
concours ; il y a eu également des tentatives qui nous pa-
raissent dignes d’étre mentionnées : ainsi H. d’Estocquois,
dont j’ai déjà parlé , nous a envoyé le dessin d’un appareil
h vapeur de son invention , lequel diffère des appareils
connus jusqu’à ce jour en ce que l’expansion seule de la
vapeur suffirait pour le mettre en jeu , tandis que, dans
les machines actuellement en usage , il faut de plus la con-
densation de ce fluide. Conformément aux conclusions du
rapport de notre collègue M. Sarazin , nous nous sommes
empressés d’offrir à M. d’Estocquois le titre de membre
correspondant , et nous avons renvoyé sa notice à la com-
mission de publication , qui sans doute lui donnera plate
dans le prochain numéro de nos Annales.
H. Hareine , conducteur des ponts et chaussées à Re-
miremont , nous a présenté les modèles en petit d’un abri
mobile de cantonnier et d’une machine à déblayer les neiges.
La commission chargée d’examiner ces appareils n’a pu
encore se prononcer définitivement, faute d’un temps con-
venable pour faire les expériences ; mais dès à présent on
peut féliciter M. Mareine d’avoir ainsi cherché , non-seu-
lement à réduire les dépenses que nécessite l’entretien de
nos routes, mais, ce qui vaut mieux encore, à protéger
3
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ANNALES
34
1 a vie du pauvre cantonnier qni passe ses jours exposé à toutes
les intempéries des saisons.
Je ne dois pas non plus passer sous silence la nouvelle
charrue à planter les pommes de terre que H. Ferry,
maréchal-ferrant à Epinal , a fait fonctionner sous les yeux
de quelques-uns de nos collègues , ni un mémoire sur des
améliorations apportées dans l’emploi du bois pour la
menuiserie , par M. Boileau, associé libre à Mirecourt.
Hais ce qui a dû fixer principalement notre attention ,
c’est le double projet de chemin de fer dont notre zélé
collègue , M. Maud’heux , nous a entretenus dans une de
nos dernières séances. Il ne s’agit rien moins que de relier
à la fois Thann et Yesoul à la grande ligne de Paris à
Strasbourg, au moyen d’un embranchement qui traverserait
le département des Vosges et qui viendrait aboutir à
Nancy. Notre collègue nous a informés que la société in-
dustrielle de Mulhouse venait de prendre sous son pa-
tronage les études d’un tracé, par le bassin de la Moselle,
de la ligne projetée entre Nancy et Thann, et que, d’un
autre côté, le Gouvernement avait chargé les ingénieurs en
chef de la Meurtbe et de la Haute-Saône d’étudier le tracé
par les Vosges de la ligne entre Nancy et Vesoul. La né-
cessité des communications rapides est trop bien et trop
généralement comprise aujourd’hui , pour qu'il soit besoin
de faire ressortir les avantages qui doivent résulter pour
notre département , et pour son chef-lieu en particulier ,
de l’exécution de ces deux projets ; ces avantages ont été
parfaitement appréciés par les populations, et déjà plu-
sieurs conseils municipaux ont voté des fonds pour sub-
venir aux dépenses qu’entraîneront les études. Nous avons
fait , pour notre part , tout ce que nous permettaient nos
attributions , en nommant une commission spéciale de
cinq membres , qui devra recueillir les documents propres
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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATIOft.
à éclairer la question des tracés , et lorsque nous avons
désigné M. Maud'heux pour présider cette commission, noos
avons voulu prouver combien nous .prenions au sérient
le projet annoncé par le Gouvernement.
C'est surtout lorsqu'il s’agit d’innover dans l’industrie, statütiqa*.
d’accrottre la production, de multiplier les moyens de
transport, que la connaissance parfaite dn pays où l’on
vent réaliser ces améliorations est indispensable. Situation
commerciale et agricole, chiffre de la population, posi-
tion financière, état intellectuel et moral, tout doit être
pris en considération , sinon l’on risque d’éprouver à
chaque pas les plus cruels mécomptes. La connaissance de
tontes ces choses constitue la science de la statistique ,
science nouvelle , et qui , bien entendue , peut être pour
le législateur dn plus grand secours , en lui indiquant les
maux à guérir, les réformes à opérer dans toutes les branches
de l'économie publique. Aussi , depuis longues années , la
Société d’Émulation avait-elle conçu le projet .de donner
nne statistique complète de notre département, et déjà
des travaux considérables avaient été faits dans ce but ,
lorsque denx de ses membres , MM. Charton et Lepage ,
résolurent de se charger à eux seuls de cette lourde tâché,
et de la mener à bonne fin. Après deux années de labeurs,
leur Statistique du département des Vosges touche en effet
à son terme, et bien que conçue snr une moins large
échelle que celle qu’avait eu en vue la Société d’Émn-
lation , cette publication ne laissera pas de rendre à nos
concitoyens, ainsi qu’à nos administrateurs, d'importants
services. M. Charton, vous le savez, publie en outre, depuis
près de vingt ans , un Annuaire justement estimé ; le numéro
de 1846 , qui , de même que les précédents , nous a été
offert par l’auteur, ne le cède en rien à ses devanciers.
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ANNALES
littérature.
Un autre ouvrage de statistique , intitulé Rapport tut
la bibliothèque de Nancy, nous a été adressé par notre
correspondant M. Gillet , juge au tribunal de cette ville.
M. Poirel , avocat général à la cour royale , nous a aussi
fait part d’un travail sur la réforme des prisons : ce tra-
vail, qui touche à la fois à la statistique et à la législation,
a été renvoyé à l’examen de M. Lemarquis.
Avant de clore le chapitre de la statistique , je dois vous
faire connaître la résolution que, sur la proposition de
notre collègue M. Mansion , nous avons prise , de récom-
penser par une médaille d’or et une prime de 300 francs
l’auteur du meilleur livre dé lecture à l'usage spécial des
écoles primaires du département des Vosges. La plupart
des hommes vivent et meurent aux lieux de leur naissance;
il faut' donc qu’outre l’instruction générale que chacun est
tenu de posséder, ils aient encore une connaissance exacte
de tout ce qui concerne le pays où leur existence doit
s’écouler : histoire , biographie , langage et coutumes , sta-
tistique naturelle et civile , rien de tout cela ne leur est
indifférent ; rien de tout cela par conséquent ne doit leur
rester étranger.
Nul doute qu’un ouvrage qui , dans un cadre restreint
et sous une forme à la portée de l’enfance , renfermerait
ces diverses connaissances , ne fût appelé à rendre d’é-
minents services aux populations de notre département.
Une pareille considération est bien, de nature à stimuler
le zèle de nos concitoyens , et à nous faire espérer que
l’année prochaine ne se passera point sans que l’occasion
se présente de décerner la récompense promise.
Il ne suffit pas de savoir ; il faut pouvoir encore com-
muniquer ses idées , et leur donner cette forme heureuse
qui fait qu’on nous écoute ou qu’on nous lit avec intérêt.
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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION.
37
C’est un des objets que l'on se propose en étudiant la lit-
térature, mais ee ne doit pas être le seul. La littérature
est plus que l’art de bien dire , c’est un vaste miroir où
vient se refléter l'humanité tout entière , avec ses croyances ,
ses mœurs et ses passions; c’est la grande voix des âges
écoulés qui vibre à nos oreilles ; la chaine mystérieuse qui,
à travers le temps et l’espace, relie les générations éteintes
aux générations vivantes , et communique à nos cœurs les
mêmes battements qui ont agité tant de cœurs aujourd’hui
réduits an poussière. Envisagée de la sorte , la mission de
la litt ér atu re est grande et sainte , et cette mission ne doit
pas manquer d’apôtres fervents.
MU en a trouvé un dans M. Génin , professeur à la
faculté des lettres de Strasbourg, que nous tenons à hon-
neur de compter parmi nos membres correspondants. M. Gé-
nin n’est pas seulement un écrivain plein d’esprit et de
verve , c’est un érudit qui a passé une bonne partie de
ses 'veilles à fouiller les monuments de notre ancienne lit-
térature, afin de retrouver les débris de la langue que
parlaient nos pères et que leurs fils connaissent si mal.
Les résultatsde8 longues recherches de M. Génin se trouvent
consignés dans un ouvrage qu’il nous a. adressé et qui
a pour titre : Variations du langage français depuis le
XIP siècle.
« Ce n’est qn’en possédant notre vieille langue, dit
M. Génin, qu’on possédera la véritable langue moderne,
qo’ou en pénétrera le génie et les ressources. Plût à
Dieu que cette étude s’organisât dans les collèges, à côté
du grec et du latin ! Mais l’histoire de la langue
française ne pourrait -elle du moins trouver asile dans
les facultés? L’histoire d’une langue , c’est l’histoire
de la nation qui la parle. Or nous avons des chaires
d'hébreu , de syriaque , de chinois , de malais , de pec-.
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ANNALES
san, d’hindous tani , d’arabe, de tat&re - mandchou , une
foule d'autres chaires dont quelques-unes en double, et
il n’existe pas à Paris ni dans toute la Franee une seule
chaire où l’on explique le vieux français. La philologie
officielle de l'état embrasse le nord et le midi , le levant
et le couchant, excepté la France. Ne ressemblons-nous
pas un peu à ces curieux , avides de tout ce qui se passe
chez leurs voisins, mais très-ignorants et insouciants des af-
faires de leur propre famille? Continuons à jouir des
livres des brames , mais tâchons aussi de déchiffrer les
ouvrages composés par nos pères Je le déclare sans
rougir : Olivier, Charlemagne et Roland me touchent pins
que ne font Lao-Tseu , Meng-Tsen, ni Confutzée, plus qne
le Ramayana , ni le Mahabarata , et s'il faut l’avouer, au-
tant pour le moins qu’Hector, Achille et Agamemnon. »
Ces vœux si sensés de M. Génin seront-ils exaucés? il
y a lieu de l’espérer, car M. le Ministre de l’instruction
publique , par une décision prise il y a quelques mois , a
chargé notre collègue de préparer les éléments d’uneGram-
maire historique de la langue française, laquelle sans doute
servira plus tard de base à un enseignement officiel.
Les autres ouvrages littéraires qui nous ont été adressés
sont , à l’exception d’on seul , relatifs à la biographie lo-
cale. Ainsi M. Charton nous a fait hommage d’une Notice
sur M. Parisot , dans laquelle nous avons avec bonheur
retrouvé l’histoire fidèle d’une vie consacrée tout entière
au bien public. M. Digot , avocat à Nancy, membre cor-
respondant, nous a fait don de deux éloges historiques
pleins de consciencieuses recherches , l’un de François
Riguet, grand prévôt de l’église collégiale de Saint -Dié,
auteur de plusieurs ouvrages importants sur l’histoire de
Lorraine , l’autre du père Benoit Picard , historien estimé
de la ville et du diocèse de Toul. M. de Bazelaire fils ,
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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION.
membre correspondant à Paris, noos a envoyé nne vie
de Pierre Fourier, curé de Maltaineourt, dont la mémoire
est encore en vénération dans nos contrées. Il faut louer
M. de Bazelairc d'avoir fait une biographie plutôt qu’une
légende : l’austère figure de Fourier gagne plus qu’elle ne
perd à être vue dégagée de cet appareil superstitieux dont
s’était plue à l’entourer une pieuse spéculation.
Nous avons également reçu de notre zélé correspondant
M. Albert Montémont, homme de lettres à Paris, une
notice sur la princesse de Salm-Dick et une pièce de vers
intitulée la Jeune Malade. Enfin notre collègue M. Haxo
nous a donné sur Claude Gelée une note biographique qui
a été insérée dans le dernier cahier de nos Annales. C’est
ainsi , Messieurs , que deviendra plus facile à réaliser ce
projet d'une biographie vosgienne qu’a conçu M. Mau-
d’heux , et qui ne peut manquer de trouver auprès de
nos concitoyens l’accueil auquel a droit toute pensée pa-
triotique.
Mous comptions sur ces dispositions de notre population,
lorsque nous avons décidé qu’une souscription serait ou-
verte pour ériger une statue à notre grand peintre pay-
sagiste, Claude le Lorrain. Mous savions que les monuments
s’adressent à la fois aux yeux et à l'esprit , et que , pour
de nobles Ames , il n'est point de plus puissant stimulant
que la vue de ces récompenses toutes morales , décernées
par l’admiration d’un peuple aux plus dignes de ses enfants.
Elle le savait aussi , cette antiquité si fertile en grands
hommes; l’amour de l’or ne lui semblait pas l’unique mobile
des actions humaines : une simple couronne, une statue
sur la place publique, tels étaient les seuls prix qu’elle
offrait à tous les genres de mérite , et ces prix , qui n’a-
vaient de valeur que parce qu’ils étaient le signe de l’es-
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ANNALES
time universelle, ont enfanté pins de beaux traits, plus
de généreux efforts que n’en excitera jamais dp nos jours le
sordide appât d’un gain matériel. Bientôt, sans doute, nous
verrons s’élever dans nos murs la statue dont M. Desbœufs
nous a envoyé le modèle, et que tout le monde a été
admis à contempler dans une des salles de cet édifice.
Claude est représenté debout , le pied appuyé sur un frag-
ment de colonne; son œil est fixé sur la campagne de
Tibur, et sa main saisit le crayon qui doit traduire sur le
papier la scène dont il est témoin. L’œuvre de M. Desbœufs
n’est pas moins imposante dans son aspect général qu’harmo-
nieuse dans ses parties , et , après l’avoir vue , le conseil mu-
nicipal d’Epinal n’a point hésité à ratifier son vote de l’année
dernière, qui accordait à la souscription une somme de
3,000 francs. Les principales villes de notre département
ont également voté des fonds pour cet objet , et l’étranger
lui-même a voulu apporter son offrande : l’un des pre-
miers lords d’Angleterre , M. le duc de Devonshire , qui
possède une grande partie des tableaux de notre illustre
compatriote , a mis à la disposition de la commission une
somme de 300 francs. Ces débuts sont d’un heureux au-
gure pour la souscription , et nous font espérer qu’avant
la fin de l’année prochaine nous pourrons réaliser notre
projet ; ce sera un beau jour pour ce pays que celui qui
verra l'image de l’humble enfant de Chamagne se dresser
sur son piédestal an bruit des acclamations de tout un
peuple !
Il est un lieu dout le nom ne réveille pas moins de sou-
venirs glorieux dans les cœurs vosgieus que les noms de
Chamagne ou de Domrémy : c’est la ville que Jeanne d’Arc
sauva du joug de l’Anglais , c’est Orléans. Un de nos cor-
respondants, M. Charles Pensée (d’Epinal) a consacré son
beau talent de dessinateur à retracer les anciens monuments
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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉKDLATIOR.
eiriis et religietix de cette ville qu’il habite depuis longues
années , et il a gratifié notre Société d’un exemplaire de son
ouvrage. Ce n'est pas d’aujourd'hui seulement que nous
sommes redevables à M. Charles Pensée ; nos cartons rem-
plis de ses dessins sur les Vosges témoignent à la fois de
son désintéressement et de l’amour qu’il a conservé pour
le pays natal.
Notre collègue , M. Laurent , directeur du musée dé-
partemental , a signalé , dans une note que nous avons
publiée , les nouveaux accroissements qu'ont reçus les col-
lections archéologiques de cet établissement. Deux trou-
vailles récentes vont augmenter encore l’intérét qu’offraient
déjà ces collections. Dans une de nos dernières séances ,
M. Laurent nous a présenté une lampe antique trouvée
à Grand et plusieurs ornements en bronze découverts à
Vaubexy, dans des sépultures qui ont été mises au jour
en construisant une nouvelle route. Ces derniers objets ,
qui paraissent avoir appartenu à des guerriers franks,
donnent lieu de supposer qu’un combat meurtrier aurait
été livré près de cet endroit. Quoi qu’il en soit , nous nous
sommes empressés de mettre à la disposition de H. Lau-
rent des fonds qui permettront de continuer les fduilles.
Tels ont été , Messieurs , les principaux travaux de notre publicité.
Société depuis la dernière séance publique. Parmi ces tra-
vaux , il en est quelques-uns qui n’ont point encore donné
de résultats , mais si nos concitoyens nous secondent , les
germes que nous avons semés ne tarderont pas à se dé-
velopper et à porter leurs fruits. L’union seule en effet
donne la force d’exécuter , comme elle inspire le courage
d’entreprendre , et M. le Ministre de l’instruction pu-
blique l’a bien compris lorsque , l'an dernier , il a conçu
le projet de prendre en main la direction des corps scien-
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AIWALE8
tifiques et d’imprimer une impulsion commune à leurs
efforts jusqu'alors divergents. C’est là , Messieurs , une
pensée grande et féconde et nous nous y sommes associés
autant qu’il était en nous , en adressant à M. le Ministre
une notice historique sur notre Société , en même temps
que la collection complète de nos publications. Nul doute
que cette pensée , comme toutes celles qui ont de l’avenir,
ne se développe encore par la suite; à l’annuaire des
socitUs scientifiques qui doit se publier tous les ans , au
rapport annuel qui .fera connaître à la France et à l’é-
tranger les travaux les plus remarquables de ces sociétés,
M. le Ministre sentira sans doute la nécessité d’ajouter une
revue paraissant à des époques moins éloignées , et for-
mant de la sorte , entre toutes les académies de province,
une espèce de congrès permanent dont le foyer serait à
Paris. Notre Société , pour sa part , ne peut manquer d’ap-
plaudir à une telle conception; nous profitons , il est vrai,
de l’offre généreuse de M. Cabasse, qui a mis gratuitement
à notre disposition les colonnes de son journal; il est
vrai aussi que notre collègue M. Gley nous a fait en-
trevoir la possibilité de reprendre la publication de notre
Bulletin mensuel , interrompu il y a deux ans ; mais il
faut de nos jours anx oeuvres de l'intelligence une publicité
plus étendue que celle qui s’arrête aux limites d’un dé-
partement. Quelle influence n’aurait pas un organe commun
de toutes les sociétés scientifiques françaises, recueillant
jour par jour, dans leur actualité, tous les documents
émanés de leur sein, et les portant aussitôt à la connais-
sance, non seulement de la France, mais du monde savant !
Organisation II me reste , Messieurs , à vous faire connaître les mo-
de l * difications survenues dans la composition de notre Société
durant le cours de l’année qui vient de finir. Nous avons
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DK LA SOCIÉTÉ d’ÉMULATICW.
conféré le titre de membre titulaire à M. Bienaymé , dont
j’ai en occasion de tous citer arec éloges la Notice sur le
Ut de Tangvt. M. d’Estocqnois , auteur de deux mémoires
que j’ai également mentionnés, a été aussi admis parmi
nous eu qualité de membre correspondant Plût an del
que ma tâche se bornât à tous dire les nouveaux noms
dont notre liste s’est accrue , mais au moment même où
noos ne songions qu'à nous félieiter de ces acquisitions ,
la mort est venue nous porter le coup le plus sensible, en
nous enlevant notre secrétaire perpétuel : M. Briguel s’est
éteint le 26 avril dernier, emportant avec lui dans la tombe
l’estime et l’affection de tous ceux qui avaient pu apprécier
les rares qualités de son esprit et de son cœur.
M. Louis Briguel était né à Epinal le 9 juin 1793, c’est-
à-dire au plus fort de cette lutte héroïque par laquelle
nos pères se sont immortalisés. Le collège qui existait
avant la Révolution , et où la jeunesse , pour toute in-
struction , recevait seulement quelques notions incomplètes
des langues mortes , avait fait place à une institution plus
eu harmonie avec les besoins de la société nouvelle. Le
jeune Louis suivit les cours de l’éeole centrale, et son
aptitude précoce ne tarda pas à le faire remarquer de ses
maîtres. B venait à peine de terminer ses études et d’at-
teindre sa dix-septième année , qu'il fut jugé capable de
remplir les fonctions de professeur au collège de Dieuze;
il ne les quitta qu’en 1817, pour celles de professeur de
seconde et de rhétorique au collège d’Epinal. Le titre d'of-
ficier d'académie, qui lai fut conféré le 5 juillet 1825,
fut la récompense du zèle et du talent qu’il déploya dans
ces deux chaires.
La Révélation de juillet , qui trouva M. Briguel en
possession des mêmes fonctions, s’empressa de lui décerner
un nouveau témoignage d'estime , en l’appelant à diriger
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ANNALES
le eollége d’Epinal; mais, à la fin de 1832, M. Briguel,
qni n’avait point cessé de professer, dut résigner un far-
deau trop au-dessus de ses forces : il le fit en renonçant
au titre de principal. Jusqu’en 1844 , époque où le
déclin de sa santé le contraignit à prendre sa retraite,
M. Briguel continua de remplir avec le même zèle les
pénibles devoirs du professorat, et soit qu’il enseignât
les vérités abstraites de la philosophie ou les beautés de
la rhétorique , soit qu’il exposât aux jeunes gens de l’école
primaire supérieure les éléments de notre littérature , il savait
toujours accommoder sa méthode à la diversité des intel-
ligences ou la varier selon les exigences de la matière qu’il
traitait. Connaissant aussi bien que tout autre l’art de se
faire respecter de ses élèves, il possédait encore mieux
le secret de s’en faire aimer , et parmi ceux qui ont
reçu ses leçons , il n'cn est point , je puis le dire , qui
n’ait conservé de son ancien maître un souvenir affec-
tueux. Mais je n’ai dépeint que le professeur, je n’ai point
encore parlé du collègue laborieux et dévoué , de l’ami
sûr et fidèle , car M. Briguel était l’un ét l’autre. Avec
le vénérable Parisot, il avait contribué à fonder notre
Société , et pendant vingt ans il n’a cessé de prendre la part
la plus active à ses travaux. Toujours prêt lorsqu’il s'a-
gissait d’accepter quelque lourde tâche , il trouvait , malgré
ses occupations journalières, le moyen de s’en acquitter avec
une promptitude et presque toujours une perfection qui
ne laissaient rien à désirer. Appelé aux fonctions de se-
crétaire perpétuel, devenues vacantes par la mort de M.
Parisot , son activité et sa sollicitude parurent s’accroître
encore avec ses devoirs ; seul il suffisait à tout , mais
tant d’efforts si longtemps prolongés avaient épuisé ses
forces : dans le courant de 1844 , il éprouva les premières
atteintes du mal qui , deux années plus tard , devait noua
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DE LA SOCtÉT*- D’ÉMULATION.
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te ravir. 11 ne parut point , pourtant , que sa belle intelli-
gence en eût été affaiblie ; ses souvenirs seuls semblaient
avoir perdu de leur netteté; mais si la mémoire de l’esprit
avait souffert, la mémoire du cœur était restée entière :
son amour du travail et son dévouement étaient toujours
les mêmes , et l’on peut vraiment dire de lui qu'il est mort
à la peine. Voilà , Messieurs , quel était l'homme que nous
, regrettons ; j’aurais pu vous parler encore des qualités qui
distinguaient l’écrivain , de l'indépendance du citoyen , des
vertus du père de famille , mais ce serait supposer que vous
les avec oubliées. Non , il ne peut être mis en oubli celui
qui s'est lui -même oublié pour les autres, et la recon-
naissance de ses concitoyens le suivra par-delà la tombe
qui garde ses restes mortels.
La mort de M. Briguel , en laissant de nouveau va-
cantes les fonctions de secrétaire perpétuel , noos imposait
une mission difficile , celle de lui chercher un successeur
rempli du même zèle et capable au même degré de sa-
tisfaire aux exigences si diverses de ces importantes fonc-
tions. Nous l’avons trouvé dans M. Haxo , et ce choix ,
j’en suis sùr, sera ratifié par l’assemblée qui m’écoute.
Elle a pu comme nous apprécier l’étendue des connais-
sances de M. Haxo , et comme nous aussi , elle a pu juger
de l’ardeur qui l’anime pour le bien.
Je m’arrête , Messieurs , car je craindrais de dépasser
les limites d’un simple compte rendu. Je n’ai point cru
cependant pouvoir me dispenser de rattacher les travaux
de notre compagnie au travail général qui se manifeste
de toutes parts : c’est qu’en effet , pour bien juger du rôle
que chacun de nous est appelé à remplir, il faut voir les
choses d’ensemble et s’élever à la conception do but vers
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AHKAI.ES
lequel gravitent les sociétés modernes. Ce but , je l’ai dit
en commençant , c’est l’unité , la centralisation de toute»
les forces intellectuelles et matérielles , et cette centralisation
n’est elle-même qu’un moyen pour arriver au but final , qui
est le bonheur commun de l’humanité. Associons-nous donc,
puisque telle est la loi providentielle qui préside aux destinées
humaines; mettons en commun nos facaltés individuelles ,
faisons-les servir au bien-être de tous , et loin de nous
appauvrir, nous recevrons le centuple de ce que nous aurons
donné. P’où vient la supériorité du christianisme sur le»
autres religions qui ont régné sur le monde? C’est qu’il
a surtout prêché l’union entre les hommes ; c’est qu’en
les proclamant tous enfants du même père , il leur faisait
clairement entendre qu’ils devaient vivre en frères et ne
plus former qu’une seule et même famille. 11 est temps
enfin que ces principes cessent d’être une lettre morte et
qu’ils se traduisent par des faits ; il est temps que nous
sortions de cet isolement funeste où nous nous sommes
trop longtemps renfermés, et qu’appuyés les uns sur le»
autres, les mains entrelacées dans une fraternelle étreinte,
nous marchions hardiment et de concert dans les voies que
la Providence nous a tracées !
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DE LA socrfri d’émijlatiok.
47
UllOftî
SCR LA
aftsrcraævæti&a bis muas
DÉCERNÉES
à l'a|HcaMnre« l'iaimMc et 1'kertlealture ,
Par N. DEBLAYE,
MEMBIE TITULAIRE.
Messieurs ,
Votre Société a , depuis sa création , porté une ooustante
sollicitude sur l’agriculture , cette braucbe si importante
de réeooomie sociale , vraie et solide base du commerce et
de l’industrie. Source réelle du bien-être public, l’agri-
culture est appelée par son développement successif, à
placer notre belle patrie à la tête du mouvement commer-
cial et industriel, comme déjà les arts et les sciences lui
ont assigné le premier rang dans la civilisation.
L’agriculture vosgienne , dont la prospérité vous préoc-
cupe si vivement, était, jusqu’au grand élan national de
1789, restée stationnaire, arrêtée dans l’ornière de l’igno-
rance et de la routine. C’est de cette mémorable époque
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48
ANNALES
que date pour elle une ère nouvelle ; grâce aux efforts
généreux et persévérants des hommes éclairés , elle est
entrée dans la voie du progrès , dirigé lui-mème par l’ap-
plication raisonnée des sciences mathématiques à l’art agri-
cole , sous le triple rapport de la physique , de la chimie
et de la mécanique.
Le département des Vosges , par sa constitution géogra- ‘
pbique, doit se livrer simultanément à l’agriculture et à
l’industrie manufacturière. Dans le but de hâter le dé-
veloppement de la première» vous vous êtes associé les
comices agricoles , spécialement établis pour propager dans
les campagnes l’instruction pratique relative à la bonne
culture des terres, à l'emploi des instruments aratoires
nouveaux et anciens perfectionnés, surtout à l’éducation
et à l’amélioration rationnelles des races animales destinées
au labour, à la nourriture de l’homme ou aux exigences
commerciales et industrielles.
Je le dis à regret, il est déplorable que le Gouverne-
ment ne fasse pas au budget une plus large part à l’agri-
culture et vous permette, par ce moyen efficace, d’augmenter
d’une manière digne de son objet les récompenses annuelles
que vous décernez aux agronomes et aüx industriels qui
se distinguent par leur zèle , leur intelligence et leur ac-
tivité. Malgré l’exiguité de vos ressources, vous êtes parvenus
à entretenir une louable émulation dans cette classe émi-
nemment recommandable de citoyens , dont le travail
et les efforts constants ont pour but l’établissement
durable et permanent de la prospérité nationale. A l’a-
griculture est réservée la noble mission de retremper et
de fortifier les mœurs publiques, auxquelles , dans ces
derniers temps , ont été portées de si funestes atteintes.
L'horticulture est aussi l’objet de votre bienveillante
sollicitude ; eUe a dans ses développements les rapports
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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. > 49
les plus immédiats avec l'agriculture dont elle est la
soeur.
Votre commission des primes , Messieurs , m’a chargé
de vous présenter le résultat de son travail. En acceptant
cette tâche au-dessus de mes forces , je me sois rendu à
l’accomplissement d’un devoir, votre indulgence sera ma
sauvegarde.
AGRICULTURE.
MISE EU VALEUR DE TERRAINS IMPRODUCTIFS
DE LA CONTENANCE D’UN HECTARE
EN UNE OU PLUSIEURS PIÈCES.
Parmi les candidats qui se sont présentés au concours ,
trois seulement se trouvent placés dans les conditions dè
votre programme. Le premier est M. Pinot, d’Epinal, pro-
priétaire, sur la commune de Golbeÿ, d’une pièce de terre
de cinq hectares 1/2 environ. Ce terrain, presque généra-
lement improductif à l’époque dè son acquisition , a été
transformé, sur une étendue de trois hectares, en une
prairie naturelle de bonne qualité , tant sous le rapport
de la nature du fourrage que sous celui de la quantité.
Avant sa transformation , cette propriété ne donnait que
quelques herbes de mauvaise qualité , pour ainsi dire nulles
pour la récolte et ne servant qu’au pacage dù bétail. Le
résultat obtenu par M. Pinot est dû à un travail long et
opiniâtre , soutenu par une persévérante intelligence. Cette
création de prairie est vraiment remarquable par son ni-
vellement et le bon emploi des eaux naturelles et pluviales.
Le second eit M. Joseph Vautré, garde forestier com-
munal à là résidence de Vaubexy. Cet agent se distingue
particulièrement par une infatigable activité; les forêts
soomises à sa surveillance lui doivent de notables amé j
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50
ANNALES
liorations , pour le repeuplement des vides en bonnes
essences , judicieusement appropriées au sol. Depuis cinq
ans , il a exécuté dans les forêts communales de Vaubexy,
au canton de Grand-Bois, un reboisement complet de 3
hectares ; d’Ahéville , canton de la Pétroie , de 60 ares ;
de Jorxey, de 40 ares sur trois points différents , enfin
d’Avillers, de 20 ares, au quart en réserve, canton des Boules.
Le troisième , M. Joseph Vernier, aussi garde forestier
communal demeurant à Provenchères , a de justes droits
à votre bienveillance, pour le dévouement dont il fait preuve
dans l’exercice de ses devoirs, lia, pendant les années 1844
et 1 845, exécuté lui-même ou fait exécuter sous sa direction ,
dans les forêts communales confiées à sa garde , deux
repiquements , l’un de 50,000 brins et l'antre de 40,000
sur une superficie de 2 hectares. 11 a en outre établi 300
mètres de rigoles d’assainissement.
Les conseils municipaux des communes dont les forêts
sont placées sous la surveillance de ces deux agents, se
sont empressés de donner les attestations les plus honorables
et de vous les recommander, par l’intermédiaire du bureau
d’administration du comice de Mirecourt.
Deux concurrents , quoique ne se trouvant pas dans les
strictes prescriptions du programme , par suite de cir-
constances indépendantes de leur volonté , attendu qu’elles
résultent de leur position de fortune, ont néanmoins frappé
notre attention et nous ne pouvons que les proposer au
partage de vos encouragements.
L’un , M. Counot, instituteur de la commune de Golbey,
a pour titres un travail analogue à celui de M. Pinot,
exécuté sur un terrain communal de la contenance de 50
ares, absolument inculte et improductif, qu’il a changé en
un bon pré naturel. Ce jeune homme laborieux s’occupe
aussi à donner à ses jeunes élèves des leçons d’agriculture
pratique.
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DK LA société DÉMULATIOR. 51
L’antre , H. Moogeot, de Gerbépal , «e recommande par
lue création analogue à la précédente et par laquelle il est
parvenu , à force de peines et de travail , à convertir en
On beau pré naturel nn terrain de 70 ares , entièrement
improductif et hérissé de roches.
C’est sur l’exposé de ms titres divers que votre com-
mission vous propose de décerner :
F Une médaille d'argent à M. Pinot ;
V Une médaille de bronze et une prime de 50 francs à
MM. Vautré et Vernier ;
3* Une mention honorable et une somme de 50 francs ,
à titre d’encouragement , à MM. Connut et Mougeot.
PL AS TES FOURRAGÈRES. — PRAIRIES ARTIFICIELLES.
Deux concurrents , tous deux membres du comice de
Mireconrt, de cet arrondissement si éminemment agricole,
se présentent dans la lice sous les plus favorables aus-
pices , patronnés par le bureau d’administration de cette
utile institution.
Vient en première ligne M. Mathis , propriétaire et cul-
tivateur & Racécourt , le propagateur dans sa commune
de la culture des prairies artificielles , si avantageuses &
l’agriculture et si difficiles à établir, par suite de la trop
grande division de la propriété et de l’assolement triennal ,
entraînant à sa suite le fléau de la vaine pâture. M. Matbis,
à force de soins, de sacrifices et de persévérance, est arrivé
à réunir en plusieurs pièces 1 1 hectares qu’il a convertis
en lusernières et sainfoin, selon la nature et l’exposition du
sol. Il ne s’en est pas tenu là, il a aussi converti I hectare
de terres arables médiocres en une bonne prairie natu-
relle, contiguë à une autre semblable de 2 hectares. Le
travail exécuté dans ce but se distingue par un nivel-
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52
ANNALES
lement d’accord avec l’assainissement du terrain , et basé
sur un système de rigoles d’écoulement bien ordonnées et
destinées à conduire les eaux éparses dans des réservoirs
disposés pour l'irrigation régulière de cette récente prairie.
Se présente ensuite M. Prosper Maudru , propriétaire à
Ville-su r-Illon , faisant valoir un domaine de 9 hectares ,
sur lesquels il en a affecté 6 à la culture des prairies ar-
tificielles , ainsi répartis : 3 hectares en liizernières , 2 en
trèfles et I en sainfoin. Le produit de cette culture a été
très-satisfaisant et lui a mérité le second prix , au concoun
de 1 845 , au comice dont il fait partie.
Nous vous proposons en conséquence d'accorder,
1° Une médaille de bronze à M. Mathis ;
2° Une mentiou honorable à M. Prosper Maudru.
AMÉLIORATION DU BÉTAIL.
Deux candidats , également membres dn comice de Mi-
recourt , se présentent sous le même patronage. L’un ,
M. Louis-Lambert George , cultivateur à Ravenel , établit
ses titres sur une exploitation rurale de 78 hectares, à
laquelle se trouvent attachées 38 têtes de bétail se subdi-
visant ainsi : 1 2 vaches laitières , 3 genisses , 8 bœufs de
travail élevés sur le domaine, 1 taureau pour la repro-
duction , 8 chevaux et 2 poulains. A l’alimentation de ce
nombreux bétail sont affectés 5 hectares de prairies na-
turelles en plein rapport , 5 autres hectares de pareille
nature en création , 20 hectares de prairies artificielles et
8 hectares de plantes légumineuses sarclées. Le reste, se
réduisant à 32 hectares, est consacré à la production des
céréales , moins 8 hectares en jachères.
Toutes les constructions rurales de cette belle exploi-
tation sont récentes ; elles ont été faites sous la direction
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53
DB LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION.
immédiate de M. George , dont l’intelligence et la capacité
reconnues ne peuvent être révoquées en doote. Tontes les
exigences hygiéniques ont été scrupuleusement observées
et répondent à tous égards à la bonne tenue du bétail.
Ce propriétaire est engagé dans la voie do progrès , et dans
peu d'années il sera cité comme le modèle des agriculteurs
vosgiens.
Après loi vient M. Théophile Gaspard , cultivateur à
Pont-sur- Had ou , son digne émule , exploitant un domaine
de 71 hectares , dont 12 hectares de prairies naturelles,
13 de prairies artificielles et 2 de plantes légumineuses
sarclées. Le surplus est livré à la culture des céréales et
à la jachère. Cette exploitation fournit à l’entretien de 9
vaches laitières , 2 taureaux, 1 genisse , 3 veaux, 15
chevaux et 10 poulains. Il se livre avec succès à l’éducation
des espèoes bovine et chevaline. Sous le rapport des con-
structions rurales, M. Gaspard ne jouit pas des mêmes
avantages que M. George; il tient sob manoir de ses ancêtres,
ses écuries sont anciennes ; cependant il a su en tirer tout
le parti possible en. les appropriant à leur destination ,
conformément aux règles hygiéniques relatives à la bonne
tenue et à l’amélioration de son nombreux bétail. Il est,
comme son collègue, un homme essentiellement recomman-
dable par son intelligence et son dévouement an progrès.
Noos vous demandons en faveur de ces deux agronomes
distingués,
I* Une médaille d’argent pour H. George ;
2* Une médaille de bronse pour M. Gaspard.
INDUSTRIE.
A la tête des aspirants qui se sont mis sur les rangs,
pour recueillir vos suffrages et mériter les récompenses
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54
ANNALES
que tous réservez aux citoyens qui consacrent leur temps
et leurs veilles au développement et au perfectionnement
de l'industrie , marche M. Tbirion, mécanicien à Mirecourt.
Il présente un nouveau système de boitage des voitures ,
dont le perfectionnement a pour résultat la diminution de
traction. Une pareille amélioration est de la plus haute
importance pour l’économie agricole , dans laquelle l’em-
ploi des voitures et des instruments aratoires joue un si
grand rôle.
Le système de M. Tbirion , pour me renfermer dans les
termes d’une partie du rapport de la commission nommée
par le bureau d'administration du comice de Mirecourt dans
le but d’en constater les avantages , consiste :
« Dans l’introduction d’une virole ou double boite en
bronze, tournée à l’extérieur et alesée à l’intérieur, entre
l’essieu en fer tourné et la boite en fonte alesée ; deux
rondelles en acier trempé , placées l'une entre l'embase
de la fusée et le moyeu , l’autre à l’extrémité de la fusée
contre l’écrou qui lé termine , complètent ce système ap-
pelé boîte à double rotation, et dans lequel les frottements
des surfaces coniques en contact sont facilités par l’inter-
position d’un corps gras. ■
La commission s’est attachée à reconnaître la réalité
des avantages attribués par l’auteur à son système et dont
les principaux sont :
1° La diminution du frottement par sa décomposition ,
et le séjour constant de l’huile ou de la graisse sur toute
la circonférence de l’essieu et de la double boite, devant
avoir pour résultat de conserver la boite ainsi que l’essieu,
d’empècher le grippement entre la botte et l’essieu , et par
conséquent la production d’un calorique capable d’incendier
les roues;
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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 55
2* Diminution de la résistance de traction , comme con-
séquence de ce qui précède , etc.
Cette commission a également reconnu que ce nouveau
système de bottage pouvait s'adapter indistinctement à
tons les genres de boite en usage , soit à l’huile , soit à
la grasse, et a l’avantage de prolonger la durée de l'essieu
et de la botte en fonte , d’éviter le déboîtage des roues et
le brûlement qui en serait la conséquence.
Ce système a la consécration de l’expérience -, attestée
par bon nombre de personnes honorables qui, par état
ou par position , sont à même d’en constater et d’en appré-
cier les avantages, entr’autres, MM. Villemin, maltrede poste
à Mireeourt, Dubois, de Veselise, Tourtel, deTantonvitle, et
Favre jeune, constructeur de carrosserie à Epinal.
Votre eoaomis8ion a été très- satisfaite de la précision
et de la lucidité avec laquelle M. Thirion, appelé dans
son sain , lui a fait l’exposé de son système et de ses
avantages.
Après lui vient M. Ducret , mécanicien à Epinal , in-
venteur d’une machine à fabriquer les rouages d’horlogerie;
nous regrettons bien sincèrement de ne pouvoir vous faire
un rapport satisfaisant sur la manière de fonctionner de
la mécanique de M. Ducret , qui , par une déplorable
fatalité , est devenue la proie des flammes dans le dernier
ineendie qui a eu lieu à Épinal , et a ravi à son auteur le
Irait de trente années de travail.
Un troisième, M. Thouvenin, habitant la commune de
Sainte-Hélène , se présente comme auteur d’une mécanique
propre à trilkr le gravier pour le chargement des routes;
cette machine a déjà été soumise à votre appréciation les
années précédentes , appuyée d’nn rapport favorable de
M. l'ingénieur Sapin , qui lui a valu une mention hono-
rable , avec invitation d apporter à son invention le per-
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56 ANRAIfBS
fectionnement dont elle était susceptible. M. Thouvenin
n’a pas , à cet égard , entièrement répondu à votre at-
tente.
Le dernier enfin, M. Gunat, de la commune de Hadol,
est inventeur d’un piège assez ingénieux pour prendre les
taupes et très-propre à la destruction de ces animaux nui-
sibles. Tout ce qui intéresse l’agriculture est accueilli par
vous avec empressement : sous ce peint de vue M. Gunat
rédame votre attention.
Nous vous engageons donc , Messieurs , à décerner,
1° Une médaille d’argent et une prime de 200 francs à
M. Thirion;
2° D’accorder une somme de 100 fr. à titre d’encourage-
ment à M. Ducret;
3° Une somme de 50 francs au même titre à M. Thou-
venin ;
4° Une somme de 30 francs , aussi pour encouragement , &
M. Cunat.
HORTICULTURE.
LÉGUMES.
Cinq exposants, MM. Bastien, Romary, Adelphe (Jean-
Jacquot) , Girardin et Lainel, dit Pécheur, se sont présentés
au concours. La commission spéciale appelée à vous faire
connaître le résultat de son examen , vous propose de dé-
cerner le premier prix à M. Bastien, jardinier de MM. Dutac
frères, pour le nombre, l’ensemble et la beauté de ses
légumes , parmi lesquels se faisaient particulièrement re-
marquer diverses espèces de choux , de carottes et d’é-
normes betteraves. Elle vous demande le second prix en
faveur de M. Romary, dont les produits ont, sous tons
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DB LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 57
les rapports , le plus approché de ceux exposés par M,
Bastieo.
Les commissaires, liés par les prescriptions du programme,
regrettant de ne pouvoir vous proposer la récompense
due au sèle et à la capacité de M. Girardin , jardinier chez
M. Pierrat. Ils se bornent au rappel de la médaille de
bronze aocordée à ce dernier, dans l'nne de vos séances
publiques , pour sa remarquable culture des melons. Ils
croient aussi devoir signaler à votre bienveillance MM.
Lainel dit Pécheur et Adelphe (Jean-Jacquot). Ils vous pro-
posent , en conséquence , d’accorder,
1* A M. Bastion, une médaille d’argent et une prime de
40 francs;
2* A M. Romary, une médaille de bronze et une prime de
20 francs ;
3* Rappel de la médaille de bronze à M. Girardin, comme
jardinier de M. Pierrat ;
4* Une mention honorable à MM. Adelphe (Jean-Jacquot)
et Lainel dit Pécheur.
FRUITS.
Les candidats n’ayant pas répondu aux exigences du
programme , relativement à la production de fruits d’es-
pèces nouvelles , votre commission a jugé convenable d’a-
journer au concours de 1847 les prix proposés. Elle se
plaît néanmoins è rendre hommage à la beauté des fruits
présentés par les exposants , et vous propose d’accorder une
mention honorable à MM. Bastien et Adelphe (Jean-Jac-
quot).
FLEURS.
M. Crousae a soutenu sa belle réputation , si bien établie
dans les précédentes expositions , où se distinguaient ses
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58
ANNALES
produits, tant indigènes qu’exotiques. Cette année, il s’est
surtout fait remarquer par une rare collection de camélias,
d’azolées , de bruyères variées , ainsi que par de beaux
échantillons de jasmins d'Espagne et de lys majestueux à
feuilles lancéolées , plantes encore peu communes. La com-
mission vous demande le premier prix pour cet habile flo-
riculteur, consistant en une médaille d’argent et une prime
de 40 francs.
Elle réclame le second prix pour M. Pécheur fils : une
médaille de bronze et une prime de 20 francs , pour
ses nombreuses collections de verveines., de phlox , dans
lesquelles on distingue les espèces les meilleures et les plus
nouvelles de pensées dites anglaises et de roses trémières ,
aussi remarquables par leur beauté et leur variété , que
par la vivacité de leurs couleurs , enfin pour ses beaux
fuschia obtenus de semis.
M. Lambinet , de Remiremont, s’est présenté avec un bel
assortiment de fleurs et de plantes bien tenues , attestant
les efforts et les progrès soutenus de ce bon horticulteur,
auquel nous vous engageons à accorder une mention ho-
norable et une prime de 30 francs à titre d’encouragement.
M. Laveine a présenté un très-beau fuschia corymbi-
flora de 2 mètres de hauteur, dont les rameaux couverts
de fleurs retombaient en de nombreux corymbes de couleur
purpurine. Nous lui avons aussi reconnu des droits à une
mention honorable et à une prime de 30 francs au même titre
que H. Lambinet.
Nous vous recommandons spécialement le jeune Joseph
Brun , débutant qui donne de l’espérance , s’il continue à
marcher dans la voie où il vient de se faire remarquer par
sa petite collection de fleurs. Nous vous demandons pour
lui une somme de 20 francs , également à titre d’encoura-
gement.
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59
DB LA SOCIÉTÉ O KMULATtOH.
Votre commission, frappée des brillants résultats obtenus
dans les dernières expositions , termine sa tâche en tous
proposant d’acoorder, au concours de 1847, une médaille
d‘or au floriculteur qui l’emportera par le nombre , l’en-
semble, la beauté et surtout la nouveauté des plantes les
plus rares et les pins recherchées.
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60
ANNALES
llmCfwW m
SUR LES
immss xM&p&raxiitisntiiiuBS
Meonlëes par M. le Ministre de l'agriculture
ET AFFECTÉES A L* ARRONDISSEMENT d’ÉPINAL EN 1846 ,
PAR M. CLAUDEL,
MEMBRE TITULAIRE.
Messieurs ,
A la fin d’une séance déjà longue et remplie par les
discours remarquables que vous venez d’entendre, ma tâche
ne peut qu’être fort difficile , et d’autant plus difficile qu’à
peine ai-je eu le temps de préparer mon rapport ; aussi
je réclame l’appui de toute votre bienveillance. Je serai
court : l’aridité de mon sujet et votre fatigue m’obligent à
citer brièvement les faits qui ont été soumis à l’examen
de votre commission de visite des fermes ; je terminerai
par le nom des personnes sur la tète desquelles nous pen-
sons que vous devez poser vos couronnes.
Elle est grande , Messieurs , et elle sera féconde en grands
et heureux résultats , la pensée qui tend à accorder des
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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION.
61
primes à l'agriculture et aux branches qui s’y rattachent.
C’est à mes yenx nn des pins puissants leviers que M. le
Ministre de l'agriculture doive employer ; il faut donc le
remercier vivement d’étre entré dans cette voie et d’avoir
bien voaln noos charger de distribuer ces primes dépar-
tementales , qui eussent été sans doote plus importantes
si les Chambres eussent voté un crédit plus large.
A ce propos , qu’il me soit permis de dire , malgré la
déférence due à notre législature, que, pour une nation
comme la France , ce crédit n’est réellement pas sérieux.
Quoi ! Messieurs, on million seulement à ce qui peut fonder
et développer la prospérité nationale, à côté de tant de
millions que dévorent les chemins de fer, les canaux et
le curage de nos fleuves et rivières ! N’y a-tûl pas là un
non-sens déplorable ? Car que transporterez-vous sur vos
chemins de fer et vos fleuves, si la prospérité dont je
viens de parler ne vous offre pas ses produits? Chaque
année je vous ai signalé cette anomalie en exprimant le
vœu de la voir cesser; chaque année je vous renouvelle
encore d’aotres vœux tendant à la création de cours d’a-
gricolture, sans lesquels nous n’aurons jamais de vrais
agronomes; enfin je vous ai souvent dit, sans craindre
de blesser notre orgueil national, que, sous ces divers rap-
ports, nous étions bien en arrière des états allemands. Hé !
Messieurs , les faits viennent appuyer mes paroles ; car ,
jusqu'à présent , vous avez été , particulièrement pour les
chevaux et les animaox de l’espèce bovine , les humbles
tributaires de ces pays. Tant qu’à cet égard nous n’aurons
pas vaincu ces états, jè renouvellerai les mêmes plaintes,
j’adresserai les mêmes reproches, comme cet ancien qui
terminait toutes ses harangues par ces mots : delenda e»t
Carlhago. Toutefois je devrais avoir sur lui un avantage ,
car au lieu de détruire , je veui édifier.
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Google
62 AU WALES
Je m’arrête , Messieurs , sur ces considérations qui pou-
vaient me conduire loin et je reviens au programme. Votre
commission a fait, vous n’en doutez pas, tous ses efforts
pour que vos récompenses fussent appliquées suivant les
règles de la plus sévère justice. C’est donc avec confiance
que ses membres , dont j’ai l’honneur d’être l’organe , vous
prient de sanctionner les propositions que je vais vous faire
connaître.
Votre programme ou plutôt le programme de M. le Mi-
nistre porte que vous devez accorder,
1° Une .prime de 500 francs avec médaille en argent à
l’exploitation la mieux dirigée , entretenant le mieux la plus
forte proportion du meilleur bétail.
Nous avons , Messieurs , discuté les titres de deux con-
currents bien recommandables , le premier est M. Séraphin
Cholez , cultivateur à Vomécourt ; sa culture compte 64
hectares , dont 5 hectares en bonnes prairies artificielles
et 2 hectares 1/2 environ de plantes sarclées et pommes
de terre ; son exploitation est conduite avec une intelli-
gence , un esprit d’ordre et une activité remarquables ;
ses écuries sont bien aérées et tenues proprement ; son
bétail (espèce bovine), composé de 23 têtes et de 12 chevaux,'
est vraiment remarquable, et je ne crains pas d’avancer qu’il
me semble impossible de trouver mieux. Là, nous a’vons
vu de belles et bonnes laitières , produisant chaque année
des élèves de premier choix ; nous en avons surtout re-
marqué 8 de ceux-ci qui sont de toute beauté; néanmoins
il est juste de dire que ce bétail provient originairement
d’un taureau suisse et de nos vaches indigènes : ce croi-
sage , adopté par la plupart des habitants de Vomécourt y
a rendu le troupeau de cette commune bien supérieur aux
troupeaux voisins.
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DK LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION.
63
Par ces considérations , nous tous demandons pour M.
Choies la prime de 500 francs et la médaille en argent
qui y est jointe.
Nous exprimons le regret , Messieurs, de n’avoir à offrir
qu’une mention honorable au deuxième concurrent, M. Pros-
per Petot , cultivateur à Beausite , dépendant de notre
commune; car M. Petot emploie tous les instruments ara-
toires nouveaux et perfectionnés. Son exploitation asses
considérable est dirigée avec une haute intelligence ; la
distribution de ses terres en céréales , prairies artificielles
et plantes sarclées est parfaitement entendue ; nous avons
vu a'vec admiration son semis de betteraves. Seulement ,
son nombreux bétail manquait de force et d’embonpoint
et nous avons vu peu d’élèves ; du reste il faut reconnaître
qüe M. Petot est dans son début; mais il est doué d’une
telle aptitude qu’il s’empressera , nous n'en doutons pas ,
d’obtenir, sous ces derniers rapports, toutes les améliorations
désirables. Félicitons enfin M. Petot de s’étre fait cultivateur, .
car ce n’est qu’aux jeunes gens de Sa trempe que nous de-
vrons la régénération de notre agriculture.
2* Prime de 200 francs et une médaille en argent aux
irrigations.
Les grands, les immenses travaux de nos infatigable*
collègues MM. Dutac frères , portent partout leurs fruits ,
car partout nos cultivateurs comprennent qu’augmenter
les prairies naturelles et surtout leurs produits par des
irrigations bien dirigées , c’est tendre à augmenter le bien-
être et la prospérité générale.
11 était naturel que le village de Thaon , premier
centre des travaux de MM. Dutac , nous offrit la preuve
de ce que peuvent de bons, de grands exemples : M. Chris-
tophe , ancien maire de cette commune de Thaon et gendre
de ce respectable M. Guyon qui , le premier, s’est occupé
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ANNALES
64
là de création et d'irrigation , a dignement imité nos intré-
pides praticultenrs. Présenté par le président dn comice ,
qui nous a signalé l’importauce de ses travaux (6 hectares)
que du reste nous connaissions , nous vous proposons de
lui accorder la prime de 200 francs et la médaille en
argent.
3° Prime de 100 francs à la meilleure disposition deà
fumiers , et notamment à l’emploi des engrais liquides.
La puissance des engrais liquides sur la végétation est
déjà depuis longtemps démontrée ; tous ceux qui les ont
employés, particulièrement sur les plantes sarclées, ont été
émerveillés de leurs effets : encourager nos cultivateurs
à s’en servir et à foire tous leurs efforts pour ne point
les perdre , c’est accomplir, Messieurs , une partie de la
mission que vous vous êtes imposée;
Nous retrouvous ici avec plaisir M. Petot déjà cité, nous
offrant sous ce rapport le modèle le plus parfait; ses fosses
, à purin sont bien placées et bien construites ; il utilisé
les précieux engrais qu’elles renferment en arrosage sut
ses plantes sarclées et antres produits ; il réunit encore
dans une fosse particulière les balayures et les herbes pro-
venant du sarclage, auxquelles il ajoute, par couches légères,
une portion de fumier qui provoque la fermentation. Nous
vous demandons pour lui cette prime si bien méritée.
4° Prime de 100 francs à l’emploi des amendements cal-
caires , marne , chaux , cendre , etc.
M. Thiriet (Fulcran) , de Bousillon , nous a été désigné
par M. le président du comice d’Épinal comme digne de
recevoir cette prime; plein de confiance dans les inves-
tigations qne le comice a fait faire , nous vous proposons
de l’accorder à ce digne cultivateur.
5° Prime de 100 francs à la meilleure disposition des
étables , bergeries , écuries , etc.
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65
de la société d’émulation.
Nul n'ignore que, sons le rapport hygiénique , la bonne
disposition des étables et écuries est de la pins haute im-
portance. M. Petot, déjà couronné, a parfaitement compris
cette vérité , car ses étables et écuries peuvent servir de
modèle. Elles sont vastes, bien aérées avec ventilateur
et pavées en asphalte ; aucune partie du purin qui en
provient n’est perdu. Cette prime est donc dne à cet ho*
norable cultivateur.
6* Prime de 200 francs pour reboisement.
Tout a été dit depuis longtemps sur la nécessité et Fu-
tilité de maintenir nos forêts dans un bon état d’entretien
et de reboiser nos côtes et montagnes ; c’est pour atteindre
ce résultat si désirable que le Gouvernement offre , en
attendant une loi coercitive , des primes à tous ceux dont
la haute intelligence exécute de grands travaux dans ce
sens.
La commune de Dounoux , si dignement représentée par
X. Mangin, son maire, nous a paru mériter la prime,
car, par les soins de ce zélé fonctionnaire , des vides con-
sidérables (25 à 30 hectares), au sommet de montagnes
élevées, ont été remplis en essences diverses d’une venue et
d’nn développement saperbes. En conséquence, nous vous
demandons pour M. Mangin la médaille en argent, et la
prime de 200 francs pour la caisse municipale de Dou-
noux.
7* Enfin , Messieurs , une autre prime de 200 francs
est attribuée à la suppression du parcours et de la vaine-
pàture, cette importante mesure que nos bons agricul-
teurs réclament depuis longtemps.
Trois communes , Darnieulles , Igney et Jeuxey ont ré-
pondu à votre appel. Dans votre dernière séance, vous
avez placé Darnieulles en première ligne , tout en votant
des mentions honorables à Igney et Jeuxey. C'est donc
5
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aAnales
66
à Darnieulles qu'appartient la prime de 200 francs , et à
H. Joseph Mangin , ancien maire de ce -village , sous l’ad-
ministration duquel la mesure a été suscitée et accomplie,
que doit être remise la médaille en argent.
J’ai terminé, Messieurs; veuillez me pardonner si j’ai
manqué à mon engagement d’être bref ; mais je vous dirai
comme quelqu'un l’a déjà dit avant moi , je n’ai pas en
le temps d'être plus court.
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DK LA SOCIÉTÉ D 'ÉMULATION.
67
<B©sr®©waa idb 4846.
PRIMES ET MÉDAILLES
ACCOUDÉES PAH LA SOCIÉTÉ,
D’aPBÈS LE PB0GBAH1IE
|«M1É àtoiatteie IsSémm publique le 1ML
î. AGRICULTURE (I).
Médaille d’argent à M. Pinot (Joseph), d’Épinal ,
pour mise en valeur de terrains improductifs.
Médaille de bronze et une prime de 50 francs à
M. Vaudré (Joseph), garde forestier à Vaubexy, pour
repeuplement de forêts.
Médaille de bronze et une prime de 50 francs à
M. Vernier (Joseph) , garde forestier à Provenchères,
pour repeuplement.
Mention honorable et une prime de 50 francs à
M. Counot, instituteur à Golbey, pour repeuplement.
(i) On a rangé dans ce chapitre les repeuplements des vides dans
les forêts, attendit que la Société , par une décision récente, a cessé
de comprendre dans son programme le repeuplement des forêts.
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68
ANNALES
Mention honorable et une prime de 50 francs à
M. Mougeot (Joseph) , cultivateur à Gerbépal.
CRÉATION DE PRAIRIES ARTIFICIELLES.
Médaille de bronze à M. Mathis , de Racécourt.
Mention honorable à M. Maudru, deVille-sur-Illon.
AMÉLIORATION DU BÉTAIL,
PRINCIPALEMENT DES ESPÈCES BOVINE ET CHEVALINE.
Médaille d’argent à M. Georges (Louis) , de Ravenel.
Médaille de bronze à M. Gaspard (Théophile), de
Pont-sur-Madon .
INVENTIONS ET PERFECTIONNEMENTS
DANS LES ARTS MÉCANIQUES ET INDUSTRIELS.
Médaille d’argent et une prime de 200 francs à
M. Thirion , mécanicien à Mirecourt , inventeur d’un
nouveau système d’emboîtement des roues de voi-
tures, etc.
Prime de 100 francs à M. Ducret , horloger-méca-
nicien à Épinal , pour sa machine à fabriquer des
mouvements d’horloge.
Prime de 50 francs à M. Thouvenin , de S**-Hélène,
pour améliorations apportées dans sa machine à trier
le gravier.
Prime de 30 francs à M. Cunat , de Hadol , pour
son piège à prendre les taupes.
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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMU LATIOM.
69
II. HORTICULTURE.
1° LÉGUMES.
1 er prix : M. Baslien , jardinier de MM. Du tac frères;
médaille d’argent et une prime de 40 francs.
2® prix : M. Romary (Alexis), jardinier à Êpinal;
médaille de bronze et une prime de 20 francs.
Mention honorable à M. Adelphe (Jean-Jacquot) ,
jardinier à Épinal.
Mention honorable à M. Laisnel , dit Pécheur, jar-
dinier à Épinal.
Rappel de médaille à M. Girardin, aide jardinier
chez M. Pierrat à Épinal , pour sa belle culture de
melons.
Il® FRUITS.
La Société a décidé que les prix ne seraient pas
décernés cette année, les concurrents ne remplis-
sant pas les conditions du programme. Elle accorde
cependant des mentions honorables à MM. Rastien ,
jardinier de MM. Dutac frères, et Adelphe (Jean-Jac-
quot).
III* FLEURS.
1" prix : M. Crousse, jardinier fleuriste à Épinal;
médaille d’argent et une prime de 40 francs.
2* prix : M. Pécheur fils , d’Épinal ; médaille de
bronze et une prime de 20 francs.
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ANNALES
70
Mention honorable et une prime de 30 francs à
M. Lambinet, jardinier à Remiremont.
Mention honorable et une prime de 30 francs à
M. La veine, jardinier à Épinal.
Comme encouragement , une prime de 20 francs
au jeune Brun (Joseph) , d’Épinal.
PRIMES DÉPARTEMENTALES
ACCORDÉES A LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DES VOSGES
PAR LE MIMSTRR DI l’aGRICULTCRB BT DU GO MM BR CB ,
POUR ÊTRE DÉCERNÉES DANS SA SÉANCE PUBLIQUE DU 24 SEPTEMBRE i 840,
ET AFFECTÉES SPÉCIALEMENT A L’ARRONDISSEMENT D’ÉPINAL.
Médaille d’argent et prime de 500 fr. à M. Choie?
(Séraphin) , cultivateur à Vomécourt , pour l’exploi-
tation la mieux dirigée , entretenant la plus forte
proportion du meilleur bétail.
Médailled’argent et prime de 200 fr. à M. Christophe,
cultivateur et ancien maire de Thaon , pour irrigations.
Médaille d’argent et prime de 100 fr. à M. Petot
(Prosper) , propriétaire de la ferme de Beausite , près
Ëpinal.
Médaille d’argent et prime de 100 fr. à M. Thiriet
(Fulcrand) , propriétaire à Bousillon , près Ramber-
villers, pour emploi d’amendements calcaires, etc.
Médaille d’argent et prime de 100 fr. à M. Petot
(Prosper) , propriétaire de la ferme de Beausite, près
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DE LA SOCIÉTÉ d’ÉMULATIOH. 71
Épinal , pour la meilleure disposition des étables , et
principalement leur ventilation au moyen de chemi-
nées d’appel , etc.
Médaille d’argent et prime de 200 h*, à M. Mangin
(Jacques) , maire de Dounoux , pour reboisement.
Médaille d’argent et prime de 200 fr. à M. Mangin
(Joseph) , ancien maire de Darnieulles , pour la sup-
pression du parcours et de la vaine pâture.
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72
ANNALES
PROGRAMME
3)3® 1PMSH33 lît I&ilDMlL&lS
A DÉCERNER EN 1847.
1° PRAIRIES NATURELLES.
Prix de 300 francs au plus pour l’auteur de la
meilleure instruction pratique sur la création et l’a-
mélioration des prairies naturelles.
2° CRÉATION ET IRRIGATION DES PRAIRIES.
Une médaille en argent ; deux primes en numéraire ;
mentions honorables.
3° CRÉATION DE PRAIRIES ARTIFICIELLES
d’une ÉTENDUE DE CINQ HECTARES AU MOINS.
Médaille d’argent; médaille de bronze; deux primes
en numéraire ; mentions honorables.'
4° DÉFRICHEMENT
ET MISE EN VALEUR DE TERRAINS IMPRODUCTIFS
DE LA CONTENANCE d’un HECTARE AU MOINS.
Médaille d’argent ; médaille de bronze; deux primes
en numéraire ; mentions honorables.
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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION.
73
5 • REPEUPLEMENT OU CRÉATION DE FORÊTS
DE LA CONTENANCE DE DEUX HECTARES AU MOINS,
SOIT PAR LES PARTICULIERS, SOIT PAR LES COMMUNES.
Médaille en argent.
6* INVENTIONS OU PERFECTIONNEMENTS DANS LES ARTS MÉCA-
NIQUES ET INDUSTRIELS , AYANT SURTOUT POUR BUT LA
CONSTRUCTION d’un MOULIN PROPRE A LA DÉCORTICATION
DES 6 RAINES ALIMENTAIRES, ET SPÉCIALEMENT DE l’ AVOINE.
Médaille d’argent et une prime de ISO à 300 francs;
médaille de bronze et une prime de 100 francs; men-
tions honorables.
Une médaille d’or de la valeur de 300 francs sera
accordée à l’auteur du meilleur ouvrage sur l’instruc-
tion primaire, d’après un programme qui sera rédigé.
Une médaille d’argent et une prime de 200 francs
est également accordée pour la construction et l’en-
tretien des chemins d’exploitation.
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74
ANNALES
ADRESSÉ A MM. LES MEMBRES DR LA 80CIÉTÉ D'ÉMULATION ,
SUR
LES OBJETS CONCERNANT L’HISTOIRE NATURELLE
déposés ou Musée vosfien
depuis le mois de septembre 1845 jusqu'au même mois 1846 „
PAR M. LE DOCTEUR MOUGEOT ,
MEMBRE ASSOCIÉ LIBRE.
Messieurs ,
Voici la douzième fois que nous venons vous rendre compte des
accroissements annuels, à l’égard des collections conservées dans la
galerie d'histoire naturelle du musée vosgien. Nous avons dû, dans
nos rapports antérieurs , faire ressortir l'importance et l’utilité de
ces collections , et nous en voyons aujourd’hui de plus en plus les
heureux résultats dans une publication attendue depuis bien des
années , la Statistique du département des Vosges. À mesure que
les articles consacrés à l’histoire naturelle dans cet ouvrage voient
le jour , on peut se convaincre qu’ils y sont exposés avec des dé-
tails dont manquent la plupart des livres analogues. Ces détails
ici s’appuient sur des faits parfaitement constatés , et on peut en
vérifier la rigoureuse exactitude par l'examen des nombreux ma-
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DE LA SOCIÉTÉ DÉMULÀTIOÏt .
75
tériaux déjà réunis dans celte galerie. La commission de surveillance
près le musée vosgien , dont noos sommes encore aujourd’hui l’or-
gane, est heureuse de voir ses efforts amener les conséquences qu’elle
en espérait, et certes, en plaçant sous les yeux de nos concitoyens
les produits de la création dont notre pays est si richement doté ,
elle a établi sur la base la plus solide ce que pouvaient nous ap-
prendre les naturalistes dans une statistique départementale. Cette
publication va enfin faire mieux connaître les ressources de toute
sorte, les progrès scientifiques et industriels d’une population déjà
réputée par son dévouement à la patrie , son obéissance aux lois et
sa valeur sur les champs de bataille. Concourir de plus en plus au
développement de l’intelligence d’une si noble population, lui faciliter
les moyens d’acquérir la connaissance de tout ce que produit le
sol qu’elle exploite , seront constamment des motifs qui soutien-
dront le aèle de nos collaborateurs , pour réunir au musée vosgien
ee qui conduira vers un bot si propre à augmenter son bien-être.
GÉOLOGIE , MINÉRALOGIE.
Nous avons , l’année dernière , attiré plus particulièrement l'at-
tention sur les terrains de transition des Vosges , surtout qu’ils
avaient été par trop négligés depuis quelque temps , malgré les
nombreux lambeaux de ces terrains répandus sur les flancs et les
sommets de ces montagnes , et nous avons continué en 1 846 à réu-
nir les roches si variées qui s’y trouvent. M. Lamy, curé de Rothau ,
M. Fels, fabricant h Schirmeck, ont envoyé des eurites micacés à pâte
plus ou moins feldspathiques , des grès plus ou moins fins de la grau-
wacke, extraits de l'ancien percement de Mineguette à Rothau ; des
brèches du château de Schirmeck (1) , morceaux très-instructifs de cette
formation intermédiaire si abondante autour de ces deux localités,
oà viennent aussi s'entremêler des roches primitives. Nous avons
également rassemblé les eurites , granités, gneiss altérés, les phyl-
lades, les quartzites et roches quartzo-talqueuses , les grauwaekes,
(I) Ces brèches sont indiquées par M. Hogtrd dans la Statistique des
Vosges , p. 73.
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76
AN1VALBS
les grès anthraxifères du versant oriental de la montagne du
Bonhomme , qui accompagnent un gisement d'anthracite arrivant à
fleur du sol au lieu dit la Goutte-du- Rupt , entre les bornes n°»
3 et 4 de la route départementale n° 5 , qui du faite des Vosges
descend dans la vallée de la Weiss. Ce gisement d’anthracite pa-
raît se prolonger vers le nord dans tout le chaînon de la mon-
tagne du Bonhomme aboutissant h la commune du même nom. . En
effet, il existe des affleurements de ce combustible au revers nord
de ce chaînon , dans le voisinage de la vieille route , à deux ki-
lomètres environ au dessous du fort Galasse. Déjà au mois de
juin 1812 , nous examinions avec le D* Gaillardot les fouilles en-
treprises dans cette localité , avec espoir d'y rencontrer un amas
de houille ; mais le combustible étant de l'anthracite en trop pe-
tite quantité , incapable par conséquent de couvrir les frais d’ex-
ploitation, ces fouilles furent abandonnées. De nouvelles recherches,
dirigées par les ingénieurs des mines sur tout le trajet du filon ,
pourraient amener maintenant des résultats plus satisfaisants que
ceux obtenus autrefois , et nous croyons pouvoir engager les hommes
industriels de la vallée de la Weiss à tenter de nouveaux essais.
A l’époque déjà reculée où nous nous trouvions avec le docteur
Gaillardot sur le flanc oriental du Bonhomme, notre savant col-
lègue cherchait à démêler des terrains primitifs des Vosges, les
groupes qui pouvaient appartenir à la formation intermédiaire , et
des méditations profondes sur ce sujet l’ont occupé pendant
toute sa vie (1). 11 reste une riche moisson à faire, pour les géo-
(i) Le docteur Gaillardot transmit à la Société d’Emulation des Vosges,
en 1830, un Mémoire sur les terrains primitifs et de transition que
Von rencontre dans la chaîne des Vosges , mémoire mentionné dans le
compte rendu des travaux de cette Société en date du 2 mai 1831 , et
resté enseveli dans ses archives. Qu’on nous permette de reproduire les
principales remarques d'un des géologues qui ont le plus contribué à nous
faire connaître le sol de l’ancienne Lorraine, et dont la perte prématurée
laissera toujours un regret sensible dans la mémoire de ceux qui l'ont
connu. « Les théories , comme le disait le vénérable secrétaire perpétuel
de la Société d’Ëmulation dans le compte rendu dont il vient d’être parlé-.
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77
DE LA SOCIÉTÉ D’ ÉMULATION.
logues tosgicns, sur le versant oriental du Bonhomme, où le tracé de
b nouvelle roule n° 5 a mis h nu une très-grande étendue de cette
formation.
sont le flambeau des arts et des inventions, » et certes , dans «ne ma-
tière ami controversée que celle qoi a trait anx formations primitives et
Intermédiaires de la chaîne des Vosges, tout ce qui peut nous conduire h
les mieux connaître , doit nous intéresser vivement , et le mémoire du
docteur Gaillardot offre ces qualités à un très-haut degré : voici les parole»
de notre ancien collègue :
« Doit-on considérer les Vosges comme montagnes formées de roche»
primitives ou de roche» de transition; ou bien ces deux formations existent-
elles dans ce groupe de montagnes ?
» Ainsi que beaucoup d'autres chaînes * les Vosges avaient été considérée»
comme appartenant aux terrains primitifs , mais des débris de corps organisé»
fossiles ayant été trouvés par M. Voltz en quelques localités, dan» des
roches calcaires et euritiques , on a cru pouvoir rapporter toute la chaîne
aux terrains de transition. On peut voir dans son Aperçu de là topographie
minéralogique de t Alsace , page 56, la nature des roches et des fossiles
qui ont bit considérer les Vosges comme appartenant aux terrains de transi-
tion. L'auteur y reconnaît cependant des roches primitives.
> M. Elie de Beaumont parait considérer toutes les roches cristallines de»
Vosges , le» ballons même comme terrains de transition (4). Dans son résumé
cependant , il doute si ces roches sont de transition ou si elles sont primitive».
» On peut voir dans l'ouvrage cité plus haut, de M. Voltz , que les roche»
qui offrent des débris de corps organisés fossiles n'ont encore été observées
que dans un petit nombre de localités. Cela suffit cependant pour prouver
l'existence des terrains intermédiaires de transition dans les Vosges; mais
cela ne prouve point que tout le massif de cette chaîne appartienne au même
terrain , qu'il soit de la même formation , et je ne doute pas que les mon-
tagnes que ce géologue indique et décrit comme primitives , ne le soient
effectivement.
» On reconnaît comme terrains primitifs ceux qui sont formés de roches
cristallines , de formation antérieure è celle de» corps organisés et qui ne re-
posent point sur les débris d'autres roches. « Mais , comme le dit M. de
» Humboldt , en traçant le tableau des connaissances que nous avons acquises
» (4) Observation* géologiques sur quelques terrains secondaires du système
des Vosges, par H. Mie de Beaomoat , pages 7, 8 et 9.
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AHHÀLB8
?8
M. Kœcblin-Schlumberger, secrétaire du comité d’histoire oa<*
tnreile de la société industrielle de Mulhouse , qui s’occupe sérieu-
> sur la superposition des roches , noos devons nous abstenir de prononcer
» avec assurance star la première assise de l’édifice géognostique. »
» Ayant observé des roches cristallines, des granités, des syénites, repo-
sant sur des roches schisteuses avec débris de corps organisés fossiles , ces.
caractères ont déterminé Werner à en faire nne classe particulière, à laquelle
il a donné le nom de Ubergangsgebirge , terrain de transition*
» M. d’Aubnisson observe que cette classification présente de grandes dif-
ficultés , et que l’on parcourt quelquefois dix lieues dans un terrain intermé-
diaire avant d’y trouver une empreinte de plante ou un reste de trilobite qui
en indique la classe (1).
» La géognosie est une science encore neuve* La surface du globe n’est
pas encore suffisamment connue pour pouvoir en classer les matériaux
avec autant de précision et de facilité que cela a pu se faire pour les
êtres organisés ches lesquels les groupes, les cadres étaient faits, et où
il n’y avait plus qu’à les placer à mesure qu’on les trouvait.
» Je ne crois point que cette division des terrains en primitifs , inter-
médiaires et secondaires, soit naturelle et susceptible d’être conservée;
elle offre, comme je l’ai déjà fait observer, de trop grandes difficultés.
Nous attendons avec grande impatience et depuis longtemps un travail
de M. Brongniart sur ce sujet, où se trouvera probablement la classification
des terrains indiqués dans le Traité de géognosie de M. d’Aubuisson (2).
Dans celle de M. Conybéare, les terrains intermédiaires comprennent le
terrain houiller , le calcaire charbonneux et le vieux grès rouge. Cette
classification semble en effet asses naturelle.
» M. d’Omalius d’Halloy, en faisant sentir toutes les difficultés qu’offre la
classification des roches des terrains intermédiaires, croit pouvoir s’en
affranchir dans la description des roches qu’il décrit dans ses mémoires ,
et réunit dans une grande classe les terrains primitifs et les terrains
intermédiaires, sous la dénomination de terrains primordiaux.
» M. Beudant a de même éprouvé des difficultés , en classant les roches
qu’il rapporte aux terrains de transition de la Hongrie , et laisse des doutes
sur quelques-unes qu’il n’a classées que sur des probabilités.
(4) Traité de géognosie ; S* édilioa , tome 1 er , page 365.
(5) Traité de géognosie ; !* édition, tome i er , page 374*
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79
DB LA SOCIÉTÉ © ÉMULATION.
•eneot de la géologie du Haut-Rhin , nous a adressé un conglomérai
bien remarquable sous le nom de Roche amy§daloide du Reuhfels ,
> A mesure que Pou observe , on découvre toujours plus de ces terrains
intermédiaires ou de transition , et beaucoup de terrains , que l'on avait
jusqu'alors considérés comme primitifs, sont répartis dans les terrains de
transition; eu sorte que Ton ne voit pas d'impossibilité pour qu'un jour
il ne reste plus de terrains primitifs.
» M. Volt* ayant reconnu et signalé , un des premiers , les terrains de
transi tion dans quelques parties des Vosges , ce groupe de montagnes a
été considéré depuis par quelques naturalistes comme appartenant en totalité
au terrains de transition. Aussi M. Beudant , en parlant du terrain de
syénite et grünslein— porpbyrique de la formation de transition de la
B-grie, dit : il a les plus grands rapports de composition avec la for-
mation des Vosges, qui, somme nous l'avons (ait remarquer à la page
152 du tome 4* r , appartient aussi aux terrains de transition : ce sont de part
et d'aatre, les mêmes roches , et il est souvent impossible de distinguer cer-
taines variétés de porphyres des Vosges de celles qu'on observe dans le terrain
de syénite et griinstein-porphyrique de Hongrie (4). M. Beudant, d'après
ces analogies de composition et de situation , semble même s'en appuyer
pour considérer le terrain de syénite de la Hongrie comme appartenant
b h formation intermédiaire.
» Mais maintenant ne pouvons-nous pas à notre tour , d'après les dif-
férences que ces terrains paraissent noos offrir, en conclure que les
terrains des Vosges ne peuvent être considérés comme analogues à ceux
de la Hongrie? En discotant la question de leur origine , M. Beudant
(p. 428, terne 3*) dit : le terrain de syénite et grunstein-porpbyrique et le
terrain de traehyte, se trouvent partout associés , et il semble qu'ils ne
peuvent , en quelque sorte , exister l'un sans l'autre. H cite à ce sujet la
Hongrie, l'Amérique, les Iles de la Grèce, les lies Aleudennes, le Mexique,
où le tracbyte recouvre la syénite; mais il ne cite pas les Vosges. En
effet, on ne trouve pas de trachyte dans cette chaîne de montagnes. La
seule roche qui pourrait être considérée comme tracbyte , qui aurait quelque
ressemblance avec elle , c'est l'argilophyre , eurite terreux , qui dans
beaucoup d'endroits est représenté ou remplacé par le spilite, sujet sur
lequel je compte revenir un autre moment. Nous connaissons bien dans
les Vosges des roches porphyroïdes à fond noir , mais jusqu'à présent je
(I » V*y*g* minéralogique et géologique en Hongrie ; loue 3 , page IS7.
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80
ANNALES
près de Wuenheim , sur la lisière du terrain de transition qui pari
du ballon de Sultz en se dirigeant vers cette ville et aboutit au
n’ai rien observé qui appartint bien décidément an pyroxène. La base
noire de ces roches m'a para être un pétrosilex , feldspath compacte plut
on moins coloré et mélangé d’amphibole. M. Volts reconnaît cependant
quelques-unes de ces roches comme pyroxéniques , surtout à F ram ont ,
mais on n’y a jamais trouvé le pyroxène cristallisé analogue à celui des
roches volcaniques.
» Il n’y a donc point de caractères certains , fixes , positifs , pour décider
si une roohe ancienne doit être considérée comme primitive ou de transition.
Ces caractères ne consistent que dans l’alternance des roches anciennes ,
cristallines, avec des roches formées de débris d’autres roches, ou de
roches qui offrent des débris de corps organisés. Il n’y a donc point de
raison pour croire que le terrain que nous considérons comme primitif
ne recouvre pas de roches d’agrégation ou avec débris de corps organisés,
lime semble cependant que si cette disposition des terrains était vraie,
constante, naturelle, les roches anciennes , cristallines , qui appartiennent
b ces deux grandes divisions, offriraient des caractères certains qui ser-
viraient à les faire reconnaître ; on les découvrira peut-être dans la suite.
> Les géognostes admettent des roches primitives d’âges différents; il
en est de même des roches de transition.
> M. de Humboldt reconnaît six groupes de roches dans le terrain de transi-
tion. Leur association lui a paru constante ; il est inutile de les rapporter
ici , on peut les voir dans son Essai géognostique , à la page 108. Ce savant
admet cependant encore des lignes oryctognostiques , servant à caractériser
les terrains de transition. Par exemple : la présence fréquente de l’amphibole
et le manque de quartz cristallisé , distinguent beaucoup de porphyres de
transition de ceux des terrains primitifs. L’amphibole , suivant M. de Hum-
boldt , serait plus abondant dans les terrains de transition que dans les ter-
rains primitifs.
» Dans les Considérations générales sur les terrains de transition, le
même auteur fait- observer que la magnésie , le fer oxidulé , le fer litané , le
carbone et la chaux carbonatée , pénètrent à travers la plupart des formations
de transition. Le feldspath vitreux s’observe aussi fréquemment dans ces
terrains.
» Ainsi donc , si l’on voit l’amphibole dominer dans une roche, on aurait
déjà une forte présomption pour croire qu’elle appartient au terrain de transi-
tion. Les roches porphyroïdes des Vosges seraient dans ce cas , ainsi que
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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉHULATIOIf.
81
grès rtegien. Celle roche , qui se présente à pâle diverse , est très-
carieuse par an mélange de fragments arrondis et anguleux, empâtés
les déc rit e s , les amphiboHtes , les trappites , roches que l’on observe dans
lotie letr ét tendue , el qui constituent les parties les plus élevées de la chaîne ,
au sud principalement* M. de Humboldt considère comme appartenant aux
roches de transition les porphyres et les syénites des Vosges (1).
» Nous avons déjà observé que M. Beudant avait trouvé beaucoup d’ana-
logie entre les terrains de transition de la Hongrie et les montagnes des
Yoages* Les grandes masses de syénites , avec leurs grands cristaux de clea-
velandites et d'ortbose , seraient dans le même cas. Beaucoup de granités
des Yoages, des eurites de toute espèce , renferment le fer oxidé en grande
quantité* Le carbone s’y trouve également , soit à l’état d’anthracite , soit à
l’état de graphite* Le calcaire s'y observe également.
» Les roches de transition ont été remarquées et indiquées par X. de
Bonnard dans le Hunsdrûck , qui n’est qu’une dépendance et une prolonga-
tion des Yoages au nord (3). M. Volts est , de tous les géognostes , celui
qui a le plus visité les Vosges et qui connaît le mieux cette chafae de mon-
tagnes* Dans sa €réognosie à* t Alsace , il nous fait connaître les terrains
de transition qu’il a vus dans les Vosges. Ce sont des alternances de schistes,
do gruuwacke, de porphyres, dont le massif et les montagnes environnantes
du Dooon sont formées et recouvertes par le grès vosgien. Cette formation
intermédiaire se retrquve dans le sad , vers les ballons , jusqu’à Saulriot dans
h Haute-Sa due.
> X. Beudant donne pour caractère général des roches du terrain de syénite
et grûnstein des terrains de transition dé la Hongrie , de fidre effervescence
avec les acides , en raison de la plus ou moins grande quantité de carbonate
de chaux qui s’y trouve mélangé. Hoas retrouvons aussi ce caractère dans
le grâustein— porphyre et d’autres roches des environs de Giromagny et de
S^-Xarie-aux-Xines.
» Les pyrites, dit encore X* Beudant, sont aussi très*abondamment dissé-
minées dans les roches de ce terrain , ce qu’il ne donne cependant point
comme caractère général, ainsi qu’il le fait pour la chaux carbonatée ; le fer
sulfuré se voit fréquemment dans les diverses espèces de diorites et d’autres
roches des Vosges*
■ (4) Ettmi géognostique , pige 419.
» (f) Aperçu géognostique des terrains.
G
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ANNALES
dans un ciment pétro-siliceux, et se rapproche des conglomérats nommés
Poudingues du terrain de transition de Schirmeck. Nous lui avons
» L'absence presque totale du quartz dans les roches porphyriques des ter-
rains intermédiaires, est considérée par tous les géognostes cousine un
caractère essentiel de celte formation. Les rocbes porphyriques des Vosges
présentent pour la plus grande partie ce caractère.
» Mais malgré tous ces rapports , toutes ces ressemblances de roches inter-
médiaires de la Hongrie, du Mexique, et celles des Vosges, on ne peut
encore affirmer que ces dernières appartiennent en totalité à la xuénse for-
mation, à la même époque, et il reste encore, pour considérer ces terrains
comme intermédiaires, à constater la présence des corps organisés fossiles ,
et surtout l'alternance des roches d'agrégations élastiques , avec les roches
cristallines, telles que granités, porphyres, ampbiholites » syénites, etc. ,
dans la plus grande partie des Vosges.
» M. de Humholdt observe que les débris de corps organisés manquent
généralement dans la série calcaire des terrai us de transition , et oe qui
sert à les faire reconnaître , c est leur alternance arec des schistes remplis
d'empreintes de plantes monocotylédones (l)qCeUe formation n'a pas encore
été observée dans les Vosges.
» Suivant beaucoup de géognostes, la présence de la grauwacjte étant eonsh
dérée comme un des principanx caractères des terrains de transition et oette
roche étant rare dans les Vosges, on serait porté à croire que ces montagnes
n'appartiennent pas à ces terrains*, mais ce petit groupe serait analogne à
celui des Andes de Popayan et du Pérou, où la grauwache manque et où les
porphyres de transition sont caractéristiques de cette formation (2).
» Des trois grauds dépôts métallifères, le plus riche, celui de S te ~Maric-
aux-Mines, en y comprenant la Croix-aux— Mines, me parait appartenir au
terrain primitif \ les deux autres, ceux de Giroraagny et de Framont ap-
partiendraient au terrain de transition. Celui de Giromagny aurait beaucoup
d’analogie avec les dépôts métallifères de la Hongrie ; on y trouve abondam-
ment les porphyres des terrains de transition. Les porphyres de Raon-oup-
Plaine au pied du Donon, appartiennent h la formation secondaire, à la grande
formation des grès rouges anciens; on observe du porphyre à Sainte-Mario*
aux-Mines, mais il est plus ancien que les précédents et renferme des cristaux
(1) Essai gèognostique , page <46.
(2) Essai gèognostique , page 118.
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DR LA SOOIRTR d’ÉMULATIOR. 8?
impliqué, en attendtai mieux » le nom 4e brèche porpfeyrique pi-
siforme, en ce qu’elle s’éloigne par son origine et se composition
minéralogique de la roche connue et appelée en France amygéoUMt,
sorte de lare qui appartient au terrain volcanique. A ces brèches pi-
siformes , M. Kœchlin avait ajouté deux grands morceaux de fer limo~
nite ( Hématite) mamelonné , provenant des formations intermédiaires
de la vallée de Saint-Amarin.
Nous u’ avons pas négligé de réunir de plus en plus les roches et
fossiles des terrains secondaires , soit du département des Vosges ,
soit des départements voisins ; c’est ainsi que les grès bigarrés ont
été augmentés par ceux du souterrain d’AbreschwiUer (Meurtbe)
avec empreintes végétales , envoyés par H* Victor Boulay , et par
M. Kœchlin, de ceux de Westhalden (Haut-Rhin) avec dnoptop-
êeris Mougeotii de différents aspects, tant les empreintes de cette
fougère varient dans les diverses assises de cette formation qui
entoure le massif des Vosges.
Les séries du muschelkalk ont aussi reçu de nouveaux accroisse-
ments , bien que nous ayons b regretter que M. Lebrun , qui vient de
c emplois de quarts. M. d'Aubniasou , à l'article de gneiss primitif, cite celai
de Sointe-Marie pour l'abondance et le richesse des métaux que l'on eu a reti-
rée. Dans les six groupes de la série des roches de transition de M. de Huxn-
boldt, nous ne voyons point figurer le gneiss, roche si abondante dans les
Voagee, mais le pins communément les porpbÿres et les syénites.
> M. Boné , dans son Essai géologique sur t Ecosse , dit qne les Vosges
paraissent en grande partie offrir , comme les terrains de l'ouest de l’An-
gleterre, des granités, des syénites , entourés de roches schisteuses et
feldapethignee de transition.
» D'après toutes ces considérations , les Vosges paraissent donc offrir des
terrains primitifs et des terrains de transition * le premier occuperait la partie
centrale , le milieu de la chaîne , et le terrain de transition s'appuyerait
sur le terrain primitif, aux extrémités de la chaîne surtout, en pénétrant
plus on moins dans les vallées, ainsi que l'a observé M. Voltz dans celles
de Saint-Amarin et de la Bruche. Ce terrain de transition ne serait pas
abondant dans les Vosges; mais g est à croire qu'il n'a pas encore été
reconnu partout oè il pent exister ; il n’y présenterait pas de formations
prononcées , semblables à colles dos six groupes que décrit M. de Humknld 1
dons «un Essai géafrujJtique. >
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84
ANNALES
découvrir autour de Lunéville une nouvelle espèce de polypier du
genre Turbinolia, n’ait pu encore en placer sous nos yeux qu’un seul
individu. En revanche , M. Kœchlin nous a donné de beaux échan-
tillons des carrières de marbre de Wintzfélden ( Haut-Rhin ) , avec
dendrites , articles d’encrinites , plagiostome , etc. 11 y a joint , pour
les autres formations secondaires et tertiaires , i° de grands mor-
ceaux de gypse fibreux et en rognon du keuper également de
Wintzfelden ; 2° des fragments du calcaire jurassique , entre autres
diverses variétés (Poolite, de molasse marine , déposées entre Rouffach
et Westhalden ; 3° un grand individu parfaitement conservé de VOstrea
Collinii de la molasse analogue , provenant de Stetten près Loerach ,
grand-duché de Bade ; 4° un groupe de cristaux de spath calcaire
de Badenweiler , puis des jaspes tantôt rubanés , tantôt à cassure
conique avec fbraminifères fossiles microscopiques , accompagnant le
minerai en grains d’Augger, également sur la rive droite dn Rhin;
5° une série des calcaires d’eau douce, soit avec silex , de Rie-
desheim , soit avec plantes fossiles , de Mulhouse , ou bien avec
Pseudomorphe de fer sulfuré changé en limonite, de Didesheim,
comme aussi des gypses fibreux et en rognon de cette même for-
mation , provenant de Lumschwiller et Zimersheim ; 6° de grandes
concrétions du Lehm de Brunstadt , dont la pâte de l’un d*eux est
remplie de débris de coquilles ; enfin une tranche d’un tronc d'ar-
bre (chêne?) , passée à l’état de lignite et recueillie dans les en-
virons du lac de Zurich en Suisse.
La carte publiée l’année dernière par notre collègue M. Hogard
sur les terrains superficiels , a dû ramener les recherches de dos
géologues vers les formations modernes, tant elles sont importantes
k être bien connues , et c’est à les étudier de plus en plus qu’il
faut s’appliquer ; aussi M. de Billy leur accorde une attention toute
particulière dans son travail minéralogico-géologique sur le départe-
ment des Vosges. 11 vient de déposer au musée des échantillons
d’un calcaire tertiaire à lymnées, calcaire caverneux tertiaire ob-
servé au sud de Charmes. Deux petits dépôts de ce terrain, qui
avaient jusqu’alors échappé aux recherches de nos géologues, sont
placés sur la rive gauche du ruisseau qui coule du village de Vin-
cey vers la Moselle, à 4 ou 500 mètres de ce village, au bas
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DE LA SOCltT t D ÉMÜLATIOH.
85
de l’escmpemeot des marnes irisées do muschdkalk , par con-
séquent en plaine dans la vallée de la Moselle. Ce calcaire re-
pose sur une assise de musehelkalk boursouflé , comme on en voit
dans plusieurs localités du département. Les têts de coquilles y sont
aases mal conservés , toutefois M. de Billy les rapporte plutôt aux
lymnées qu’aux paludines. Afin de diriger plus sûrement nos re-
cherches sur les dépôts modernes, nous dirons que M. de Billy
reconnaît 3 sortes de diluvium dans les Vosges : le 1 er appartient
au granité, se trouve abondamment autour de Gerardmer, et res-
semble parfois, aux moraines, ayant pu être pris pour ces dernières ;
le 3» est Armé exclusivement par le grès vosgien , offrant des sa-
bles qui renferment de grands fragments de ce grès ; on l’exploite
pour eu extraire ces fragments ; il abonde autour de S<-Dié où il
occupe un grand plateau sur la rive droite de la Faye près de
FrapeUe; le 3® est un dépôt argileux qui devient plus important
encore h connaître que le précédent , d’abord en ce qu’il fournit
h F industrie des matériaux pour poterie et briquetage , ensuite en
ce que la végétation et la culture doivent offrir ici des différences
que l'on sait , ou que l’on saura utiliser. Ce diluvium argileux est
répandu abondamment sur les grès bigarrés et les marnes irisées.
Ces dépôts modernes n’avaient pas échappé à nos géologues (1) ;
mais il fout les rechercher , en tracer de plus en plus rigoureu-
sement les limites , comme s’applique à le frire l’habile ingénieur
qui a bien voulu se charger de la carte du département.
Et poûr ne pas oublier ce que nous avons à enregistrer parmi
les formations détritiques ou du groupe moderne, nous ajou-
terons que le D 1 * Lamoureux a envoyé un conglomérat silico-fer-
rugineux , encrôutant des chênes convertis en lignite, épars dans
(1) IL Hogard, Statistique des Vosges , p. 78, dit judicieusement :
c Les lits d’argils indiquent les moments de calme et de repos , dont il y
a lien d’estimer que la darde a été d’autant plus grande que la paissance
de ces lits est plus considérable , et quant aux dépôts formés principalement
de sable et de gravier , on y reconnaît des ondulations et des interruptions
absolument semblables à celles que présentent les couches du grès rouge
et du grès vosgien. »
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86
AA RALES
le sable et le gravier d’allavioa de la piston de Natocy, rive gaeche
de la Meurtlie. Ce morceaii , aussi curieux qu’instinctif , a été
placé dans nos collections h côté de celai du minerai de fier de la
forêt de Bienwald , que bous avons obtenu , l’année dernière , de
l’obligeance de M. Daubrée, ingénieur des mines, h raison que le
phénomène qui a dû donner lieu au conglomérat de Nancy s’o*
père , selon M. Daubrée , d’une manière analogue k celui qui pro-
duit l’oxide de fer dans les marais ( 4 ).
Nous avons aussi placé parmi les rûebes basaltiques de la côté
d'Essey et des champs de Bédon près Hadigtiy, canton de Cbktel,
un basalte observé par notre Collègue M. Hogard , dans la Com-
mune de Zfncotirt, même canton (2). Cette découverte d’uûe localité
nouvelle est importante , en ce que le basalte rencontré autour de Ha*
diguy , répandu et roulé k la surface du sol , pouvait être considéré
comme provenant de la côte d’Essey , tandis qn’k Zincourt il forme Un
massif qui traverse le muschelkalk et affleure le sol. M. Levadlois,
ingénieur en chef des mines des départements de la Meurthe et de
la Moselle , vient dé publier ses Observations sur la roche ignèè
d’Essey^la-Côte (3), dont le résumé est : 4° qué la roche nôirc
(4) M. Daubrée , dans un mémoire intitulé : Recherches sur la forma*
tion journalière du minerài de fer des marais et des lacs , inséré dans
les Annales des mines pour 1846 , mémoire auquel la société hollan-
daise des sciences de Harlem a décerné une médaille d’or, a traité son
sujet de main de maître. Il y démontre que la précipitation de l’oxide
de fer continue k se faire journellement k la surface des continents
avec une abondance telle , qu’il en résulte des gîtes exploitables. Les grès
vosgien et bigarré offrent , tout autour de la chaîne , des eaux ferru-
gineuses qui ont eette origine , et qui , venant k former des ruisseaux et
des marais , y dépqpent le minerai de fer. En outre, M. Daubrée rap-
pelle < que , dans beaucoup de régions de l’Europe , les sables et gra-
viers des allùvioné anciennes sont Cimentés çk et lk par des veines , où
deè rognons d’ôxidé de fer , dont le dépôt , quoiqu’anjoard’hui arrêté , est
k rapprocher du minerai des marais. >
(2) Statistiqüe des t^dsges, p. 428.
(3) Mémoires de la société royale des sciences , lettres et arts
de Nancy , 1846.
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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION.
87
d*Emey a été produite par la voie ignée ; 2° qu'elle fait partie d'un
drke de trapp ou de basalte , injecté à travers le terrain stratifié
jusqu'au grès infra-liasique inclusivement ; 3° enfin , que la côte
d'Essey n’est point un ancien volcan. Ce troisième chef du résumé
de M. Eevallois pourrait faire croire que notre vieil ami, le
l> r f.aillardot , se serait trompé en attribuant à un ancien volcan
le basalte de la cèle d’Essey , et pourrait jeter quelque défaveur
sur son mérite. Toutefois nous ne pensons pas que telle a pu être
l'intention du savant ingénieur , qui a été souvent à même d'ap-
precier les connaissances très-étendues en histoire uaturelle du
1K Gaillardol. D’ailleurs on aurait aujourd'hui fort mauvaise grâce
de chercher querelle aux hommes qui attribuaient , il y a 30 à
40 ans , l'origine des basaltes h d’anciens volcans. A l’époque
(181 K) (I) où le I) r Gaillardol publia sa notice sur la côte d’Essey,
on n'avait point encore établi de distinction entre les groupes pv-
roides des terrains plutoniques ; on se contentait assez générale-
ment de confondre les dépôts basaltiques et trachytiqucs avec le
dépôt volcanique tel qn'on l’entend aujourd’hui , et cela d’autant
plus aisément que ces dépôts se trouvaient le plus ordinairement
dans le voisinage les uns des autres , et qu'ils sont , comme le
remarque M. d’Omalius d’Halloy , très-souveut difficiles à distinguer;
« aussi , ajoute ce célèbre géologiste , cette distinction doit-elle se
faire par un ensemble de circonstances , plutôt que par des carac-
tères positifs (2). » D’un autre côté, ayant eu occasion de nous
entretenir de la côte d’Essey avec M. de Billy, il nous a assuré
avoir reconnu dans les basaltes de la côte d’Essey , une ressem-
blance parfaite avec ceux de la montagne de Gergovia en Auver-
gne : l’action du basalte sur le grès du lias et les marnes irisées
passant à l’état de roches fritées , ou même en complète fusion ,
comme cela se voit encore à Gergovia , où l’ou rencontre des quartz
rMnMes qui ont éprouvé les diverses altérations dont il vient d'être
(4) Précis des travaux de la société royale des sciences , lettres ,
arts et agriculture de Nancy , fendant les années 4846 — 4818 , p.
53 et ralv.
( 2 ) Eléments de géologie ; 3* édit. p. 523.
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88
ANNALES
question. Cette identité de la roche d’Essey avec celle de Ger-
govia , nous fait regretter que M. Levallois n’ait pas cru devoir
se prononcer affirmativement sur sa nature basaltique ou trappéenne.
Le D r Gaillardot y a reconnu du péridot : des fouilles faites autour
du mamelon, dans le voisinage de la roche noire , ont fourni des
prismes basaltiques bien dessinés, dont les plus parfaits sont con-
servés dans le cabinet du D r Gaillardot à Lunéville , que sa digne
et respectable veuve s’empresserait de faire voir aux personnes qui
pourraient le désirer, et nous-même, nous avons déposé de ces
prismes au musée vosgien. D’après cela , la question du basalte ou
du trapp semblait pouvoir se résoudre en faveur du premier , et
la notice de 1818, publiée par le D* Gaillardot, n’aurait encore
rien perdu du vif intérêt qu’elle excita alors dans le monde savant ,
et resterait même ce que nous aurions de plus positif sur l’origine et
la nature de la roche noire d’Essey , dont M. Hogard vient de dé-
couvrir l’analogue , sous forme de dyke ou d’amas , dans l’étendue
du département des Vosges , à Zincourt.
Nous aurions , Messieurs , à vous entretenir d’un grand nombre
de roches et de fossiles , obtenus pour être déposés dans la ga-
lerie d’histoire naturelle de notre musée ; d’abord de M. Requien
d’Avignon , pour les départements méridionaux de la France , en-
suite de M. Dey, d’Auxerre , pour le département de l’Yonne, en-
fin de M. le D r Thiberge, pour la H te -Marne. Mais il uous serait
impossible maintenant d’en fournir l’inventaire méthodique , n’ayant
pu encore nous livrer convenablement à leur étude . Nous espérons
pouvoir l’entreprendre incessamment , afin de vous en rendre un
compte fidèle dans notre premier rapport. Nous ne pouvons qu’a-
dresser ici nos remercîments aux généreux donateurs. Aujourd’hui
nous avons , Messieurs , à vous faire connaître les importantes
richesses minéralogiques que nous devons aux soins empressés
de M. de Billy, qui a bien voulu solliciter, près M. le sous-secré-
taire d’Etat au ministère des travaux publics , comme nous l’an-
noncions l’année dernière , qu’il fût accofdé au département des
Vosges une collection de minéraux choisis parmi les doubles de
l’école royale des mines. Ce sont MM. les administrateurs et
professeurs de cette école qui ont fait ce choix, en appliquant
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DE LA SOCIÉTÉ D 'ÉMULATION.
à chaque feore, à chaque espèce ou variété , la nomenclature
rigoureuse sous laquelle ces objets sont désignés en minéralogie.
Cette dernière particularité , à elle seule , donne k celle collec-
tioo on prix infini. Disons d’abord qu’elle se compose de 320
morceaux différents , dans un état parfait de conservation et d’un
choix extrêmement instructif , avec désignation des diverses sub-
stances qui entrent dans chaque échantillon. Nous allons les énu-
mérer en suivant, k peu de chose près , les n<* d’ordre du catalogue
annexé à ces minéraux , et en nous contentant toutefois de transcrire
les noms avec l'indication des localités d’où ils proviennent.
On y trouve huit Agates rubanées et herborisées d’Oberstein
(Vosges intérieures) ; dix Grenats grossulaires et alamandins des Py-
rénées , du Piémont , des Grisons , de la Bohême , des monts Ou-
rals et de l’état de Maryland ; sept Idocrases , dont quatre du Vé-
suve , deux de la vallée d'Ala en Piémont , et une d’Egerau en
Tyrol ; cktq Axinites , tant de l’Isère et des Pyrénées , que de la
Saxe el d’Areudal en Norwège ; six Epidotes du Dauphiné , du
Piémont et de la Carinthie ; quatre Wernerites de Fassa en Tyrol ■
de Norwège, de l’Amérique du nord; deux morceaux très-riches
de Lasulite des environs du lac Baikal en Sibérie ; trois Haüynes
bleues des bords du Rhin ; des Amphigènes du Vésuve; des Anal-
cymesdu Tyrol; cinq Mésotypes du Puy-de-Dême, des Iles Féroé,
et du Hohentwid dans le Wurtemberg ; des Chabasies cristal-
lisées de Bohème , d’Irlande , et des îles Féroé ; la Stilbite du
Hartz ; vingt-deux Feldspath , Orthose , Albite , Labrador , origi-
naires des Alpes helvétiques et françaises , de Bohême , des monts
Ourals et de l’tle St-Paul (Labrador); l’Obsidienne noire vitreuse
des Cordillères ; l’Harmotéme en cristaux prismatiques d’Oberstein ,
et celle cruciforme du Hartz ; la Cordiérite blanc-aven turinée de
Norwège , et la bleue foncée avec Grenat alamandin d’Espagne ;
deux Staurotides du Morbihan ; le Disthène en cristaux prismati-
ques du St-Gothard ; douze Tourmalines de Bretagne, des Pyré-
nées , de la Corse , de l’Ue d'Elbe , des États - Unis et de la Si-
bérie ; douze Micas du Vésuve , de Moravie , de Suède , des
États-Unis et de la côte de Coromandel ; l’Andalousite grise mi-
cacée d’Ascou ( Landes ) et des Pyrénées; les Macles de Bretagne
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ÀIWAtES
et des Pyrénées ; des Zircons , des Corindons harmophanes ,
rouges , blancs de l’Inde ; le Péridol du Cantal ; la Chlorite hexa-
gonale du Simplon ; les Talcs du S^Gothard , de Bayreuht , de
Suède ; la Magnésie carbonalée et sulfatée d’Angleterre ; le Dial-
lage métalloïde de Ganès ( Italie ) , de l’tle de Cuba , le Diallage
vert (Smaragdite) de Montmartre; l’Hyperstène des Alpes et des
Etats-Unis ; douze échantillons de Pyroxène ( Augite et Diopside )
du Cantal , de Suède , de la vallée d’Ala en Piémont , et de Sabla
en Suède; neuf échantillons d’ Amphibole, Actinote, Trémolite, Horn-
blende, du Tyrol, de Bohême , de Norwège et Sibérie; des Gra-
phites de Sibérie ; le Soufre jaune cristallisé dans une lave du Mont-
Dore (Auvergne) , le Soufre jaune en masse et cristallisé de Vulcano ;
l’Arsenic sulfuré jaune d’Espagne et d’Amériqne , et sulfuré rouge
du St-Gothard ; le Molybdène sulfuré lamelleux de Brunswiek (Etats-
Unis ) ; trois morceaux de Titane oxidé de S l -Yrieix ( HMTienne) ,
du Tyrol , du Piémont , et trois autres de Titane silico-cal-
caire de Norwège ; l’Urane phosphaté vert cuivreux ( Chalkolite )
de Cornouailles , l’Urane phosphaté jaune calcaire ( Uranite ) des
environs d’Autun ; plusieurs espèces de Manganèse : 1° carbonaté
rose d’Angleterre et d’Allemagne , 2° silicaté do Piémont , 3° sul-
furé rouge du S*-Gothard , 4° sulfuré gris du Hartz , oxigéné
hydraté (Aoerdèse) métalloïde de Sens (comté de Foîx) et de Fran-
conie , 6° oxidé noir terreux ( Psilomélane ) de Ramanèche ( Saône-
et-Loire ) , 7° enfin , oxidé noir en masse compacte métalloïde ,
du golfe Spezzia (Gênes) ; le Cobalt arsenical des Pyrénées
espagnoles , l’Antimoine natif lamellaire de Ghalanches ( Alpes ) ,
sulfuré de Bohême , oxi -sulfuré (Kermès) de Sienne (Toscane);
le Bismuth sulfuré métalloïde de Talca (Chili); quatre Calamines
(Zinc carbonaté) de Limbourg, de Daourie et du Derbyshire; le
Zinc silicaté de Liège (Belgique), le Zinc sulfuré (Blende) sans
indication de localité.
Les métaux ductiles tels que : fer , plomb , cuivre et platine ,
sont aussi abondants dans cet envoi ; on y voit le 1er catbo-
naté spath ique , brun jaunâtre, cristallisé en masse, de l’Isère, en
cristaux d’Amérique , glanduleux de Siegen en Westpbaiie ; le fer
carbonaté lithoïde phosphaté de Bodenmaïs en Bavière et de
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DE LA SOCIÉTÉ D*ÉMULATION.
91
New-Jersey ( Etats-Unis) ; le fer oxidulé du Piémont ; les plombs
carbonatés du Finistère, des bords du Rhin , du Hartz ; les plombs
phosphatés du Finistère et de la Saxe ; les plombs arseniatés de
\ Sibérie ; les cuivres carbonatés bleus de Cbessy ( Rhône ) , de Hon-
I frie , du Mexique ; le cuivre carbonaté vert de Sibérie , arseniaté
de Cornouailles ; le platine natif de Sibérie , avec du sable de platiné
de la même localité.
Parmi les morceaux plus particulièrement choisis pour repré-
senter des roches , existent des laves de l'Etna , des Iles Milo ,
Tenériffe et Bourbon : des cendres argileuses du Vésuve; le Tuf
poueeux grisâtre des environs de Rome; l'Obsidienne des Canaries ;
le Pcclisfein vitreux , la Chaux carbonatée spathiqoe d’Islande ;
la Crauw.oke de Bohème; le Grenat résinoïde ( Colophonite ) d'A-
rendal ; l'Fuphotide composée de diallage d’un beau vert émeraude
Smaragdite et de Feldspath blanc , échantillon poli sur Tune
de ses faces , de manière à faire ressortir la beauté de cette ro-
che que l'on tire de la Corse; les Micaschistes de l'Amérique,
d’F.ms aux bords du Rhin et des Alpes ; les roches talqueuses du
mont Nero près Livourne , du St-Gothard , de Cherbourg ; les
Schistes talqueux des monts Ferrets (Alpes); les roches sefpeü-
tineuses vertes de Suède et des Alpes ; une plaque polie de Ser-
i pentine verte du Piémont ; les Gneiss du Simplon ; le Feldspath
glanduleux de Corse , le Feldspath pétro -siliceux compacte de la
montagne de Fertuis 1 laute- Loire ) , du Mont-Blanc; le Porphyre
pétro- siliceux violet de Morlaix (Bretagne); celui h pâte grise
feldspathiquc avec cristaux blancs de feldspath de Suède; une Syé-
nite sans désignation d’origine ; le Porphyre syénitique de Meissen
en Saxe ; la Diorite de Suède , la Protogyne (Granité talqueux)
de Lyon ; les Pegmatiles de Helsingfors en Suède , d'Autun ; en-
fin plusieurs Granités de la Saxe.
Après cette énumération du magnifique don de l'école royale
des mines , qui excite au plus haut point notre reconnaissance ,
doqs pourrions clore la liste des accroissements minéralogiques
pendant l'année 1846. Toutefois noos ne pouvons passer sous si-
lence d'autres cadeaux d'anciens et de nouveaux donateurs : M.
Requien a partagé avec le ' musée vosgien un métal bien rare ,
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ANNALES
le cuivre natif et le cuivre oxidulé de Coraco (Bolivie) ; M. le D*
Godron a adressé plusieurs morceaux de la gangue qui enveloppe
les mines de mercure du duché de Deux - Ponts ( Vosges, in-
férieures) , substance minérale qui manquait encore dans les col-
lections du musée. En divisant avec le marteau les morceaux de
cette gangue , pour obtenir des cassures fraîches où se verraient
bien mieux le mercure sulfuré et les globules de mercure coulant
dont elle est remplie , nous avons pu réunir 30 à 40 grammes
de ce métal coulant, qui ont été renfermés dans une fiole
mise à côté des échantillons placés dans la collection minéralo-
gique , en même temps que nous réservions de grands fragments
de cette gangue , qui ressemble h ce que nous nommions eurite
porphyroïde terreux , pour la collection des roches du terrain des
grès rouges.
Le musée vosgien est déjà bien approvisionné en mines de fer
du gisement de Framont et de Rothau , et malgré cela , M. Lamy ,
curé de cette derniere commune, vient encore de l'embellir de
superbes morceaux , sous forme de géodes , de stalactites » de cris-
tallisations, obtenus d’anciens mineurs. Ces morceaux ont été choisis
parmi les variétés de fer oligiste , oxidé , hydroxidé de diaux
carbonatée avec sa combinaison ferrifère , d'arragonite , de baryte ,
de grenat , d'épidote , etc,. , etc. Ensorte que cette si importante
localité du département sera bientôt représentée au musée
vosgien par tout ce qu'elle ojftre aux naturalistes de plus in-
téressant.
C’est encore dans le règne minéral qu'il faut placer le Guano ,
puisque cette substance est un urate de chaux . Notre collègue ,
M. Ernest Puton, nous a donné un flacon rempli de cet engrais
amassé sur les côtes du Pérou, substance qui, depuis quelques
années, a été transportée d'Amérique en Europe pour fertiliser
certaines terres. Sa composition chimique est analogue à celle de
la fiente des oiseaux , et il parait qu'elle est le résultat de l'ac-
cumulation des excréments d'une multitude innombrable d'oiseaux ,
surtout de hérons et de Ranimants , par lesquels sont habitées
les diverses îles où se trouve en grande quantité le guano , dont
on rencontre les dépôts, de \ 5 à 20 mètres d'épaisseur, sur une
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DE LA SOCIÉTÉ D’ ÉMULATION.
étendue de plusieurs kilomètres. M. Pu ton s ajouté au guano
du Kaolin des Pieux (Manche), qui est une des meilleures terres
h porcelaine , un feldspath décomposé analogue au Kaolin de S l -
Yrieix, et bien différent par sa composition chimique ( 1 ) de cette
roche blanche du Val-d’Ajol, désignée h tort sous le nom de
kaolin (2 ) , puisqu'elle n'est qu’une argile endurcie.
BOTANIQUE.
Les herbiers du musée vosgien n’ont pas été oubliés en 1846;
celui du département a encore obtenu quelques augmentations.
M. C. Billot a observé dans les champs de luzerne, autour de
Rambervillers , le Melilotus parviflora Desf. ( introduit probablement
dans cette contrée arec les semences de luzerne tirées du midi
de la France) , espèce de légumineuse qu'il ne faut pas craindre
de voir se multiplier dans nos champs d'herbes à fourrage ; mais
avec ce mélilot utile, M. Billot a trouvé une Cuscute nouvelle
pour la flore vosgienne , le Cuscuta hassiaca Koch, qui dévaste
ees mêmes champs de luzerne , qui devient ainsi une fort mau-
vaise acquisition, en ce que cette plante parasite détruit les pieds
de luzerne qu'elle étreint par ses tiges filamenteuses. Nous avons
aussi déposé, dans l'herbier cryptogamique des Vosges , un autre
ennemi de nos luzernières, le Rhizoctonia medicaginis D. C., sorte
(1) Voici approximativement la composition chimique du Kaolin des
Pieux.
Silice
... 50, 0
Alumine
. . 25 0
Potasse . . . .
... 2,0
Magnésie
. . 0,7
Chaux ....
. . . . 5, 0
Oxide de fer . • .
o
00
Eau
. . . . 9, 0
J ÊsmaUs de la Société ét Emulation des Vosges , t. 5 , p. 129.
(2) Autant noua mettons de soins à connaître les productions du sol
vosgien qui peuvent servir à l'industrie , autant nous devons en ap-
porter à faire disparaître les erreurs que nous avons pu commettre dans
ees indications. La substance du Val-d'Ajol n'est ni un kaolin ni un
petunsé, et ne peut remplacer ces substances dans la fabrication de la
porcelaine.
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94
ANNALES
de Mycélium nématoïde d’un champignon , qui s’attache par ses
filaments très-tenus aux racines des luzernes , et fait périr les plan-
tes (1). Ce dégât est parfaitement connu de notre sagace agronome,
M. Buffet , membre du conseil général , qui a eu l’obligeance de
nous procurer des racines de luzerne attaquées par le rhizoctooe.
Reste à faire quelques expériences , capables de conduire à des
moyens d’empécher le retour et la propagation des végétaux nui-
sibles dont nous venons de parler.
L’herbier général reçoit d’année k autre plus de développements,
et les plantes y sont disposées , comme nous l’avons déjk annoncé ,
selon le grand ouvrage de de Candolle , intitulé : Prodronm
syslematis naluralis regni vegetabilis , dont les volumes paraissent
trop lentement. A mesure de la publication de ces volumes , l’her-
bier général est étiqueté et classé selon la méthode du grand
botaniste , et les recherches y deviennent faciles. M. le I^Godrop
l’a augmenté des plantes amassées pendant ses herborisations laites
dans le midi de la France et des Pyrénées ; M. Requien, d’espèces
du département de Vaucluse ; M. Buchinger , de plantes de la
Guyane et de la Nouvelle-Hollande ; nous-méme , d’un très-grand
nombre de phanérogames de diverses contrées du globe , de nos
herborisations dans le Jura , entreprises au mois de juillet de cette
année , ou de nos récoltes dans les jardins de MM. Vaucher et
Baumann à Mulhouse. Nous avons aussi songé aux fougères cullir
vées dans ces jardins > auxquelles nous avons ajouté des espèce»
spontanées des régions intertropicales, où se plaisent plus particu-
lièrement ces plantes. Quelques fruits sont encore venus étendre
la collection carpologique , entre autres, celui de l’ananas cultivé
dans les serres des jardins des Vosges ; et M. Baumann nous a dûpné
celui d’une nouvelle espèce de palmier du genre Âttalea, ainsi que
le grand légume du Cassia brasiliana de l’Amérique méridiwtfje.
Faisons aussi mention des élégantes algues marines préparées avec
tant de soin par M. Lenormand , qu’il vient encore d’ajouter a la
magnifique collection de ces végétaux que nous lui devons déjk ; ci-
tons en outre la nouvelle série des algues d’eau douce envoyée par
(1) Voyez Statistique des Vosges , tome i, p. 285.
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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 95
N. de Brebiseoo , celle des Diatomées ei Desmidiées par H. Le Bailly,
el nous donnerons par ces mentions une idée de l’importance qu’ac-
quiert annuellement la partie de l’herbier général du musée vosgieo ,
poqr les plantes cryptogames.
SOOLOG1E. •
M. Schimper, conservateur du musée d’histoire naturelle de Stras-
bourg , nous a procuré deux individus du Phoque & croissant
( Pkoca grmdandica Mull. Calocephalus grœnlandicus Fr. Cuv. )
des mers du nord , l’un adulte , l’autre jeune , avec le squelette
complet el monté de cet amphibie , que l’iotrépide et profond [na-
turaliste , auquel le musée vosgien est déjà tant redevable , avait
rapporté de son voyage eu Scandioavie. Ces trois pièces sont d’une
bonne conservation , et agrandissent nos collections zoologiques
d'êtres étrangers à nos contrées , mais qu’il est si utile de con-
naître , à raison de la place importante qu’ils occupent dans la
série des animaux. La tète des phoques ressemble à celle d’un
chien dont on aurait retranché les oreilles, et ils en ont aussi , dit-on ,
l'intelligence et le regard doux et expressif, en sorte qu’on
tes apprivoise très-aisément, et qu’ils s'attachent bien vite à ceux
qui les nourrissent. Ces animaux ont les pieds si courts et telle-
ment enveloppés dans la peau , qu’ils ne peuvent , sur terre , leur
servir qu’à ramper ; comme les intervalles des doigts y sont rem*
plis par des membranes , ce sont des rames excellentes -, aussi les
phoques passent-ils la phis grande partie de leur vie dans la mer ,
et ne viennent à terre que pour se reposer au soleil et allaiter leurs
petits. Leur corps allongé, leur épine dorsale très-mobile et pourvue
de muscles qui la fléchissent avec force, leur bassin étroit, leur poil
ras et serré contre la peau , se réunissent pour en faire de bons
nageurs. Us ne vivent que de poissons et mangent toujours dans
l’eau ( 1 ). Les phoques oe sont nulle part en si grand nombre et
réunis en troupeaux immenses , qu’aux rivages des mers polaires
et au milieu des glaces. On en rencontre aussi dans les autres mers ;
(I) Voyet Civicr. Le règne animal , tome 1, p. 163 et mît.
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ANNALES
mais alors ce sont des espèces solitaires et rarement réunies en nombre
un peu considérable. Us sont chassés par les pêcheurs, pour
leur graisse huileuse utilisée dans les arts, et qui sert aussi de
nourriture aux peuples des contrées voisines des mers qu’habitent
ces amphibies, dont la fourrure douce et fournie sert encore h
ces derniers de vêtements , et à beaucoup d'autres usages.
M. Braconnot , concierge au musée , a continué k monter avec
progrès bien évident plusieurs animaux vertébrés , entre autres une
belette et un rat noir, donnés par M. Leclerc , d’Épinal ; des mulot,
rat champêtre , rat d’eau , écureuil ; des oiseaux , tels que traquel ,
fauvette , lavandière , cigogne , goélands , canards , etc. ; ensorte
qu’à mesure que M. Braconnot s’exercera dans l’art d’embaumer les
animaux et à leur donner la pose naturelle , il parviendra à une per-
fection qui , certes , laissera peu k désirer.
Ayant acquis en partie la collection des têts de mollusques ter-
restres et fluviatiles , formée par le D* Muhlenbeck , nous avons pu
les partager, et déposer au musée vosgien les têts d'un grand
nombre d’espèces des genres Hélix, Vitrina , Clausüia , Pupa,
Bulimus , Cyelotloma , Succinea , Planorbù , Physa , Paludina,
Âncillus, etc., etc. Nous avons aussi ajouté k ces espèces indigènes
en Lorraine , en Alsace et en Suisse , 1° le Tichogonia Chemnitzii
Rossm. ( Mytilus Wolgœ Chemn.) de la rivière Havel près de Post-
dam. Ce genre de bivalve très-curieux habite aussi la Tamise k
Londres, où il est connu sous le nom de Dreisena . On le re-
trouve dans les grands fleuves de l’Allemagne , les marais de la
Hongrie , où il se fixe , au moyen de son byssus , aux roseaux et
autres plantes aquatiques ; 2° , quelques moules de l’Amérique du
nord, dont les coquilles sont si remarquables par leur épaisseur
considérable, entr’autres les Unio obliqua, cylindrica , alata ,
purpurescens .
Le travail monographique dont M. E. Puton vient d’enrichir la
Statistique du département , nous fournit , sur les mollusques de la
Lorraine et de l’Alsace , que nous connaissions assez incomplète-
ment il y a quelques années encore , les détails les plus certains ,
les plus attrayants , et met ainsi la malacologie des Vosges au rang
des branches de l’histoire naturelle les plus avancées parmi nous.
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de la société d’émulation. 97
Nous venuos de dire que nous avions placé de ces espèces de co-
buiUes dans la collection du musée , nous aurons soin d’y réunir
toutes les formes qui ne s’y trouveraient pas encore. M. Pu ton
nous a promis son concours efficace pour y arriver.
Les collections de lépidoptères et coléoptères habitant notre dépar-
lement se sont encore accrues <le quelques espèces ; pour ceux-ci , il
y a peu désormais à ajouter, mais il n’en est pas de même pour
1rs «*spè< » - méridionales .Antiques, qui forment l’appendice obligé
de nos collections.
M. Billot, qui sait faire marcher de front la botanique et fento-
mologie, n’a pas plus oublié le musée vosgien pour les insectes que
pour les plantes ; nous lui de vons de curieux coléoptères provenant
de nos possessions d’Afrique , les Cetonia marginata et interrupta *
Anlhia sulcata , Trox pcrlata , Diplognata Gagates, Euryope qua-
drimaculata , Ceroplesis æstuans, Pimeiia senegalensis , Dices ar-
(I -ntata et Brachyscelis granulosa.
Je crains , Messieurs , de vous paraître bien téméraire , en venant
chaque année vous entretenir des augmentations de la galerie
d’histoire naturelle du musée vosgien , où je m’enhardis à vous
parler des diverses brandies de cette vaste sciencé , au point
d’oublier parfois le sage précepte d’Horace:
Hmili materiam retint, <gai teribitit , aqnam
riribat,
Main le besoin que j’éprouve de répandre parmi mes conci-
toyens le goût . de ces études 9 à raison des avantages qui en ré-
sultent , méritera , j’ose l’espérer , votre indulgence et deviendra
mon excuse.
7
Bd7?î1:."': 5
StŒGîrt ,.k
Wü.i,
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98
ANNALES
»
«
DES
COLLECTIONS DD MUSEE DEPARTEMENTAL,
Par M. Jüles LAURENT, directeur,
MEMBRE TITULAIRE.
Messieurs ,
Les collections du Mnsée départemental se sont encore accrues
pendant l’année qui vient de s'écouler, et comme antérieurement,
ces accroissements sont dus à des achats, à des échanges de doubles,
ainsi qu’à des dons faits par des particuliers et le Gouvernement.
Nous ne vous parlerons que très - succinctement , Messieurs,
des augmentations de la galerie d'histoire naturelle * M. le docteur
Mougeot , membre du Conseil général, qui s'occupe avec tant d’ardeur
de notre Musée, ayant bien voulu se charger encore cette année
d'en faire un compter endu très-détaillé. Nous vous dirons seu-
lement qu’à la demande de MM. le vicomte Siméon, député des
Vosges , et de Billy, ingénieur en chef des mines , M. le Ministre
des travaux publics vient de nous envoyer une collection miné-
ralogique composée de trois cent vingt échantillons , classés et éti-
quetés à l’école royale des mines , et choisis de manière à ne pas
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99
DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION.
fertaer double emploi arec ce que le Musée possédait déjà. Noos
ajouterons que U collection géologique , l’herbier général ont reçu
un grand nombre d’échantillons nouveaux , et que nous avons placé
d;ius iio> \ ■ n i < ivs des oiseaux du pays et des mammifères de là
disse des rongeurs, montés avec soin par le concierge du Musée dont
nous devous vous signaler le zèle.
Différentes localités du département ont fourni à nos collections
archéologiques un grand nombre d’objets intéressants à divers titres :
ce sont des armes, des clefs romaines en bronze et en fer, des
sculptures en pierre du pays , des pierres fines gravées en créas
.1 do médailles en or, argent et bi onze.
Sovlosse , l’ancien vicus gaulois de Solimariaea , nous a donné
un bas-relief gallo-romain curieux, des clefs, des médailles; et
l'ancienne cité romaine de Grand une Pallas en bas-relief, ainsi
qu’une statuette de l'amitié représentée sous les traits d'une jeune
femme enveloppée de draperies gracieuses et la main gauche appuyée
sur le cœur. Au milieu d’objets de tous genres recueillis dans cette
localité , nous vous citerons , Messieurs , une plaque votive eû
brooae, portant pour inscription fidelis Silvani libertm Âpoltim:
V. S. L. M. (volura solvit libens merito) , donnée à notre Musée par
M. Tulpain fils, membre du Conseil général, et une lampe en bronze
d’une belle conservation , k laquelle les chaînes destinées à là
supporter sont encore attachées; au prolongement de l'une d'elles, est
le crochet (emunctorium) destiné à tirer la mèche, qui, chose bien
extraordinaire , s’est encore, après quinze siècles , trouvée au
milieu d’uue huile passée k l’état de graisse solide. 11 n'existe
qu'un seul exemple d’un fait semblable , c’est k S labia qu’il s'est
rencontré , et la lampe, ainsi que la mcchc qu'elle contient, sont
placées au rang des objets lis plus curieux de l’immense collection
du Musée de Naples. La mèche de la lampe trouvée k Stabia est
formée par un faisceau de fil de lin , la nôtre est un tissu du même
fil. Mais la plus belle acquisition que nous ayons faite cette année
eat, sans contredit, celle des dix-sept magnifiques médailles d’or
du haut empire , trouvées k Grand au mois de septembre de l’année
dernière , peu de jours après que nous avions eu l’honneur de vous
témoigner le regret de ne pas avoir un fonds spécial tel qu’une
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100 ANNALES
trouvaille , quelle que soit son importance , ne pét jamais être perdue
pour le département. Heureusement, M. le Préfet a pu disposer des
fonds imprévus du budget de 1845 restés libres, et d’une partie
de ceux de 1846 , et nous conserver par ce moyen cette précieuse
découverte.
Nos collections numismatiques se sont donc enrichies de ces dix-
sept médailles d’or aux types de Tibère (1) , Vespasien ( 2 ) , Titus (3) ,
Domitien (3) , Nerva (2) et Trajan (6).
La première de ces médailles y celle de Tibère , porte au revers
une femme assise tenant une branche de laurier : »«t deux de
Vespasien portent , l’une un taureau combattant , l’autre une victoire
sur un globe, pour rappeler les différentes victoires qu’il avait rem-
portées. La première , celle au taureau , a été frappée en commé-
moration des jeux célébrés pour la consécration du temple de la
Paix , dont on voit encore les ruines imposantes dans le campo rnccino
autrefois forum romanum . Chacun sait que c'est dans ce temple
fameux que Vespasien déposa le candélabre aux sept branches et
les vases d’or sauvés de l’incendie du temple de Jérusalem ; qu’il y
fit aussi transporter de tous les points de l’empire les chefe-d'esavre
en peinture et en sculpture.
Les trois médailles de Titus furent frappées sous le règne de
Vespasien ; la première lorsqu’en 822 (69 de J.-C.) il fot associé
h la puissance tribunitienne ; la seconde lorsque Vespasien , après
avoir accordé les honneurs du triomphe à Titus pour ses victoires
remportées sur les Juife , ferma le temple de Janus et fit bâtir à
la Paix celui dont la consécration est rappelée encore par la troi-
sième médaille de Titus, portant aussi un taureau combattant, et par
la première de Domitien , ayant au revers une corne d’abondance ,
symbole de la paix. Les deux autres médailles de Domitien ont
été frappées dans le but de tromper la postérité ; elles célèbrent
les triomphes de ce prince sur les Germains , tandis qu’il acheta
la paix de ces barbares. L’une représente l’empereur dans un char
de triomphe , la seconde une Pallas debout , et sur ces deux mé-
dailles Domitien prend le surnom de Germanique.
Après le meurtre de Domitien, les armées romaines suivirent
l’exemple de la capitale et jurèrent fidélité à Nerva ; c’est ce fait
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DE LA SOCIÉTÉ D JUtULÀTIOH . 101
fie l'os a voulu perpétuer par notre belle et rare médaille , qui ,
au revers de la tète de Nerva , porte deux mains jointes avec la
legeude concordia exerciluum.
Noire deuxième médaille du même prince rappelle qu’en montait
sur le trùue il Ut renaître la liberté.
Parmi Ii>m\ médailles de Trajan, deux sont delà première apnée
de son règne ; elles représentent, l’une l'abondance , Pautre une femme
assise sur un amas d’ariues. Celte dernière indique que Tnjan sur-
vcHktl les mnnmin de l’empire ; en effet , lorsqu'il apprit la mort
de Nerva , il était à Cologne et ne quitta les frontières qu'à la fin
de l’année, lorsqu’il fut certain que les peuple de la Germanie
avaient renoncé aux courses qu’ils s’étaient habitués à faire sous le
lâche Demi tien.
La troisième médaille du même Trajan, frappée SOUS son quatrième
consulat , avant la guerre contre les Daces , est un vœu à Hercule ;
la quatrième témoigne de la liberté dont on jouissait SOUS son règne ,
la cinquième, sur laquelle l’empereur à cheval \a h apper de son javelot
un ennemi terrassé, a été frappée après les victoires remportées sur
le> Laces, lorsque Leecbale , leur roi , poursuivi et cerné de tous
côtés , se tua pour ne pas tomber vivant entre les mains du vain-
queur.
La sixième médaille enfin est en commémoration du bonheur
que Trajan eut d’échapper à la moj-t pendant le terrible tremble-
ment de terre qui , en 866 , détruisit presqu’entièrement la ville
d'Antioche, et fit périr un nombre immense d’habitants et de grands
personnages venus de tous les points de l'Asie pour honorer l'empereur.
L'on prétendit alors avoir vu un dieu prendre Trajan par la main
et l'aider à sortir de son palais qui s’écroulait. Notre médaille repré-
sente Jupiter Conservateur couvrant Trajan de son manteau; elle
perte pour légende eonservatori p<Hris patriœ.
Outre ces dix-sept médailles d’or, nous nous sommes procuré,
i°une soixantaine de médailles romaines en argent, parmi lesquelles
se trouvent quelques tètes rares et seize des anciennes familles con-
sulaires ; 2° quatre-vingts médailles en grand , moyen et petit bronze ;
3° pour notre suite gauloise , une trentaine de médailles , dont une
en or, 21 en argent et huit en potin ou bronze.
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102
AH 5 A LES
Nous avons continué à faire tous nos efforts pour compléter notre
collection de monnaies lorraines, et nous avons été assez heureux
pour enrichir notre suite ducale de 51 monnaies, parmi lesquelles
nous vous citerons , Messieurs , des pièces inédites de Jean 1 er et
Jean II, ainsi que les magnifiques écus d’Antoine , de Charles III et
de Léopold.
Les monnaies barroises sont d’une excessive rareté ; cependant
nous avons eu le bonheur d’en acquérir trois. La prend ère est un
esterling de Guy, sire de Ligny, la seconde une plaqùe de Godefroy
de Los , comte de Chmy , vassal , comme les sires de Ligny, des
comtes de Bar ; la troisième enfin est un pied-fort de l’imitation des
gros de Philippe de Valois, imitation faite par ordre de lolande
de Flandre, comtesse de Bar et régente sous la minorité de ses fils
Edouard II et Robert. Le gros et la plaque de Godefroy sont uni-
ques et inédits.
A notre suite des évêques et des chapitres lorrains , nous avons
ajouté quelques pièces bien rares , remontant aux X e et XI e siècles,
telles que , un denier de Théodéric I er , évêque de Metz , portant au
revers Othon (le grand) , empereur, un denier du chapitre de Saint-
Dié, du X e siècle, et un de celui de Remiremont, du XI e .
Lors de notre dernier rapport, la suite française était de 244
monnaies ; nous l’avons portée à 256 , dont huit en or. et le reste
en argent.
Outre les monnaies lorraines et françaises , nous avons acquis quel-
ques grandes médailles en argent et en bronze , intéressantes parce
qu’elles se rattachent à notre histoire. — Nous ne vous parlons
pas d’un grand nombre de pièces que nous avons cru devoir
encore acquérir, quoique des semblables fussent déjà dans notre
médailliejr : quelques-unes ont remplacé des exemplaires moins
bien conservés et les autres nous serviront à faire des échanges
dont, l’année prochaine, nous aurons l’honneur de vous rendre
compte. — Vous avez dû remarquer , Messieurs , que , dans notre
rapport , nous ne vous parlions pas d’acquisition de tableaux :
nos fonds ne nous le permettent pas et cependant le moment
serait propice , car, dans les ventes publiques , on laisse à vil prix
fies tableaux d’un vrai mérite , mais qui sont trop grands pour nos
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m
DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION •
habilitions actuelles , ou dont la mode , véritable despote, ne veut
plus. Ces tableaux , abandonnés maintenant , doivent être recueillis
dans les musées de province , où plus tard on sera heureux de les
retrouver.
Telles sont , Messieurs , les améliorations qu’ont reçues nos col-
lections depuis votre dernière séance publique ; noos espérons qu’elles
vous mettront à même d’apprécier tous les efforts que nous avons
Mis pour répondre à vos idées sur rétablissement que nous avons
été appelé à diriger.
tjsêe des personnes f mi, d ep uis le I er septembre 1845, ont fait des
dons ou Musée départemental .
MM.
Le baron as la Bcegirie , Préfet des Vosges : médaille du duc
d’Orléans.
Le vicomte Sdiéon , député des Vosges : médailles gauloises.
Le docteur Mouceot , membre du Conseil général : médailles lor-
raines, échantillons de minéralogie , géologie, botanique, etc.
Tolvuh fis , membre du Conseil général : plaque votive antique en
bronze , médaille romaine.
Gmnr (Louis) , membre du Conseil général : médailles gauloises en
argent.
àoaai, tailleur de pierre à Épinal : monnaie lorraine.
Bmui» , aux Àrrentés-de-Corcieux : monnaies lorraines.
Ballaup à Bayecourt : assignats.
Veuve Monnet à Épinal : assignats et promesses de mandats.
De Billt, ingénieur en chef des mines : roches des Alpes,, de la
Savoie et du Valais.
Boolst (Emile) ù Épinal : étrier en fer du XV« siècle.
Bossct , procureur du Roi à Neufchàteau : monnaie de Franche
Comté.
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104 AU HALÉS
Bretagne, inspecteur des conlributioos à Épinai : momiâles lor-
raines.
Braconnot , concierge du musée : monnaie lorraine, oiseaux et
mammifères montés par lui.
Briguel (Auguste) : monnaie de Montbéliard.
Colnenne , employé à la préfecture : as sig n ats.
Oegoerre , conseiller de préfecture à Épinai : monnaies de Trêves.
Derazey, juge à Épinai : monnaie de Besançon, statuette du XV® siècle,
meule en granité.
Dachery , maire de Fiménil : bâche antique.
Duhoux à Chaumouzey : tombes des XII® et XIV® siècles.
Ferry jeune , avocat à Saint-Dié : monnaies lorraines.
Fondrevaye , marchand à Épinai : monnaie française.
Comte de Gastalry à Nancy : monnaies tontines.
Girardin , pharmacien à Neufch&teau : monnaie française.
Husson (Charles) à Etival : médaille romaine.
Jacquot , percepteur à Ville-sur-IUom : monnaie de Soleure.
Julien à Bayecourt : assignats.
Larivière , ingénieur des ponts et chaussées à Neufcbàtetu : bijoux et
armes antiques.
Laurent (Jules) , directeur du musée : monnaies lorraines.
Lacaille-Gollin à Mirecourt : insectes d'Amérique.
Mougeot , percepteur à Épinai : médaille romaine.
Mareine , conducteur des ponte et chaussées à Remjremout ; échan-
tillons de la géologie des Vosges.
Munschina , conservateur des forêts : mors de cheval du XVHf siècle.
Perron (Charles), architecte à Épinai : monnaie et jeton de. Lorraine.
Parisot , propriétaire à DeyviMers : monnaie lorraine.
Requien , administrateur du musée d’Avignon : échantillons de roches
du département de Vaucluse.
Sonrier , curé à Saint-Elophe : médaillés romaines , gauloises et
lorraines.
La Sœur de l’école de Grand : statuette en ivoire du XIV e sjëçle.
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DE LA aocrivÉ d'émulation
105
«ovtct
su*
DM PETITS DEPOTS DE TDF CALCAIRE ,
tlTV*i
SUE LE TERRITOIRE DE LA ÇOMMUKE DE VINCEY ( Vo«ge*) ,
PAR M. HOGARD,
MEMBRE TITULAIRE.
On M’a encore rencontcé, dam le département dn Vosges, an^
cm lambeau dp terrain sopercrétaeé qui s*est développé ans pieds
de la chaîne, à l’est et an sud, dans la vallée du Rhin et dans
la Hante -Sfctae.
. U eaiste^siir 4e tarisse de la eommnne.de Vincey, deux petits
dépi t s d’tm tof calcaire renfermant quelques ooqnilles düa» dance,
e b s er v és peur la première ibis, dans lé eotorant de cette aonée,
par M. de Bflly, ingénieur en chef des mines ; les déni échan-
ÜQons déposés an musée des Vosges sont étiquetés , savoir :
JS° I. Calcaire tertiaire ,
avec Lymnées ?
an eud de j Charmes-
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106
▲HUALKS
N° 2. Calcaire caverneux tertiaire ,
recouvert par le calcaire à lymnies ; au sud
de Charmes (1). '
Cependant ces dépôts , que j'ai visités ensuite , non-seulement
ne semblent pas appartenir aux terrains lacustres de l’époque ter-
tiaire ; mais ils paraissent même être de formation très-récente ;
c'est ce que je me propose d'examiner dans cette notice.
§. 1 . COUP D’OEIL SUB LES CARACTÈRES DE8 TERRAIN8 SUPERCRÉTACÉS
DE LA HAUTE-SAONE ET DE LA VALLÉE DU RHIN.
Le terrain tertiaire de la Haute-Saône est un dépôt d’eau douce,
caractérisé par la présence de débris organiques, analogues à ceux
qui vivent actuellement dans les eaux douces et stagnantes (2).
H se compose de plusieurs variétés de calcaires marneux, de
calcaire siliceux , de marnes avec silex , avec lignite terreux et
calcaire lamellaire subordonné. H repose sur les calcaires de l’étage
supérieur de l'oolithe , et quand il est recouvert , c'est par le ter-
rain diluvien .
Le bassin dans lequel il est placé est bordé par les formations
oolithiques : sa longueur est d'environ 36 kilomètres, et sa largeur
ne dépasse pas 13 kilomètres; il est complètement isolé et ne se
lie à aucun autre; aussi parait-il difficile de déterminer rigoureu-
sement sa véritable position dans l'échelle géologique. Cependant,
(!) An moment oh celte note est mite tous presse , nom lisons dans un
rapport de M. le doctemr Moegeet (d’eee date postérieure an 2 décembre
1846, page 84 de oes Armâtes) : < H rient (M. de Billy) de déposer an
musée des échantillons d’an calcaire tertiaire à Lymnées , observé an sud de
Charmes. Deuz petits dépôts de ce terrain , qui avaient jusqn’ici échappé
anz recherches des géologues , sont placés sur la rive gauche dn ruisseau qui
coule dn village de Yincey vers la Moselle Ce calcaire repose sur
une assise de muschelkalk boursouflé , comme on en voit dans plusieurs
localités du département . »
(2) Thiria. Statistique minéralogique de la Haute-Saône, 1833 , p. 105’,
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Di LA SOCIÉTÉ D EMULATION. 107
d'après h nature et la composition de ces roches , les débris or-
ganiques qu'elles renfermait, il est h présumer que ce dépôt
appartient à l’étage supérieur des terrains supercrétacés.
Sa puissance moyenne est d'environ 10 mètres; il se compose
de trois assises distinctes , savoir :
1° L'assise supérieure comprend des marnes avec deux petites
couches de lignite terreux, des couches subordonnées de calcaire
marneux et de calcaire lamellaire , et des plaques ou rognons de
silex. On y rencontre quelques pahidines, des tiges et des graines de
chara et des impressions de plantes monocotytédones.
2° L'assise moyenne se compose de calcaire marneux et de cal-
caire compacte avec quelques bancs subordonnés de calcaire siliceux.
Les débris organiques y sont très-abondants ; ce sont des lymnées
(Lgmmeus corne us et longiscatus) , une espèce de planorbe et des
graines de chara.
3° L’assise inférieure est constituée par un calcaire marneux,
compacte, renfermant des coquilles des genres Cycfas et Cypris
( Cfctms deperdila Lam. et Cypris faba Desm. ). *
Le terrain tertiaire de la vallée du Rhin (1) est composé de
molasse , de nagelfluh et de calcaire d’eau douce , avec amas sub-
ordonnés de mine de fer en grains (Bonherz). 11 repose sur le
granité, sur la grauwacke, sur les grès des Vosges, sur le lias,
sur l’oolithe inférieure et moyenne , et souvent il est recouvert par
les dépôts de transport et de comblement.
Le minerai de fer en grains est disséminé dans des argiles stratifiées.
La molasse comprend des grès b ciment marnèux et argileux
et des couches d’argile diversement colorées. On y rencontre des
bancs subordonnés ou des veines de gypse , soit argileux , soit purs
et soyeux, et des bancs de sables agglutinés par le pétrole (à
Hirtzbach et b Rarspach).
Le nagelfluh, associé b la molasse, se rencontre particulièrement
au pied de la chaîne des Vosges. Enfin le calcaire d’eau douce,
(I) Statistique générale du départ • du Haut - Rhin , 2* livraison ,
f. 58 .
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AJfIVALES
108
avec lignites subordonnés, recouvre les argiles et les marnes scbis
teuses de la molasse. Sa puissance est d’environ 16 mètres.
Ces divers membres du terrain dont il est question, sont visi-
blement et régulièrement stratifiés : généralement leur stratification
est, à quelques exceptions près, à peu près horizontale.
Les débris organiques qu’on y a observés sont:
1° Dans la molasse, des Phyllites (feuilles de dicotylédones) ;
2° Dans les calcaires d’eau douce, des coquilles écrasées ap-
partenant aux genres potamides, ampullaires, lymnées, planorbes,
mais dont on retrouve seulement les moules intérieurs ou extérieurs
sans traces de leur test.
En résumé, ces terrains calcaires marneux et comprenant des mo-
lasses et des conglomérats (nagelfluh) , se sont développés dans des
bassins d’une certaine étendue, où ils se sont disposés par couches
successives et régulièrement stratifiées; ils renferment des débris
organiques à l'état fossile , dont les téguments extérieurs ont entiè-
rement disparu et dont les moules sont formés des éléments mêmes
des roches qui les recèlent. Enfin ils sont antérieurs aux dépôts
de transport et de comblement qui les recouvrent positivement , et
sont partiellement formés de leurs débris.
Examinons maintenant si les calcaires de Vincey peuvent leur
être comparés , et s’il existe entre eux quelque analogie qui permette
de les réunir dans un même groupe de formation géologique.
§. 2. CALCAIRES PE VfitCEY.
Les deux petits dépôts A et B de tuf calcaire de Vincey sont
situés au nord , à l’aval du village , sur la rive gauche du ruis-r
seau , et dans la plaine comprise entre les deux anciennes rives de
la vallée de la Moselle , rejetée aujourd’hui contre la berge droite;
où elle coule dans un lit beaucoup moins large qu’autrefois (fig. 1).
Ils occupent deux emplacements de forme assez régulière , à peu
près ovale, dont le plus grand diamètre ne dépasse pas 20 mètres,
et distants l’un de l’autre de 300 à 400 mètres environ; et rien
n’indique qu’autrefois leur étendue ait été plus grande et qu’ils
aient fait partie d’un dépôt important dont ils ne seraient plus
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DE LA SOCIÉTÉ D* ÉMULATION. 109
que les témoins. Leur puissance mie de deux à trois mètres au
phn.
On u*y voit pas de couches régulières , de plans de stratification,
et dans ressemble de la roche on reconnaît un amas de concrétions
successives, plus âevées vers un point central , d’où serait sorti
le sédiment pour se répandre et se solidifier , en se soudant sur
les portions antérieurement consolidées.
Cette roche oflre plusieurs variétés, savoir:
!• A la sarfrce, un taT grossier, souvent peu consistant, ayant
f aspect d’une scorie. Le cslcaire forme un tissu qui s’est modelé
sur des mousses et sur quelques tiges de cypéraeées qui ont dis-
paru, on dont on voit encore quelques débris charbônnés.
fi* Le même tuf, dont les vacuoles sont enduites ou remplies en
partie d’argile calcaire, colorée par du fer hydraté limoneux.
3* Un tuf brunâtre plus compacte dans les portions les plus an-
ciennes de h base du dépôt , avec fer hydraté limoneux et quelques
lymnées mêlées à des planorbes et à des coquilles terrestres du
genre hélix , enveloppées et remplies par le sédiment et ayant
conservé leur test décoloré et blanchi; mais n’ayant pas perdu
la totalité de leur substance cornée, dont j’ai pu constater l'exi-
stence sur quelques individus. Cette variété , dont la presque totalité
des cellules primitives ont été remplies par le sédiment , est assez
solide pour être employée comme moellon. Dans les deux masses
de tuf, on voit diverses fissures, des vides produits vraisemblable-
ment par ta décomposition de quelques parties moins solides. Mais,
comme nous l’avons dit, il n’y a aucune trace de stratification
qui puisse taire présumer que le tuf s’est formé dans des bassins
et par des couches successives ; dans son ensemble, tout indique
au contraire des amas de matières rejetées à la surface du sol
par des sources chargées de calcaire , des sources incrustantes .
Ces tuta s'élèvent au-dessus de la surface du sol moyen d’en-
viron un mètre ; du côté du ruisseau, le premier dépôt surtout
présente une coupe assez brusque qui doit taire supposer que le
aol environnant a été afiôniRé par les eaux du ruisseau , dont le
niveau était probablement autrefois plus élevé ; ses eaux , en se
mêlant accidentellement â celles des deux sources, y ont charrié
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ANNALES
110
quelques hélices vivant sur les rives , et y ont introduit les 1 y aînée»
et les planorbes qu’on y retrouve aujourd’hui , et dont les analogues
vivent encore dans ce ruisseau; mais nous n’en avons rencontré
aucune espèce vivant dans les eaux des autres sources incrustantes
du département ; ces eaux chargées de calcaire ne paraissent nul-
lement leur convenir, et on ne les voit paraître qu'au point où
se termine le dépôt du sédiment; cette observation doit naturel-
lement conduire à admettre que leur présence , dans quelques
parties du tuf de Yincey, indique un accident purement local , et
que de temps h autre le ruisseau a pu mêler ses eaux à celles
des sources incrustantes, et y rejeter quelques-unes des espèces
de coquilles qui l’habitaient.
C’est l’opinion que nous avons acquise en arrivant sur les lieux
et au premier aspect. Ce que nous avons dit des terrains supercré-
tacés de la Haute-Saône et de la vallée du Rhin, suffira pour faire
comprendre que les tufs de Yincey en différent essentiellement; mais,
pour arriver à une conclusion plus rigoureuse que celle qu’on pour-
rait tirer de la comparaison générale de ces dépôts entr’eux, nous
avons compris qu’il fallait recueillir des faits, qui fussent de nature
à faire partager notre conviction sur l’âge de ces tufs, que nous
croyons être de formation très-récente ; nous allons en conséquente
exposer les résultats de nos investigations.
La vallée de la Moselle, à la hauteur de Yincey, est ouverte dans
les marnes irisées et le muschelkalk ; la largeur du bassin est d’en-
viron deux kilomètres; le muschelkalk constitue l’escarpement de
droite au pied duquel coule cette rivière, et sur la gauche l’an-
cienne limite est formée par des talus de marnes irisées qui des-
cendent jusqu’à la rencontre du muschelkalk au niveau de la
prairie (ûg. 2). Le fond de ce bassin est occupé par un dépôt de
comblement formé de sables et de galets roulés de diverses roches,
et sur les plateaux , à droite et à gauche , on retrouve une nappe
de terrain de transport de même nature et de même composition.
Cette nappe est parfaitement visible à la sortie même de Yincey,
et couronne le plateau sur lequel est bâti ce village (ûg. 3).
Si les deux dépôts de calcaire * dont il est question étaient de
l’époque supercrétacée, ils auraient été recouverts par le terrai»
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DE LA société d’émolatioh. 111
de transport, dont l'absence sur lé» tnfe cependant pourrait être
attribuée b des érosions anciennes ou récentes.
H est probable que le dépét de transport s’est formé en même
temps que le dépét de comblement ; mais celui-ci, exposé b l’ac-
tion des eaux dans le fond du bassin, a été détruit en partie et
reaaanié b diverses reprises ; et la couche supérieure de la prairie
est cette qui a été nivelée en dernier Heu , au moment où le ré-
gime actuel du cours d'eau s'est établi et où le lit de la rivière
s'est reporté dans les limites où nous le voyons placé aujourd'hui.
La surfroc de la prairie de Vincey ferait donc partie de la série
de couches sinon les plus récentes , au moins de celles qui ont
immédialemeut précédé l'époque des aHuvions modernes.
Cest sur cette dernière nappe dle métoe que reposent les tufe,
comme nous l’avions pensé d'aboM; pour nous en assurer nous
avons frit ouvrir une feuille , où nous avons vu et constaté cette
superposition.
Sous le tuf, h 4 mètre 40 cent, un contre-bas de la surface du
aol de la prairie (fig. 4), on trouve d'abord une couche de 10 cen-
timètres d'épaisseur de terre végétale tourbeuse ; puis viennent les
sables et > galelsde comblement, sur lesquels le sol d’atterrissement,
p ro ven ant des détritus des marnes irisées, s’est avancé dans une
grande partie de la plaine.
0 est dont bien évident maintenant que les dent petits dépôts
de tuf de Vincey appartiennent à l’époque moderne.
Quant an mode de leur formation et à l'origine que nous venons
de lui attribuer, pour en rendre compte, il suffira de jeter un coup
d’oeil mt des dépôts de même nature dont on pourrait citer plusieurs
exemples dans les Vosges mêmes.
$. 3. DÉPÔT 8 FORMÉS PAR QUELQUES-UNES DBS SOURCES INCRUSTANTE!
DU DÉPARTEMENT.
A l’origine du vallon de Circouri, ouvert dans le flanc nord de la
côte de Virine, on rencontre une source dont les eaux limpides
sont cependant chargées principalement d’un sédiment calcaire (fig. 5);
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112 AHHALBS
elles déposent un tuf tellement semblable à celui de Vincey qu’od
ne saurait distinguer les échantillons entr’eux, et reconnaître de
laquelle de ces deux localités ils proviennent, si Poo n’avait soin
de les étiqueter sur place.
Ce dépôt parait avoir un mètre d’épaisseur moyenne au milieu; il
s’étend sur les atterrissements de marnes formant le soi sur un
espace à peu près circulaire ayant 20 mètres de rayon, et constitue
une butte conique, dont Pélévation augmente graduellement en
même temps que sa base s’étend de plus en plus vers l’aval.
Les sphaigoes, les cypéracées qui existent sur les bords de la
fontaine , sont enveloppés par le sédiment ; et lorsque* parvenus à
une complète décomposition* leurs éléments sont entraînés, le tuf
est peu solide et offre de nombreuses cavités qui finissent par se
remplir b la longue , et à mesure que le sédiment pénètre et s’en-
durcit, la roche acquiert plus de soUdité ; comme Je le présumais bien*
je n’y ai trouvé aucunes traces de coquilles d’eau douee; elles ne
paraissent dans le ruisseau qu’à une assez grande distance de la
source, placée, ainsi que nous Pavons remarqué, à l’origine même
du vallon.
Plusieurs autres sources produisent des tufc ayant les mêmes
caractères ; ils diffèrent cependant entr’eux en raison de la nature
des végétaux qu’ils enveloppent, dont le nombre et les espèces v*
rient suivant les localités.
A Contréxeville, à Destord , à la Rosière près de ftambervifiers,
à Vittel, à fiouriémont, à Pierrefite, on reconnaît; particulièrement
dans le tuf, des cypéracées, Aes sphaignee, des hépatiques et diverses
plantes des marais. A ViUe-sar-lUon, dans le vallon de Gbihdrecourt»
quelques parties sont presque entièrement composées de tubes mo-
delés sur des tiges de chara ; d’autres offrent des amas d’une espèce
de mousse propre à la région calcaire ( hypnum commutatum) et
qu’on ne rencontre , dans la région arénacée , que dans les parties
des ruisseaux coulant sur le calcaire dolomi tique; A Destord , à
quelque distance de l’ancien magasin de sel, on rencontre trois
sources incrustantes sortant de buttes coniques de tuf calcaire, et
ayant, la première, 10 mètres de diamètre à la base sur $6 cent, de
hauteur , la deuxième , 20 mètres de dimaètre sur 1 mètre 80 cent.
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t>E LA SOCIETE D ÉMULATION. 113
de hauteur, et la troisième ayant 28 mètres de diamètre sur 2 mètres
de hauteur au-dessus du niveau de la prairie.
Le tuf des parties inférieures des dépôts est très-solide et coloré
par le fer hydraté limoneux déposé sur les parois des cellules.
Ces sources sortent du muschelkalk.
Le sédiment enveloppe des mousses , des hépatiques , des prèles ,
des characées , des feuilles de divers arbres , des cypéracées , des
menthes, etc., etc., qui végètent encore pendant quelque temps après
que leurs racines et leurs feuilles radicales commencent à être re*
couvertes de calcaire.
$. 4. CONCLUSIONS.
Les dépôts de tuf de Vincey sont situés au pied d’un taius constitué
par les marnes irisées et le muschelkalk ; il est probable que les
sources qui les ont formés sortaient de ces dépôts et qu’elles ont cessé
de cooler, comme tant d'autres, à la suite du déboisement des hau-
teurs voisines et des travaux exécutés pour mettre en culture les
terrains qui s’élèvent sur la gauche du ruisseau; mais on ne se rappelle
pas, dans la localité, de les avoir vues en activité.
Les observations qui précèdent nous paraissent démontrer :
i° Que ces deux dépôts appartiennent à l’époque moderne; qu’ils
reposent sur les assises de la nappe de comblement de la vallée ,
abandonnées par les eaux au moment même où le lit actuel de la
Moselle s’est établi;
2° Que l’on n'y observe aucun des caractères propres aux terrains
supercrétacés, déposés dans des bassins plus ou moins étendus et
divisés en plusieurs étages ou assises distinctes;
3° Que le peu d’étendue de ces deux dépôts , leur isolement ,
indiquent une formation indépendante et produite en dehors des
causes générales sous l’influence desquelles, en diverses contrées,
les terrains supercrétacés se sont formés ; qu’on ne saurait y recon-
naître qu'un accident purement local et de la nature de ceux qu’on
voit encore se reproduire journellement sur plusieurs points des
Vosges;
8
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114
ANNALES
4° Que l’identité évidente entre les roches de Vincey et les pro-
duits des sources incrustantes citées comme exemple et comme terme
de comparaison , ne saurait laisser de doute sur la nature de l’agent
qui a favorisé la production de ces tufs ; que si cet agent a cessé
de fonctionner, soit momentanément, soit pour toujours, on peut
néanmoins en déterminer le genre d’après la nature des traces qu’il
a laissées;
Enfin, qu’il est rationnel d’admettre que ces tufs , n’ayant d’analogie
que dans les dépôts formés sous nos yeux par des sources incrus-
tantes en activité, n’ont pu être produits que par des sources»
incrustantes desséchées aujourd’hui.
Épinal , le 2 Décembre 1846.
11. Hogard.
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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION.
115
DE L’ALTERNANCE
U9 lt«lTIU »
PAR M. ÉVON,
MEMBRE TITULAIRE.
s 4. On tome* en question , au moins dans une certaine mesure ,
la loi de succession naturelle des végétaux , si anciennement , si
umveneSement constatée par l'expérience , et qui forme la première
base de la théorie des assolements.
te débat a pris naissance , il y a quelques années , au sujet
des arbres forestiers , au congrès de Baden , où l’école forestière
française avait des représentants.
Les Allemands , divisés d'opinion, ont soutenu le pour et le contre
avec une égale force. Finalement, la question est restée indécise,
et il a paru h F assemblée qu'elle ne pouvait être vidée qu’avec le
secours d'une histoire des forêts.
M. Parade, directeur de Fécole de Nancy, qui a rendu compte
de ce débat , s'est prononcé contre la loi d'alternance en sylvicul-
twe, et ft a para depuis que c'était là l'opinion de l'école française,
car H. Puvis , ayant essayé de démontrer l'existence de cette loi
pour les grands végétaux , par des faits d’analogie tirés de F agriculture
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1(6 AHNALES
et de l'horticulture , réunis ayec beaucoup d’habileté, et par des faits
directs , les Annales forestières n’ont pas tardé k soutenir l’opinion
contraire dans une série d’articles de M. de Sahune.
Un agriculteur distingué , M. Monnier vient de raviver cette dis-
cussion : non-seulement il ne tient pas pour l’alternance en {sylvi-
culture , mais il cherche k expliquer par d’autres causes une série
de faits agricoles qu’on faisait dépendre de cette loi.
Cette controverse présente un certain intérêt, car il n’est pas
indifférent que les forêts, dont beaucoup sont actuellement délabrées,
soient administrées sous l’inlluence d une opinion flottante ; ces sortes
de recherches offrent d’ailleurs , spéculativement au moins , un vif
attrait de curiosité.
§ 2. On s’est servi sans fondement , je crois , du nom de M. Liebig,
pour soutenir que les arbres forestiers échappent k la loi d’alter-
nance ; car, en examinant l'ensemble des principes qu’il a formulés
et enchaînés dans son Traité de chimie appliquée à la physiologie
végétale et à l'agriculture , je ne trouve pas que ses doctrines viennent
k l’appui de cette opinion.
Cet écrit parait jeter de la lumière sur la théorie proposée pour
expliquer le problème de l’alternance ; il ramène k l’unité la théorie
de l’effritement , conçue à priori , et celle de M. de Candolle , qui
semblaient si divergentes. L’auteur explique avec sagacité , par ses
principes , des faits d’alternance tirés du domaine de l’agriculture.
Il admet aussi, d’après la pratique des jardiniers, la nécessité de
faire succéder les unes aux autres les espèces d’arbres à fruits :
or, de ceux-ci aux arbres forestiers, où est la ligne de démarca-
tion, puisque les premiers ont été primitivement tirés des forêts, et
y sont pris, souvent encore, pour servir de porte-greffe ?
Ces arbres fruitiers , que la greffe mutile , et qu’on contraint en
quelque sorte à une plus grande production que celle des mêmes
espèces k l’état sauvage , vivent moins longtemps que celles-ci , mais
cette différence de longévité ne permet pas de conclure que leurs
types en forêt soient affranchis de la loi d’alternance.
Les principes posés par M. Liebig sur l’étendue des rapports
qui lient la végétabilité k l’atmosphère , ne prêtent pas davantage k
une pareille conclusion.
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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION.
De ce qu’on est obligé de fumer les champs, taudis que les
prairies naturelles et les forêts , se passant de ce secours , non-seu-
lement donnent, à surfaces égales, autant de carbone que les céréales
fa mée s , mais au gmen ten t encore progressivement la couche d'humus
par les débris de leur végétation, l'auteur n’en induit pas que les
fovéto an les prairies naturelles ne sont pas soumises à l’alternance,
mais qne l'atmosphère est le gland' réservoir de r alimentation des
plantes en rarbooe et rai ammoniaque.
11 faut aux végétaux, indépendamment de ces substances, des
oxydes alcalins , dont la nature et la quantité sont assez générale-
ment invariables selon les espèces végétales , et l’on admet que
l’absence ou la diminution actuelle , dans le sol , de ces oxydes mé-
triques est une des causes qui forceraient à l’alternance. Or, de
ce que, selon M. Liebig, la quantité de ces matières contenues
dans le uol est si grande , comparativement à la quantité nécessaire
h l’entretien d’une forêt , qu’elle paraît inépuisable , et cela d’autant
plus que les feuilles mortes rendent une partie de ce qui a été
enlevé , il ne s’ensuit pas que les mêmes espèces forestières puis-
sent indéfiniment persister dans le même sol. En effet, comme Liebig
admet que ces siAstances doivent être rendues solubles pour devenir
asrimüabies, il doit arriver pour les forêts ce qui arrive pour les
céréales, dont la production s’amoindrit progressivement, si l’on ne
soumet le sol qui les a portées k la jachère , ou si l’on n’y cul-
tive pas nue plante dont les exigences soient différentes. Dans l’un
et l’antre cas , d’aplès le même chimiste , ce sont les labours qui ,
mettant largement le sol en communication avec l’atmosphère , pré-
parant de nouvelles doses de matières salines , propres au retour des
cé réa le s : or, comme H n'existe pas de conditions naturelles dans
les forêts pour équivaloir k la puissance des labours , elles devraient
k la longue se trouver, sinon au dépourvu , du moins mal pourvues
de sels sdàbtes et dépérir.
Outre la privation , pour les plantes , de l’aliment minéral qui
leur convient, M. Liebig admet encore que leurs déjections radi-
cales, composées d’excrétions et d’excréments, sont une autre cause
déterminante de l'alternance. Ce sont les expériences de M. Macaire
Princeps sur l’appareil radical , qui ont servi h établir que les ma-
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118
ANNALES
tières émises par les racine* d’une espèce végétale devenaient im-
propres et même nuisibles à la nutrition de cette espèce , tandis
qu’elles servaient à l’alimentation d’une espèce différente.
Si cette théorie est fondée , elle doit être générale , quoique les
expériences de M. Macaire soient numériquement circonscrites; elle
doit comprendre les espèces forestières; car, comme il est avéré que
les racines des plantes absorbent indistinctement toutes les matières
solubles, ainsi qu’agissent dans l’animalité les capillaires veineux,
il est évident que toutes ces matières ne peuvent convenir h l'as-
similation , et que toutes celles qui lui sont impropres doivent être
rejetées par les racines, revenir dans le sol et le gâter pour l'espèce
qui les a émises (1).
On voit donc que les doctrines de M. Liebig , quelle qu’en puisse
être la valeur, loin de pouvoir servir à infirmer la loi d’alternance
pour les végétaux forestiers , servent au contraire à l’affirmer (2).
(1) Avec ces théories , il deviendrait facile d’expliquer pourquoi les
prairies naturelles, composées de tant d’espèces, ont ihfiniment plus dé
durée que les prairies artificielles formées d’une seule. Qu'on sème iso-
lément, en effet, du ray-grass , de la fiéole , du trèfle, etc., ehaeune
de ces prairies, comparée à une prairie naturelle composée de groupes
d’espèces , n’aura pas une longue persistance : les produits baisseront
d’année en année , et progressivement le terrain se dépeuplera ; car, ayant
les mêmes besoins alimentaires , puisque leur organisation respective est
identique , tous les individus dont on avait peuplé sol doivent d'abord
t'épuiser plus tôt pour eux-mêmes que s'il avait été occupé par des espèces
variées, ayant des besoins alimentaires différents; et en second lieu, ils
doivent se le rendre mutuellement impropre par leurs déjections radicales,
tandis qu'entre espèces diverses , céfe déjections sont réciproquement uti-
lisées.
(2) C’est en tant de rencontres déjà que , par le passé, les enseignements
de la chimie appliquée à l’agriculture ont échoué en pratique, que, malgré
scs progrès actuels, il est très-prudent de ne lui donner confiance que
lorsqu'elle vient fournir la contre-épreuve des faits constatés par l'expé-
rience directe. Il y a quelques années , on croyait encore que l'acide car-
bonique , puisé dans le double milieu de l'atmosphère et du sol , devait
absolument composer la nourriture des plante* , malgré lu complexité de
composition des engrais et les puissant» effets qu’ils produisent. Lu théorie
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DE LA SOCIÉTÉ D* ÉMULATION.
La preuve la plus convaincante , en apparence , qui ail etc pro-
duite jusqu'ici contre l'existence de cette loi à l’égard des forêts ,
a été puisée dans la tradition historique. On a cité des forêts de
liétrcs et d’espèces résineuses , déjà signalées il y a dix-sept siècles,
et qui existent encore aujourd’hui aux mêmes lieux.
Mais , premièrement , ces forêts de hêtres succédant à elles-mêmes
à travers les âges, sont-elles pures d’autres essences? et, dans
ralïirmative , eu a-t-il toujours été ainsi ? Ou bien le hêtre y a-
t-il toujours été seulement en prédominance ? Car , s'il y a eu mé-
lange dans un temps, cette circonstance a pu suffire pour ajouter
considérablement à la durée de ces forêts , parce que les essences
mélangées peuvent tour à tour, avec le temps , prendre la place les
uiies des autres.
Secondement, ces forêts sont-elles aussi productives qu’autrefois ,
toutes choses égales du reste ?
lédamole, relative k l’ahnine et k l'acide ulmique, a été admise et n’a pa*
régné longtemps. Aujourd'hui que l’alimentation des plantes est venue théo-
riquement et avec raison se compliqmer de l’axole et d’oxydes alcalins , on
a tarifé la valear de tontes les substances qn’on emploie sous le nom
d’engrais d’après la proportion d’axote qu’elles contiennent respectivement.
Or, ces tarifs impliquant l’unité dans les nécessités alimentaires des plantes,
l’unité de composition et de cohésion dans les matières qui servent
d'engrais, peuvent donner lieu en application à beaucoup d’erreurs, parce
que , au Keu de l’unité de rapports sur oes points , c’est la diversité qui
apparaît partout.
A l’oocassoo des alcaloïdes, la science explique l’heure use succession
des légumineuses aux céréales , en oc sens que celles-ci , comme toutes
les graminées, ont grand besoin de silicate de potasse, tandis que les autres
n'en consomment point on en consomment k peine. Pourtant, dans cette
contrée, où les cultivateurs font un si grand usage de la cendre de bois
lessivée pour les prairies naturelles , il arrive que la lupuline , si abondante
dans la plupart de ces prairies , mais qui , avant l’application de l’amen-
dement, y est si chétive qu’on l’entrevoit k peine an pied des graminées,
prend après cette application un développement au moins égal k celui des
autres herhes, quoique, avant l’emploi de la eendre lessivée, celles-ci fussent
infiniment plus hautes que 1a lupuline.
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ANNALES
Troisièmement, lors même que le hêtre pourrait se succéder à
lui -même un grand nombre de fois , il ne faudrait pas en conclure
que les autres espèces possédassent cette propriété dans la même
mesure ; car, à en juger par les plantes agricoles , la nécessité de
l'alternance ne se fait pas sentir pour elles à la même époque.
Enfin , de même qu'on voit du blé , dans des terrains exceptionnels,
se succéder avec succès pendant quinze ans , pourquoi serait-il plus
étonnant que , dans un terrain d'élite , le hêtre pût se reproduire
avantageusement durant dix-huit siècles : ce qui ne donnerait encore
que neufs générations successives , si l'on fixe à chaque génération
deux siècles de durée?
La plupart de ces objections s’appliquent généralement au fait plus
vague encore , concernant la persistance de certaines forêts d'es-
sences résineuses. Ainsi , de ce que l'histoire établit l'existence
permanente , jusqu'à nos jours , de quelques-unes de ces espèces
dans la chaîne des Vosges , il n'y a pas plus lieu d’arguer de ce
fait contre l'alternance des végétaux forestiers , qu'en voyant le
chêne ou le hêtre prédominer dans d'autres zones; car ce fait,
qui relève de la loi naturelle de distribution des espèces sur le
globe , décèle une convenance particulière à certaines espèces pour
certaines régions climatériques , mais ne prouve pas autre chose.
Toutes les parties boisées de cette chaîne de montagnes ne pré-
sentent pas une seule espèce , mais un groupe d’espèces telles que :
épicéa , sapin à feuilles d'if, pin sylvestre , hêtre, chêne, charme ,
bouleau, tremble, alisier, sycomore, etc. , sans, compter les arbris-
seaux et les arbustes.
11 y existe des forêts d’épicéas pures ou mélangées de sapins
ou de hêtres , des forêts de sapins pures ou mélangées , des forêts
de hêtres et de chênes pures ; mais les bois blancs et les morts-bois
ont accès dans la plupart de ces compositions. Il y a, en un mot,
dans ces montagnes , par la multiplicité des espèces , toutes les
ressources nécessaires pour satisfaire à la loi d’alternance quand le
besoin s'en fait sentir, ce qui n’empêche pas que les espèces rési-
neuses n'y prédominent numériquement sur les autres.
C’est apparemment dans un but que les espèces forestières dé-r
parties à une région , au lieu d’y être placées , et pour toujours.
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DB LA SOCIÉTÉ d’ ÉMULATION.
espèce ptr espèce, dans des cases particulières dont l'ensemble
figurerait la table (Ton damier, y sont répandues d’une façon confuse,
associées comme les espèces d'une prairie naturelle. L'art de la
culture sépare les espèces en cases distinctes , mais il est bientôt
forcé de les faire tour à tour changer de place.
On a prétendu , pour infirmer la nécessité de l'alternance en syl-
viculture, que, dans une futaie, la couche superficielle du sol faisait
jachère , que les arbres n'allaient point s’alimenter dans cette couche
superficielle , mais dans les couches profondes , qu'ainsi le parterre
de la fotaie reposant , redevenait vierge en quelque sorte pour re-
cevoir les semis de ces arbres et en assurer la prospérité. C'est
lii une erreur grave en physiologie végétale : les racines s'étendent
partout où elles trouvent à puiser, et leur chevelu se multiplie en
raison directe de la fertilité des couches du sol , soit superficielles,
soit profondes (i).
$ 4. En agriculture, le signe général qui décèle la nécessité
d'alterner est une véritable diminution du produit de la récolte , di-
minution qui augmente d'année en année si l'on persiste à ramener
la même plante ; sa taille décroît , son tempérament faiblit , et
die devient par conséquent plus exposée h périr, tant par l’influence
de la cause secrète que par celle de causes étrangères.
On n'attend pas ce dernier terme pour faire succéder une espèce .
à une autre ; l'expérience a fixé pour un certain nombre de plantes
l'époque h laquelle elles doivent revenir sur le même terrrin pour
h production normale , et la durée de ces périodes de retour varie
(1) Le hasard m'a offert à cet égard an fait sans réplique pendant une
année tr èa t ëc be (1943). Je voulais m’assurer du degré de profondeur au-
quel b sécheresse avait pénétré dans une demi-futaie de hêtre si pleine et
si bien couverte , que le parterre n'était absolument occupé que par une
couche de feuilles. Or, immédiatement sous cette couche , le terreau était
traversé en tous sens par des multitudes de radicules appartenant aux
hêtres de la fotaie ; elles se séparaient facilement du terreau , car celui-ci
était si desséché qu'il tombait en poussière. Cette couche ne faisait donc
pas jachère pour recevoir plus favorablement le semis naturel. La sécheresse
apparente avait pénétré jusqu'à la profondeur de 0", 35.
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J 22
ABKALES
extrêmement selon les espèces : ainsi , tandis que le chanvre peut
se succéder un grand nombre de fois , le safran ne peut revenir
qu’après quinze ou dix-huit ans. Mais ces règles ne sauraient être
absolues , parce que , la composition minérale des sols ou leur ri-
chesse propre étant différente, cette circonstance doit amener et
amène en effet des variations dans les données générales. Avec le
secours de l'art , on peut arriver k reculer le terme posé jusqu'alors
par l'art lui-même au retour de la même plante. Les habiles cul-
tivateurs de la Flandre sont parvenus h ce résultat au moyen de
labours combinés et d’amendements ; mais comme, dans la plupart
des autres contrées , l’état présent des circonstances économiques
ne permet pas de réaliser cet effet de la puissance de l'art, il
faut avoir recours à l’alternance et se soumettre à cette loi, lors
même qu’ailleurs on serait complètement parvenu à en triompher.
Il ne serait donc pas surprenant que les prescriptions pratiques
relatives à la période de retour des espèces agricoles après elles-
mêmes pussent donner carrière à la critique , tant il existe de cir-
constances particulières qui créent des exceptions. Il ne serait pas
plus étonnant qu’pn pût signaler des faits rapportés jusqu’ici à la
loi d'alternance, et qui néanmoins dépendraient d’autres causes,
puisque le défaut d’alternance n’est pas la seule cause qui puisse
diminuer le produit d’une espèce ou la faire périr.
Si cette question, renfermée dans le domaine de l’agriculture
et ayant en général pour objet des plantes annuelles , offre encore
bien des points douteux après tant de siècles d’expérience , on
conçoit que , posée pour les végétaux forestiers , dont l’extrême
longévité et le défaut de culture embarrassent les recherches , elle
soit encore en problème. Aussi les adversaires de l’alternance en
sylviculture , récusant d’abord les preuves d’analogie tirées des in-
dustries agricole et horticole, ontrils su facilement repousser les
preuves qu’on leur présentait comme directes. Ainsi , ils expliquent
tout simplement les faits de succession naturelle , soit du hêtre au
chêne , soit de l’épicéa ou du pin au chêne , par la nature enva-
hissante de* ces trois espèces sur celle-ci, et ils rapportent le
dépeuplèment actuel d’anciennes forêts de chênes à un mauvais ré-
gime forestier ou a des dévastations consommées pendant des temps
de licence.
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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 123
Celle défaut est fondée jusqu'à un certain point ; elle n’a que
le tort d’étrc trop* absolue»
On ne p c rmenra d’exposer et d’examiner des faits divers , et
d’y cbawberla pmi de vérité qui revient à chaque opinion ; on
verra , do verte, que t’âdamiistratkm forestière, qui n'admet pas
l’allernaace, est néanmoins forcée d’alterner.
9 5. Les exemptes dt succession naturelle dn hêtre au chêne ne
sent pas rares dans quelques forêts des Vosges , et le fait suivant
me parait un ■rgumart puissent contre les partisans de l’alternance,
par la darté que Jettent sur lui les circonstances qui l’entourent.
B y a trente ans envir on , il existait encore près d’Épinal une
fatale pMte, de l’Age de cent cinquante ans, mi -partie composée
de sM n e t et de hétresi Les troncs de ees arbres, pareils à des
ot le u ncs -, s’él evai en t nus de branches Jusqu’il une hauteur de 15
à IB mèt r es ; le sot se trouvait si complètement abrité du soleil
par un épais dème de feuillage , qu’il était devenu inaccessible à
tonie végèlnlioa parasite ; une couche épaisse de terreau fermé de
feuilles mortes le recouvrait partout. Cette fouie a été exploitée par
édriraes successives d'après la méthode allemande; la coupe dé-
farithu stot ismnaée les années dernières. Les semis naturels de
dMM ftp», *d> comme un champ de lia , y sont de la plus
grande beauté; rien n’y manque que le chêne, l’essence par ex-
cel lenc e , celle qufon a réservée particulièrement ; os en rencontre
eu ri polit nombre qu'on n’en peut tenir compte , et il est même
probable que le hêtre les étouffera. Pourtant cette forêt , que j’ai
étudiée avant qu’on la mit à bas, était en bien des parties plus peuplée
de chênes que de hêtres.
On se tromperait en pareil cas , si on rapportait la nou-réussile
do semis de chênes à l’effrite ment du sol pour cette essence ; car
les chénm de la folaie s’étant montrés aussi grands et aussi vigou-
reux que les hêtres, cette égalité ne permet pas d’admettre que
tout à coup le sol soit devenu impropre au chêne. La première
coupe que l’on a faite , c'est-à-dire la coupe sombre , était par-
faitement convenable à la réussite du semis de hêtres, mais elle
était trop sombre pour les semis de chênes , qui u’out pas le même
lempéramenA, et c’est à l’emploi d'une méthode qui , excellente
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AHNALBS
en soi , a été mal appliquée , que j -attribue l'envahissement du sol
par le hêtre.
Cette espèce vit très-bien avec l'épicéa et le sapin à feuilles d'if ;
on rencontre ce mélange dans beaucoup de forêts. L'ombre très-
épaisse que répand sur le sol le feuillage touffu de ces arbres verts
n'empêche pas le semis de hêtres d'y prospérer : ces jeunes arbres
partagent jusqu'à un certain point la puissante propriété qu'ont les
jeunes épicéas et sapins de vivre longtemps sans périr sous une
ombre très-épaisse, et d'ailleurs le feuillage du hêtre est lui-même
fort touffu.
On ne trouve pas le chêne à l'état de mélange avec les mêmes
arbres résineux , parce que son semis redoute une pareille obscu-
rité, surtout longuement persistante : il lui faut plus de lumière
qu’aux espèces précédentes , ou bien il succombe ; et cette néces-
sité se décèle déjà par le feuillage comparativement léger et fort clair-
semé du chêne.
Le hêtre est donc intolérant pour le chêne ; il finit par l'expulser
du terrain et d'autant plus têt que, comme il arrive souvent, on
a trop serré les réserves à l'époque de l'exploitation, surtout dans les
sols profonds et frais et aux expositions du nord et du nord-est ; car
le défaut de lumière croissant en proportion du nombre des baliveaux,
le semis de hêtre pourra se soutenir avec avantage dans cette con-
dition, mais celui de chêne languira, et à l'époque de la coupe suivante
il fera presque entièrement défaut, quoique pourtant on compte en
moyénne trois glandées pour une fainée (1).
(1) En voyant si souvent , dans certaines forêts , soit aménagées en futaie
d'après l'ancien mode , soit en taillis sous futaie , de nombreux chênes an-
ciens et de réserve qui, au lieu d'être entourés de semis de leur espèce, sont
environnés de semis de hêtre, quoique les baliveaux anciens en soient rares,
on est forcé de reconnaître que la prépondérance numérique , qu'on doit
accorder au cbêne sur les autres espèces d'après les prescriptions réglemen-
taires, sert à renforcer la supériorité physique que le hêtre a sur le chêne
pour l'occupation du terrain. En effet, comme, dans le mélange de ces deux
espèces, les semis des hêtres réussissent mieux d'ordinaire que ceux de chênes,
on ménage les baliveaux de cette espèce, d'abord parce que telle est la règle,
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12 »
DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION.
On Toit conWen on s’tboserait en attribuant, dans tous les cas, à
l'impropriété actuelle du sol pour une essence , la disparition de celle-
ei et le plein succès d’une autre, puisque ce résultat peut être produit
par mie différence de tempérament entre les espèces.
La succession naturelle d’une espèce à une autre est littéralement
un fait d’alternance, mais toujours reste-t-il à distinguer si ce phé-
nomène résulte de la supériorité physique de l’une sur l’autre, ou
s’il tient à ce que le sol se refuse actuellement à produire l’une des
deux, ce qui est fort différent. On a cité, d’après Bosc, des faits de
succession végétale dans les forêts vierges de l’Amérique, mais sans
les éclaircir à ce poiut de vue.
Jj 6. L’épicéa , dont le semis peut vivre plus longtemps que celui
du hêtre sous un épais couvert, et dont les semences légères et ailées
peuvent être transportées au loin par les vents, aurait encore plus de
puissance que le hêtre pour envahir les forêt de chênes, si ses se-
mences étaient aussi robustes à la levée , si elles n’exigeaient pas ,
quant à l’état delà superficie du sol pour les recevoir, des circon-
stances particulières qu’elles ne rencontrent qu’exceptionnellement.
J’ai eu l’occasion d’examiner deux faits de succession naturelle
de l’épicéa au chêne, dans deux cantons montagneux des Vosges ,
celui de Saales et celui de Gérardraer. Le remplacement n’était pas
et ensuite parce que lenrs semis n'étant pas beaux, on espère trouver mieux
à la révolution suivante, et on abat tons les bétres anciens et moderne#
dont le pourtour est entouré de semis épais. Ceux-ci, découverts, se dévelop-
pant, envahissent du terrain vers les chênes, fournissent déjà des brins de
réserve à la révolution suivante, et les chênes ne sont pas mieux pourvus
de semis que la première fois ; on en garde encore une grande partie qui
ne don uent pus davantage pour la période suivante, tandis que les jeunes
hêtres de la première fournissent à leur tour de nouveaux semis, qui peut-
être déjà cernent le pied des chênes, ou le cerneront par leur descendance
à la révolution subséquente. Enfin, on est Ibrcé d'enlever tous ces chênes
▼ieilles-écorces du milieu d’un beau gaulis de hêtres. Si l’on abattait moins
de hêtres anciens ou modernes, leurs semis à couvert prendraient moins
d’essor; et si, au contraire, on abattait un plus grand nombre de chênes ,
leurs semis, quoique d’ordinaire faibles et peu épais, se trouvant ainsi à
découvert, auraient chance ainsi de réussir.
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AANALKK
encore complet, el il était évident, par le peu de chênes Misérable?
qui restaient, par l'existence de clairières encore peuplées de bruyères
ou de myrtiles, que le chêne avait cédé le terras partout où se trouvait
répicéa, faute de pouvoir résister. Comme on voyait aussi des clai-
rières presque absolument sans végétation parasite et riches en terreau
de bruyère, j'ai pensé que c’était par de tels endroits, les moine dés-
avantageux à la réussite des semences égarées d’épicéa , que k
changement d’essenee avait di graduellement s'opérer; et il serait
curieux de s’assurer si, dans les observations qu'on a recueillies en
Allemagne et ailleurs, concernant cette alternance, une des pins com-
munes après celle du hêtre au chêne, si on néglige les bois blancs, le
fait s'est produit dans des forêts de chênes en ruine ou dans desforél9
encore bien peuplées de chênes végétant avec vigueur. On peut admettre,
dans cette circonstance, que l'épicéa poisse, lorsqu'il est levé, grandir
sous le couvert du chêne; mais la difficulté est à ce point de départ.
Le parterre de la forêt garni de feuilles et d’herbes courtes, bien dis-
posé pour recevoir de la faine, ne saurait, au contraire, convenir à
la semence d'épicéa; aussi, quoique cette espèce ait un mode de
dissémination supérieur pour l’envahtssraeut à celui du hêtre, et un
tempérament plus robuste pour résister au couvert, il est plus fré-
quent de rencontrer, dans les contrées où le hêtre, l’épicéa et le
chêne réussissent, des cas d'envahissement de chêne par le hêtre que
par l’épicéa.
Quoique les graines du pin sylvestre soient aussi légères et aussi
bien formées pour une diffusion lointaine , sous l'empire du vent , que
celles de l’épicéa , il lui est infiniment moins possible qu'à celui-ci
d'expulser le chêne, lorsqu'il est assez épais et bien venant ; car, outre
que ces semences de pin doivent trouver sur la superficie du sol,
pour réussir, des conditions pareilles à celles qu'exige l'épicéa , le
jeune pin résiste moins longtemps sous le couvert que le chêne lui-
même. Ce n’est que dans des circonstances particulières, et lorsque
le chêne se dépeuple, que le pin peut lui succéder.
Dans le canton de Bruyères (Vosges), quelques pins déjà vieux ,
cultivés pour ornement et placés à une distance assez considérable
d'un bois de chênes sitpé en coteau à l'exposition du sud-ouest, ont
déjà garni de semis vigoureux une étendue fort remarquable des plaeeo
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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION • 127
▼ides dont fl est parsemé ; et comme les chênes qui restent sont épars,
dépérissants et n’ont point de descendance , il me paraît certain
qu'en laissant aux choses leur marche naturelle, le pin, à la longue,
s’emparera tout à fait du sol abandonné graduellement par le chêne.
Puisque, d’après ces faits, l’espèce ancienne disparaissait déjà avant
l’arrivée de la nouvelle, on ne peut pas dire que c’est par une su-
périorité physique de l’une sur l’autre qu’ont eu lieu les successions
naturelles, au moins dans leur commencement ; mais lors même que,
sans aucune lutte, le chêne aurait ensuite totalement cédé la place
aux deux autres espèces , les adversaires de l’alternance contesteraient
encore ce résultat comme une expression de cette loi, puisqu’ils font
dépendre le dépeuplement des forêts de cette espèce, non de l’im-
propriété actuelle du sol pour le chêne, niais d’abus anciens consommés
par l’homme : c'est un autre point à examiner.
§ 7. Qu’on suppose une forêt de chênes qui aurait été soumise a
un régime pernicieux ou à des actes de dévastation ; que toutefois ça
et la il se soit conservé des baliveaux, le sol se couvrira bientôt d’herbes
et d’arbustes, et les baliveaux dépériront prématurément sans laisser
de descendance, tout abondantes que puissent être les glandées, parce
que les semis de gland, comme les baliveaux, ne sauraient pas plus
réussir, entourés d’une végétation parasite, que sur un sol dur et dé-
couvert. D’ailleurs, pour les jeunes brins comme pour les sujets plus
âgés, l’étal en massif convenablement serré, notamment lorsqu’il s’agit
du chêne , est une des conditions sans lesquelles on ne peut obtenir,
d’un sol d’une fertilité quelconque , la vigueur de végétation propor-
tionnelle à cette fertilité.
En effet, si l'on examine des semis naturels de chênes à l’âge de
10 a 15 ans, on verra presque toujours qu’ils sont plus beaux là où ils
sont plus épais, c'est-à-dire dans toute l’étendue de la circonférence
qu’occupait le chêne porte-graine. C’est dans cette circonférence que
le gland tombe le plus abondamment ; mais il rejaillit en dehors : or,
les brins formés par ces glands clair -semé sont beaucoup plus petits
que les autres, paraissent rachitiques comparativement, et si les glandées
de chaque arbre sont abondantes et peu distantes entre elles, la plupart
des brins de semis, venus en dehors des circonférences individuelles
des baliveaux , périssent étouffés par le massif des semis qui les en-
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ANNALES
lotirent, parce qu’ils sont trop en retard par la taille et la force pour
s’élever dans leur voisinage.
Les raisons apparentes de ce fait comparé sont, que les brins du
semis épais ameublissent mutuellement le sol, le rendent perméable
et frais, s’abritent réciproquement de l’action du soleil et des intem-
péries atmosphériques, empêchent les végétations parasites de se glisser
parmi eux, et à l’époque de la défoliation, trouvent un élément de fer-
tilité et un abri pour leurs racines dans leurs propres feuilles , qui
tombent à leurs pieds et y restent emprisonnées par la multitude des
tiges comme dans une sorte de réseau.
Les brins dans l’isolement manquent de ces avantages dont l’in-
fluence est grande, puisque, malgré l’extrême multitude de brins qu’un
étroit espace entretient dans le premier cas, ils deviennent plus beaux
que dans le second. J’ai vu le même fait se reproduire avec autant
d’évidence en plein champ, dans un sol inculte depuis longtemps, de
consistance moyenne, où, par manière d’essai, on avait planté à la
boue, dans la moitié de la surface du terrain, des glands à l'espacement
de deux mètres, et dans l’autre à l’espacement de 0 m , 1 6 : la première
de ces plantations a péri en grande partie, envahie par des herbes
parasites, les brins qui échappaient, mal venants, végétaient en buis-
son, tandis que l’autre formait un épais fourré de brins élancés et
vigoureux.
11 y a dans les Vosges des forêts de chênes dont le sol a autrefois
appartenu à la charrue ; on en voit la preuve dans la conservation
encore parfaite des billons. Quelques-unes de ces forêts déclinent, leur
dépeuplement s’opère en beaucoup d’endroits, les clairières sont gar-
nies de bruyères, les arbres de réserve se couronnent et dépérissent
sans donner de semis ; mais je ne crois pas qu’on puisse imputer ce
résultat au défaut d’alternance, car, sans pouvoir préciser l’époque à
laquelle on labourait le sol de ces forêts, comme les billons sont
pareils à «eux qu’on fait aujourd’hui, et indiquent l’usage d’une charrue
puissante, cette époque, toute vague qu’elle soit, ne saurait être assez
ancienne pour empêcher déjà aujourd’hui le chêne, dont la longévité
est si grande, de se reproduire en ces lienx.
Que la ruine d’une forêt de cette espèce ait été commencée par
une cause indépendante de la loi d’alternance, ou par l’inobservance
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DE LA SOCIÉTÉ DÉMULàTIOH.
129
4e celle loi , ou par ces causes combinées, il est douteux qu’on puisse
se prononcer autrement que par expérience dans des cas pareils, et
il est certain que l'état de la forêt, lors même que la loi d’alternance
n'y serait pour rien, doit progressivement empirer , parce que les
conditions nécessaires au repeuplement naturel tendent toujours à
disparaître de plus en plus.
{ 8. Ce n'est donc pas sans fondement que les adversaires de l'al-
ternance en sylviculture peuvent récuser les faits de déboisement qu'on
rapporte b cette loi; mais en prétendant à leur tour que, sans inter-
ruption ni in, dans l'état actuel de l'art , le même sol peut entre-
tenir une même espèce d’arbres forestiers , sans variation dans les
résultats de la production , ils donnent dans un excès opposé.
Voici d'abord une observation que je tire des pépinières de mélèzes
d'Europe que mon père cultive' depuis longtemps.
fl élève cette espèce pendant une année sur des couches froides.
Au printemps suivant , le jeune plant est extrait de ces couches et
repiqué en pépinière où il reste deux ans, terme après lequel. les
jeunes arbres, ayant une taille moyenne d’un mètre environ , forment
du plant assez robuste pour être placé à demeure. Or, si , après une
récolte de ces mélèzes ayant deux ans de pépinière , on en replante
dans le terrain qu’ils avaient occupé et après l’avoir convenablement
préparé, les nouveaux sujets y réussissent beaucoup moins que les
premiers. Après la révolution bisannuelle , ils sont plus grêles , moins
élevés , et quoiqu’ils aient été cultivés de la même manière , il en
périt davantage dans l’intervalle de ces deux années.
Si on en remet une troisième fois dans le même terrain , on en
perd plus d’un tiers ; ceux qui restent après la période de deux ans
sont très-chétifs.
Ce résultat fâcheux, auquel mon père a été amené parce qu’il
manquait de terrain neuf pour loger tout sou plant, s’est reproduit
plusie u r s fois avec les mêmes caractères, quoique les années fussent
düéveutes.
Présumant qu’une application d’engrais pourrait remédier b cet
accident, il a fait fumer, pour y planter du mélèze, un terrain qui en
avait déjb porté trois fois ; mais cette fumure n’a agi que comme
un (bible palliatif : le plant, à la fin de sa révolution bisannuelle,
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ANNALES
était à peine égal en force à celui d’une seconde récolte obtenue sans
engrais du même terrain. Le vrai remède, dont il se sert actuellement,
consiste à occuper par de l’avoine et du trèfle les pièces de terre
qui ont servi pendant deux ans de pépinière aux mélèzes. A la se-
coude année, on enfouit la seconde couche de trèfle par un labour ;
ce n'est qu’après un intervalle de deux ans que le terrain ainsi préparé
peut porter du mélèze avec un plein succès.
Il ressort de cette observation, recueillie en dehors des forêts et
par conséquent nette des circonstances qui jettent de l’obscurité sur
le résultat, que, malgré une culture soignée, plusieurs plantations suc-
cessives et périodiques de jeunes mélèzes exécutées dans le même
terrain, au lieu d’y prendre un développement à peu près également
puissant , n’ont qu’une végétation faible , et qu’à partir de la se-
conde de ces plantations jusqu’à la dernière , il meurt beaucoup plus
de plant dans celle-ci que dans les autres ; de plus, comme les sujets
de chaque plantatiou n’ont pu pénétrer dans le sol que jusqu’à une
profondeur proportionnelle à leurs courtes racines, c’est seulement
cette couche très-peu profonde qui s’est appauvrie par degré pour le
mélèze, pendant la durée de chaque plantation ; j’ai dit pour le mélèze,
car, sans engrais, on obtient, après son extraction du terrain où il
est resté deux ans, une belle récolte de seigle, d’avoine ou de
pommes de terre.
Malgré les caractères qui distinguent si fort l’espèce du mélèze
des espèces fruitières , celles-ci finissent par donner du plant aussi
débile , si l’on tente de les reproduire- un certain nombre de fois
après elles-mêmes ; aussi, guidés par l’expérience, les jardiniers pé-
piniéristes ont-ils soin de les faire alterner, ou plus généralement de
leur faire succéder des plantes annuelles.
On aurait donc tort de ne pas vouloir entendre parler des preuves
d’analogie dans cette question de l’alternance , puisque , malgré la
dissemblance des espèces, on arrive par la même voie de culture
à des résultats identiques.
Pourquoi maintenant cette loi d’alternance, dont les effets sont
si saisissants hors des forêts , ne se ferait-elle plus sentir sous le
régime forestier ? Pourquoi le résultat fourni par l’expérience , sur
trois générations successives de jeunes mélèzes , ne se reproduirait-
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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATIO* . 131
il pu es forêt, après trois générations successives de cette espèce
abandonnée k tout son développement ?
Ces trois générations de jeunes mélèzes ayant appauvri pour soi ,
dans l’espace de six ans, malgré le dépôt annuel de leurs feuilles et
une culture soignée, une couche superficielle du sol proportionnelle
eu épaisseur à la puissance de leurs racines, qu'v aurait-il d’étrange
que trois générations successives de mélèzes , placées dans un même
sol en forêt, vivant chacune deux siècles, et allant chacune puiser par
leurs racines, au fur et à mesure de l'âge, dans toute la profondeur
du sol nourricier, ce sol, après six siècles, fût appauvri pour le mélèze,
et que la troisième génération de cet arbre fût moins belle, moins
productive que les deux autres? N’est-il pas plus étrange d’admettre
que, sous un bon régime forestier, le sol conserve la même aptitude
à reproduire éternellement la même espèce, sans variation dans la
quantité et la qualité de son produit?
On a imaginé , pour s’autoriser dans cette créance, une sorte de
jachère en forêt. Selon cette idée, les racines d’un jeune arbre, qui
d'abord végétaient dans la couche la plus superficielle du sol , s'en-
fonçant d’âge en âge dans les couches subjacentes, laisseraient en
repos, pour une génération nouvelle, les couches supérieures qui les
avaient alimentées dans leur jeunesse.
Il suffit, pour juger celle théorie, d’examiner l’appareil radical d’un
très-jeune chêne, et je choisis à dessein celte espèce, parce qu’entre
tous les arbres forestiers qui ont un pivot , elle est munie du plus
puissant.
La ligure de ce jeune arbre, considéré dans la tige et les racines,
est la miniature de l’arbre parfait ; sur le pivot ou l’axe radical se
trouvent échelonnée», à partir du collet, de» racines latérale» qui
sont destinées k explorer horizontalement toutes les couches du terrain
qu’atteiut actuellement le pivot.
Dans l’afbre fait, ces deux divisions dn système radical ont suivi
chacune leur direction primordiale : le sol est traversé verticalement
par le pivot, et les racines latérales se sont déployées d’étage en
étage dans tonte» ses couche». Les plus puissantes de ees racines sont
toujours les plus superficielles, parce que, d’une part, ce sont les
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AHHALBS
132
premières formées, ei que, d’une autre, elles ont à parcourir les couches
les plus fertiles.
Cette division latérale de l’appareil est infiniment plus importante
que l’autre pour la nutrition du sujet : une preuve de ce fait, c’est
qu’il y a des arbres , l’épicéa , par exemple» qui sont dépourvus de
pivot, et si l’on suppose, d’un autre côté» des arbres de futaie à
l’espacement respectif de six mètres en tout sens, et ayant sous eux
un sol d’un mètre de profondeur à percer verticalement, quelle
ressource alimentaire peut offrir à l’arbre l’épaisseur de cette couche
parcourue de haut en bas, comparée à la multitude de mètres cubes
qu’ont à traverser, dans leurs couches les plus artificielles et les plus
fertiles, les racines latérales dans une circonférence de six mètres
de rayon ?
De même que, dans une futaie pleine, les tètes des arbres s’ent re-
croisent par leurs branches, de même aussi leurs racines superficielles
viennent s’entre-croiser dans la circonférence respective du terrain
qu’occupe chacun d’eux , et jettent sur leur trajet des radicules
beaucoup plus multipliées dans la couche immédiatement superficielle
du sol, parce qu’elle est la plus féconde.
Je ne vois pas, je l’avoue, dans l’ensemble de cet arrangement
naturel , dont la connaissance est familière au plus simple des bâ-
cherons , où trouver place pour la jachère forestière.
Pour cette explication , j’ai choisi le chêne, qui, pénétrant plus avant
dans le sol par la supériorité de son pivot, me paraissait le mieux
servir cette théorie de la jachère ; et c’est cette espèce qui paraft
généralement péricliter le plus aujourd’hui, c’est celle à l’égard de
laquelle on a surtout agité la question de l’alternance. Les faits suivants,
que va me fournir la forêt d’Epinal, viennent encore à l’appui de mon
opinion.
§ 9. Cette forêt, de la contenance de 2,671 hectares, occupe un
sol qui, varié dans sa configuration, sa composition et sa profondeur ,
présente par là des traits de comparaison entre les résultats de la
végétabilité selon les lieux. Il est généralement montueux , mais ren-
ferme néanmoins des parties considérables qui sont plates. Le noyau
des collines est tantôt formé de grès rouge, tantôt de grès bigarré, qui
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de la socrtri b'émulatioe .
133
ont donné tmmtmt, le prem i er , k des terrains süietux très-légers,
le second, à des terrains argile-sfiiceux ; il y a des coltines qui sont
recon rei l cs d*aUurrions diluviennes, ordinairement fort chargées de
grosse grère silicense ; enin, en plaine, se troorent des terrains roisins
dn calcaire et fortement argileux.
Les espèces d'arbres qui prédominent dans cette forêt sont le chêne
et le hêtre. Dans certaines parties, le hêtre existe actuellement presque
ans mélange» mais le plus communément il est mélangé au chêne,
et en général en le Voit de préférence dans les bas fonds frais et
sur les fanants à l'exposition dn nord et du nord-est.
Le chêne sas mélange de hêtre occupe de bien plus grandes parues
deeetteforéCLes antres essences se composent de charmes, de bouleaux
et de trembles, qui croissent parmi les premières essences, tantôt
seule s , tantôt réunies. Enfin, dans quelques cantons, on voit des
p in er a iet de différents âges.
Il a'eet personne qui , après an examen de cette forêt, autrefois si
riche en chênes , ne reconnaisse que cette espèce ne tend généralement
à en disparaître que dans les cantons où elle est mêlée au hêtre (celui-
ci l’enfahit même dans des situations qui lui conviennent moins qu’au
chêne) ; que , dans les cantons où le chêne est seul , il languit et se
dépeuple d'autant plus visiblement que le sol est moins>riche.
Ce sont les parties les moins fertiles, dont le sol est siliceux, qui
ont été déboisées les premières et qui portent aujourd'hui de fort belles
Les premiers essais d'introduction du pin sylvestre ont été tentés il
y a vingt-cinq ans environ, dans le canton de la Vierge , sur un coteau
presque entièrement déboisé de chênes, dont le sol léger est en général
pon profond. Avant de songer k faire suoeéder le pin sylvestre au
chêne, on a tenté de reproduire celui-ci par des moyens artificiels ;
car, d'âne part, les chênes baliveaux étaient trop nues, et d’une antre,
le terrain trop envahi de bruyères et d'herbes pour la réussite de
•émis naturels. On y a d'abord planté des glands k la houe, après
avoir extirpé dn sol les plantes parasites ; ces glands ont levé parfai-
tem en t, puis leurs jeunes tiges sont devenues languissantes et ont
péri après quelques années. On a eu recours k la plantation du chêne,
mais sans plus de succès.
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134
▲RlfALES
Je dois faire remarquer ici que ces parties du canton de la Vierge,
dépeuplées de chéoe et aujourd’hui converties en pineraie , sont
orientées au sud et au sud-ouest, et que, sur les revers opposés,
l’essence du chêne existe encore, quoique malvenante.
En admettant que , pendant la série des exploitations , on n’ait pas
plus serré les réserves dans les revers aux orientations brûlantes du
sud et du sud-ouest que dans les revers aux orientations plus tem-
pérées et plus fraîches du nord et du nord-est, on a en partie la raison
du dépeuplement qui s’est produit aux expositions méridionales. Mais
pourquoi n’a-t-on pu parvenir artificiellement h les repeupler de chênes?
On s’abuserait en rapportant ce mauvais résultat à une exposition
défavorable; car on a encore essayé de repeupler de chênes, par voie
de semis exécutés h la houe, des clairières situées en lisière, à l’expo-
sition du nord-est (canton de Sainte-Barbe) ; ces semis ont très-bien
levé, puis ont tourné h rien* quoique le sol fût profond. Il faut ajouter
d’ailleurs que , sur les revers du canton de la Vierge exposés à l’est
et au nord, où le chêne se montre encore, les baliveaux, quoique
donnant des semences, donnent peu ou point de semis , et qu’il s’y
montre débile.
Dans un autre sol configuré en plateau (canton du Grand-Plain) ,
lequel était autrefois bien peuplé de chênes et se trouve à peu
près ruiné maintenant, des gardes forestiers ont exécuté il y a
quelques années un semis de glands, avec beaucoup de soins, sur
la lisière de la forêt ; ce semis, qui a levé très-épais d’abord, est
aujourd’hui fort éclairci, sans vigueur, rabougri, et présente tous les
signes d’une fin prochaine.
J’ai indiqué précédemment, h l’appui des adversaires de l’alternance,
les obstacles qui s’opposaient à la reproduction naturelle du chêne
dans des forêts de cette espèce arrivées à un certain degré de
déboisement. On pouvait expliquer pourquoi le gland des baliveaux
restants, tombé autour d'eux , soit sur un terrain nu et durci , soit
le plus ordinairement envahi par la bruyère ou de grandes herbes,
ne pouvait prospérer, et pourquoi ces baliveaux , trop distants les
uns des autres, devaient succomber prématurément sous cette même
influence des plantes parasites. Mais comment expliquer la non-réussite
de ces plantations de glands , serrées convenablement , exécutées à la
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DE LA SOCIÉTÉ D* ÉMULATION.
135
houe, après l'extirpation des mauvaises plantes, si ce n'est à une
certaine impropriété actuelle du sol à reproduire la même espèce ?
Depuis la création et le plein succès de la première pineraie dans
la forêt d'Epinal, ce mode de repeuplement a été mis en usage, non-
s e ulem e n t dans des parties fort considérables de cette forêt, mais
dans un très grand nombre de forte des Vosges dépeuplées de chêne,
envahies par la bruyère, et c'est assurément la plus remarquable, la
plus importante de toutes les améliorations forestières qui aient été
exécutées depuis un quart de siècle, que ce fait d'alternance auquel
on a été forcé.
D est certain que la majorité de ces terrains forestiers , formés
de la décomposition du grès rouge et occupés maintenant avec tant
d'avantages par de jeunes pineraies, peuvent être mis, la plupart ,
en dernière classe pour la production du chêne ; mais on ne saurait
s’appuyer de cette circonstance, car, que ces sols soient relativement
médiocres ou pauvres pour l’espèce du chêne, encore faudrait-il, pour
pouvoir inftrmer la loi d’alternance, que cette espèce pût se perpétuer
dans ces sols et y arriver toujours à la taille que comporte leur
fertilité relative. Or, si l’on considère d’abord que , dans ces cas de
déboisement commencé de forêts de chêne, quelle qu’en soit la cause,
ce mal empire si l’on compte sur une reproduction naturelle ; que
les tentatives de reproduction artificielle échouent, quoique faites
selon les meilleurs procédés de l'art , tandis que, au contraire, une
espèce fort différente réussit à merveille dans des conditions qui de
toutes manières se montrent si impropres à l’autre, il faut convenir
qu’en dehors des causes humaines qui ont pu amener le déboisement
de beaucoup de forêts de chêne, la loi d’alternance se fait sentir ,
sans qu'on puisse dire quelle part d’influence elle exerce dans ces
faits de déboisement.
Je ne puis m’empêcher de faire encore remarquer ici combien il
fout accepter avec réserve les explications que fournit la science sur
beaucoup de faits naturels. En admettant la théorie de M. Liebig, rien
ne serait plus facile à comprendre que cette heureuse succession du
pin sylvestre au chêne.
En effet, l’analyse chimique lui démontrant que le chêne donne
plus de cendres que le pin, que les cendres du premier contiennent
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AJVUALE6
une bien plus grande quantité de sel à base de potasse que celles
du second, comme il part de là pour expliquer la belle végétation
du pin dans les landes sablonneuses et pauvres en potasse, où la
culture du chêne ne saurait prospérer , on pourrait dire , dans les
cas d’alternance du pin au ehéne, que la réussite du premier après
la ruine de l’autre tient à ce qu’alors le sol n’est plus assez pourvu
de potasse pour que le chêne y puisse prospérer, tandis qu’il en
renferme assez pour que le pin y réussisse pleinement. Mais comme,
d’après le même chimiste, le cendres du hêtre sont de beaucoup
plus riches en sels à base de potasse que celles du chêne, et qu’il
existe, comme on va le voir, des faits d’alternance réelle du hêtre
au chêne, l’explication de l’alternance du pin au chêne ne saurait
convenir, toute séduisante qu’elle puisse paraître.
§10. On rencontre dans la même forêt d’Epinal de nombreux
exemples d’envahissement du chêne par le hêtre, particulièrement
dans les cantons aménagés en futaie. Une partie de celui dit de
Margotte, lequel était autrefois presque absolument occupé par la
première de ces deux espèces, est aujourd’hui converti en un ad-
mirable gaulis de hêtre pur, de l’àge de 30 à 40 ans, malgré le
soin qu'on avait apporté à conserver abondamment pour la réserve,
de révolution en révolution, du baliveaux de chêne. Les souches de
cette espèce qui se voient encore depuis la dernière coupe d’extraction,
sont , dans leur périphérie , toutes garnies de jeunes hêtres extrê-
mement vigoureux, et ce n’est que par exceptions, très-rares encore,
qu’on trouve, dans ce nouveau massif, quelques brins de chênes assez
malvenants. En faisant la part, dans l’examen de ce fait, des causes
physiologiques qui rendent le hêtre si intolérant pour le chêne, et
de la prédominance habituelle de cette espèce dans les réserves* il
reste un signe fort saisissant qu’on ne peut s’empêcher de rapporter
en grande partie à l’état vierge du terrain pour le hêtre : c’est son
admirable végétation , dont on ne trouve pas d’exemple parmi les jeunes
recrues dans des forêts de hêtres anciennes, quoique placées, quant
à l’exposition et au sol, dans des conditions plus favorables*
La valeur de ce signe paraît avec plus d’évidence dans les faits
suivants :
Hans le canton dit le Grand-Plain, dont j’ai déjà parlé, primitivement
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DE LA société d'émulation.
137
peuplé de chênes, aménagé en taillis sous fataie, et qui est aujourd’hui
parsemé de clairières qui s’y étendent et s’y multiplient d’année en
année, on rencontre çà et là de jeunes hêtres , dont la semence a
pu être apportée du canton voisin , dans lequel cette espèce a déjà
envahi le chêne, soit par le mulot, ou des oiseaux, ou des récolteurs
de faines : or, ces hêtres d’essai , dus au hasard , déploient la plus
grande vigueur dans ces parties où le chêne décline si fort en
croissance cl reprod uct io n , de sorte que si, à la longue, le hêtre venait
à s'emparer du canton, ce résultat ne saurait être attribué à sa
prepro action envahissante, puisque le chêne, se dépeuplant loi-même,
lui cède le terrain.
Dons le canton de Voiriot , qui sait le précédent , on avait inuti-
lement essayé de rep e upl e r de chênes, par semis et par plantation, des
clairières situées en lisière à l'exposition du sud et garnies de bruyères
oA se rencontrent çà et là quelques vieux chênes dépérissants. H y a
quatorse ans environ qu’un garde s'avisa de planter ensemble, dans
l’une de ces clairières, des brins de hêtre et de chêne, et quoique
cet emplacement fût bien moins favorable aux premiers qu’aux seconds,
tant par la sécheresse naturelle du sol que par son exposition mé-
ridionale, on y voit aujourd’hui un vigoureux bouquet de hêtres, dans
lequel il reoie encore quelques ehénaux étiolés , en sous bois, comme
pour témoigner de la disparition de moitié du mélange.
Je ne sais ce qu’on pourrait objecter contre ces observations qu’il
me serait fecüe de multiplier ; mais je vois dans cette végétation mi-
sérable d’une espèce, dans sa caducité graduelle, dans l'impuissance
oA l’on se trouve à la reproduire dans les lieux d’où elle a disparu,
et, au contraire, dans la brillante réussite d’une espèce différente pour
la remplacer, ces effets opposés desquels la pratique agricole et horticole
a déduit une loi végétale ; et alors même que cette loi serait ima-
ginaire, comme il importe d’agir pour le repeuplement de ces cantons
forestiers, il est certain pour moi qu’on n’y parviendra pas en employant
le chêne, taudis que le succès du hêtre ou d’une espèce résineuse
assortie aux circonstances locales est hors de donte (1)
(I)Osni admit en règle qae le ternit naturel da hêtre avait besoin d'an
eoavert mfBtaat durant ane série d’années pour ne pat succomber, toit aax
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AIIVALES
§ 11. Le chêne est encore de belle venue, et se renouvelle faci-
lement dans quelques parties de la même forêt : ce sont les plus
fertiles, et il y est mêlé à des bois blancs. Doit-on rapporter uniquement
ce résultat si différent des précédents, quoique le peuplement de la
forêt soit contemporain et qu’elle ait été soumise au même mode
d’administration, a la supériorité comparative du sol, ou l’eipliquer
par l’alliance du chêne avec les bois blancs? Ces espèces, le bouleau,
le tremble , le saule Marsault (on peut ajouter le charme, quoiqu’il
ait un bois dur), forment avec le chêne un groupe naturel. Les trois
premières, sous l’influence des vents, répandent leurs semences si fines,
si légères, loin d’elles et dans toutes les directions ; le charme par
ce mode de semis a beaucoup moins de puissance ; quant au chêne,
sa dissémination ne dépasse guère les limites de la circonférence
qu’embrasse sa tête. Aussi, dans cet état ancien où les champs ne
bordaient pas de toutes parts les forêts, il ne pouvait être, à cause de
ses lourdes semences, que lentement envahissant, et aujourd’hui que
cette ceinture agricole existe, il ne saurait alterner que de proche en
proche, et réciproquement, avec les essences auxquelles il est le plus
naturellement associé. Comme il les domine par sa longévité et sa gran-
deur comparative , elles lui échappent par leur mode de dissémination
si puissant. Voilà, je crois, comment le chêne peut encore alterner
naturellement , se soutenir toujours dans un même canton , quoique
l’alternance artificielle soit plus régulière et plus efficace , et comment
je juge de son alliance avec les bois blancs dans le résultaten question.
Mais le bois du chêne étant d’une utilité supérieure et plus générale
que celui des bois blancs , on a voulu dès longtemps réglementer les
forêts à son profit, en lui sacrifiant ceux-ci. Il, est arrivé, de ce système
trop exclusif, dont les plus mauvais effets se montrent particulièrement
ardeurs du soleil, soit surtout à l'action des gelées printanières; de sorte qu’il
ne faudrait pas compter sur le succès du repiquement de très-jeunes hélres
qu’on ne placerait pas dans cette condition, c’est-à-dire sous un ombrage
convenable ; mais je suis fondé à croire, par expérience, qu’à l’exception des
vallées qui du jour à la nuit subissent d’extrêmes variations de température,
on réussira à repiquer à découvert des brins de hêtre de l’âge même de deux
à trois ans, et que les faits d’après lesquels on a établi la règle ont été exagérés.
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DS LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION.
139
dans l'aménagement eo taillis soee-fataie , appliqué aux forêts en sol
médiocre et mélangées de chêne et de bois blancs , qu’à force de (aire
la guerre à eaa deniers y de les abandonner dans le balivage, en comp-
tant stries recrées de leurs souches , celles-ci se sont épuisées , ont
formé des vides , de sorte que , malgré la fécondité de ces espèces et
leur mode de dühskm séminale, aies tendent à disparaître , les chênes
s'en vent à leur tour, et le sol se peuple de bruyères et d’herbes : tel
est du moins l’état de beaucoup de parties de la forêt d’Epinal , et si ,
dans quelques autres parties de la même forêt , le chêne se mêle aux
bois blancs et socousorve bien à tous égards , ce n’est pas que ceux-ci
aient été épargnés, puisqu’on a suivi pour eux le même système , mais
les beux leur conviennent si fort qu’on n’est pas encore parvenu
jusqu’ici à les en expulser (i).
Dans le mélange asaes commun du chêne avec le hêtre , mélange qui
lui est moins favorable qu’avec les bois blancs , puisque le hêtre, qui
n’est que son égal en taille , qui a le même mode de dissémination , le
domine quant à l’occupation du terrain , c’est aussi par cette préférence
outrée pour le chêne, en l’épargnant trop lors du balivage, que d’or-
dinaire on seconde la supériorité naturelle de son adversaire pour
Il n’est donc pas étonnant , d’après ce qui précède , que ce soit sur-
tout à l’occasion du chêne qu’ait été agitée la question de l’alternance
en matière forestière.
il n’est pas étonnant que cette espèce , à laquelle est naturellement
départie une xone si étendue, et qu’on a voulu conserver partout où
elle s’est rencontrée, c’est-à-dire dans des sols d’une fertilité très-va-
riable , et en irisant tourner contre elle un privilège d’aménagement
tout particulier et si assuré en apparence, fournisse aujourd’hui,
surtout dans les sols peu fertiles , tant de faits de défaillance ou de
dépeuplement.
(4) Un mélange de bois blancs et de bois dors donne plus en prodnit, à
surfaces égales, qu’une composition simple de l’une ou de l’autre de ces sortes.
Le méteil fournit plus aussi que leàlé et le seigle cultivés séparément. Ces ré-
sultats semblables ont-ils une même cause , et quelle est-elle ?
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AH1VALE8
U n'est pat étonnant que, dans les régions montagneuses, l’épicéa
paisse l'envahir , et qu’il n'en soit jamais envahi.
Il n’est pas étonnant qu’on ne signale point d'envahissement dn
hêtre par le chêne , et que oeux du hêtre sur le chêne soient si
communs.
Enfin, il n’est p*s étonnant qu’il ne paisse fournir d’exemples
d’envahissements réciproques ou d’alternance qu’avec les bois blancs,
partout où Us se trouvent encore en certaine proportion avec lui.
Ce n’est donc pas en vain qu’à l’état de nature les plantes vivent en
groupes d’espèces variées, et non en groupes d’individus d’une même
espèce, et le mauvais résultat de la culture isolément continuée d’une
espèce dénonce la nécessité de l’alternance comme une des raisons
de cet arrangement primordial.
Assurément, au milieu des causes diverses qui peuvent participer à
ce pernicieux effet , en avancer l’arrivée, en augmenter la gravité, en
ne saurait préciser sa propre mesure , surtout à l’égard des végétaux
séculaires ; mais toujours est-il que ceux-ci n’en sont pas plus affran-
chis que les plantes de culture annuelle.
Les arbres rabougris, en buisson, que le hasard a semés sur le ciment
aride des vieilles ruines, y vivent longtemps , et, selon tonte apparence,
presque absolument aux dépens de l'atmosphère ; la cause de leur ohé-
thrifté est saisissante. Sous un autre rapport , je pourrais montrer dans
le même sol des épicéas de 23 ans ayant , les uns nne taitte de 50 cen-
timètres , et les antres de 1 0 mèfres ; mais les premiers , sons un
couvert épais , n’ont pas asses de lumière et attendent, les autres sont
à découvert.
n est possible que les arbres, résistant à la mort dans de si extrêmes
conditions, se défendent aussi très-longtemps, lorsqu’une espèce , par
sa reproduction continuée dans le même sol , l’a rendu impropre pour
soi ; mais, en supposant qu’il regagnerait à la longue , pour elle encore
présente , l’aptitude initiale qu’elle lui a fait perdre , ce qui est con-
tradictoire , ce mode de culture ne saurait être admissible , puisqu’on
dépenserait beaucoup plus de temps pour la production que dans les
conditions normales.
C’est sous les inspirations de la chimie agricole que s’est particulière-
ment produite la réaction nouvelle contre le principe capital de 4a
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DK LA société d'émulation
141
Marie des assolements. Quand cette science aura fourni un procédé
feo wo mf fu s arec lequel on pourrait perpétuellement obtenir du même
aol pleine récolte de garance ou de luzerne , il sera facile d'en trouver
un pour les forêts ; Jusque-là il est plus sage d'alterner ; et dans ces
problèmes à tant de faces que présente la production des plantes,
rien ne presse encore d’accorder à V agriculture du creuset l’autorité
qu'elle veut prendre sur l'autre.
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AN H A LES
St&ttQlRB
SDK
MTR13X3
APPORTÉES
DAMS li'EWPLei BEI BOIS P0VJB LA MMOIEBIE ,
PAR M. L.-A. BOILEAU, architecte,
MEMBRE ASSOCIÉ LIBRE.
L’industrie de notre époque devait s’emparer avec empressement
des découvertes de la science brillante de l’époque qui l’a précédée ,
pour les mettre à profit dans ses entreprises. Les arts mécaniques
devaient se ressentir tous de cet apogée scientifique qui a vu l’al-
chimie décevante faire place à la chimie positive sous l’impulsion
de l’infortumé Lavoisier; la physique, sa sœur, constituée comme
elle sur de nouvelles bases ; les pratiques routinières de l'art du
trait abandonnées pour les théories universelles de la géométrie
descriptive à la voix du patriote Monge ; l’astrologie des mages et
des califes définitivement détrônée par l’astronomie de nos savants ;
la géologie renouvelée et corroborée par la recherche si féconde
des fossiles de Cuvier, concorder admirablement avec les révélations
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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION .
143
de la genèse, et tant d'autres progrès dans la même direction. Et,
en effet, les conceptions industrielles, considérées dans leur en-
semble , ont pris de nos jours un rapide essor. Néanmoins, en
examinant en détail les produits de l'industrie , on reconnaît bientôt
qu'il n'y a, jusqu'à présent, que les découvertes et les procédés
susceptibles d’offrir des chances de gros bénéfices à la spéculation ,
qui aient été appliqués ; tandis que les données de la science qui
n'offrent que des moyens d'améliorer ou de perfectionner les produits
des arts , c'est-à-dire , qui se bornent au progrès indépendamment
du profit, sont encore négligés.
Ayant été à même d'exercer l'art de la menuiserie, et par con-
séquent de l'étudier, taut sous le rapport théorique que sous le
rapport pratique, ces réflexions me frappèrent; il me sembla que
l'on pouvait faire mieux que ce que l'on faisait , sous plusieurs
rapports; et en faisant des recherches dans ce sens, je reconnus
que les principales questions, restées jusque là au dessous des
connaissances acquises dans les sciences et l’industrie, étaient les
suivantes :
1° Le choix du sens le plus favorable selon lequel les bois doivent
être débités et employés , eu égard à leur destination et à la fonction
qu'ils ont à remplir ;
2° Les moyens de neutraliser où d'éluder la variabilité theimomé-
trique et hygrométrique du bois ;
3° La dessiccation artificielle des bois de toute grosseur ;
4° L’enduit le plus favorable pour les décorations monumentales ;
tant sous le rapport de l’embellissement que sous celui de la conser-
vation ;
b° L’amélioration de l'exécution des courbes et des cintres.
Je vais indiquer les solutions qui m'ont été fournies pour chacune
de ces questions , par l’application des sciences et le résultât des ex-
périences, eo m’étendant plus particulièrement sur la dernière.
1° LE CHOIX DU SENS DU BOIS*
La spécialité de moo sujet m'oblige à commencer par quelques
considérations générales sur les bois , considérations que les coiinais-
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ANNALES
sances des personnes auxquelles je m’ÿresse rendraient au moins
superflues s'il s'agissait de pure botanique*
Les arbres de nos climats , de la famille des dicotylédones, croissent
chaque année en grosseur par l'addition d’une couche circulaire,
plus ou moins épaisse selon l'essence des bois , la nature des terrains
et leur exposition bonne ou mauvaise. Ces couches sont des sortes
de cônes superposés successivement au jet de la première année : la sève
destinée à leur formation passe, du centre du tronc de l'arbre,
dans les vaisseaux de communication qui , de ce centre , rayon-
nent vers la circonférence, et dont la fonction est de déposer,
entre la dernière couche et le liber de l'écorce, les sucs qui
doivent donner naissance à une nouvelle couche. Ce tissu de
communication forme , à la surface d’un tronc coupé selon une
section droite, des rayons plus ou moins visibles d’après l'essence
du bois. Le chêne et le châtaignier sont les bois de notre pays
où ils sont le plus marqués.
Ces lignes, nommées rayons médullaires dans la physiologie
végétale , sont appelées mailles dans les arts.
Le bois est soumis, quant à sa partie solide, aux influences
thermométriques , de même que les métaux et autres corps bruts ;
c'est-à-dire que ses molécules sont susceptibles de se dilater par
la chaleur et de se condenser par le froid.
11 est en outre soumis, par les cavités appelées pores où la
sève circule , aux influences hygrométriques , c’est-à-dire à au-
gmenter de volume par l'humidité en recevant de la vapeur d'eau
dans ces pores , et à diminuer de volume par la sécheresse en
perdant cette même vapeur d'eau.
La première action est peu sensible. 11 n’en est pas de même
de la seconde , qui est la plus grande difficulté que comporte la
matière ligneuse. Ces deux effets , la tbermométricité et l'hygromé-
tricité , peuvent avoir lieu dans le même sens : quand la chaleur
et l'humidité sont réunies, c'est alors le maximum de gonflement;
ou quand le froid et le sec se combinent ensemble , c'est alors le
maximum de contraction; ou bien ils peuvent se contre-balancer
jusqu'à un certain point par la combinaison inverse.
En outre, avant d'arriver à cet état normal qui suit la dessio-
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DB LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION • 145
cation complète , le bois pâme par no état temporaire tant qu’il est
vert, on, si l'on veut, tant qu’il contient de la sève.
La sève d'un bois fraîchement coupé contient divers composés
chimiques h l’état plus ou moins liquide ; les «ns sont des substan-
ces résineuses, gommeuses, et mucilagineuses; les autres des
liqueurs lymphatiques et phlegmatiques qui ont beaucoup de rapport
avec l'eau. De ces substances, les premières doivent, avec le temps
se fixer dans le bois, lui donner de la solidité, de l’élasticité, et,
en un mot, augmenter ses qualités; les secondes, au contraire,
susceptibles de fermeoter et de s’échauffer sous l'influence de k
chaleur et de P humidité, sont des causes de destruction qn*on ne
saurait trop tét expulser et détruire. Cette partie aqueuse de k sève,
en s’évaporant , vide les pores qui se resserrent et font diminuer
les pièces de volume, retrait qui , dans le sens où son action est
k plus sensible , va jusqu’au douzième de la dimension des pièoes;
c’est par k maille qui a servi à la distribution de k sève dam
l'arbre sur, pied , qu’elle s’évapore le plus acd venant quand il est
abattu.
Tant que le bois n’est pas complètement sec, il eu incapable
de reprendre à l’air de l’humidité et ne peut par conséquent que
diminuer de volume; arrivé à ce point, il est soumis aux .alternatives
dont j’ai parié, et ici encore , c’est le tissu de la maille qui joue
le plus grand rôle comme étant le plus hygrométrique, v
Les fils dont le tissu médullaire est composé , sont disposés en
travers du bois, et coupent à angle droit les fibres ligneuses
longitudinales ; on peut se convaincre ,. en examinant las gerces trans-
versales d’une pièce de bois qui a subi l'action de 1a carbonisation
ou l’altération de k pourriture sèche , que ces gerçures ne pro-
viennent que de k grande contraction du tissu méduMam. Aussi
le bois se sépare-t-il beaucoup plus facilement dans le sens de
k maille que dans tout autre. L’ouvrier des forêts appelé fendeur
sait tirer parti de celte facilité pour faire son merrain , ses lattes ,
ainsi que les éclisses propres ù la boistellerie et à k racUrie.
Verte , une planche dont la surface est sciée dans k direction
des mailles , se dessèche sans se contourner ni se fendre ; tandis
que k planche dont la surface est sciée perpendicukirement aux
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ANNALES
mailles, ou sur couche, se courbe, se déjette el se sépare dans
la maille en séchant, l'action des mailles agissant sur la plus grande
dimension.
Sèche , la planche sur maille a très-peu de variations hygromé-
triques et se conserve plane sans être maintenue, tandis que la
planche sur couche, sujette k se retirer et k se gonfler sans cesse,
se courbe sur la largeur, sous l'influencé d'une humidité ou d’une
chaleur plus grande d'un côté que de l’autre.
Abandonnée k elle-même , la planche sur maille ne se sépare
point sur la largeur sous l'influence d’un choc , k cause de la liaison
du tissu médullaire , tandis que la planche sur couche casse
d’autant plus facilement que les mailles en déterminent la sépa-
ration.
La propriété principale des couches annuelles, c’est d’être
séparées par une partie molle qui leur permet, jusqu’k un certain
point , de glisser les unes sur les autres. Le bois , dans ee sens ,
peut être considéré comme une réunion de lames superposées.
On peut déduire de ce qui précède les conséquences suivantes
pour le choix du sens du bois.
Un panneau ou une partie pleine d'une grande largeur, doit
être construite en planches snr mailles, si l’on veut éviter les
dislocations, il n’y a pour ainsi dire pas de force capable de
maintenir celle qui serait sur couche.
Une partie découpée k jour , en ornements délicats , doit être sur
maille, sous peine de ne pouvoir achever le travail sans éprouver
de nombreuses cassures, et d'exposer les pièces terminées k être
cassées très-facilement sous l’influence de la contraction ou l'action
d’un choc.
Une pièce de bois exposée k un effort tendant k la faire plier
sur la longueur, doit être posée de manière k opposer le champ
des couches k cet effort ; c'est ce qu'on appelle placer le bois sur
son raide : une pièce de sciage, placée horizontalement pour rece-
voir une charge , doit être tournée ainsi.
Un battant de bâtis d’assemblage ne doit pas être sur maille
dans le sens des mortaises , parce que l'effort du tenon ferait ou-
vrir le bois de chaque côté de la mortaise et éclater les épaule-
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DB LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION.
menti. L’iocoavénieot étant le mémo pour la cheville , la meiHeure
disposition do bois pour les assemblages chevillés est celle de la maille
oblique à peu près h 45 degrés.
tt est impossible de passer en revue tous les cas qui peuvent
se présenter pour chacune de ces dispositions. U me suffira de
dire qu’il e’y a pas une seule pièce de bois faisant partie d’un
ensemble , dont 1a fonction ne commande la préférence de l’un ou
de l’antre des deux sens du bois sur madle ou sur couche ; le
raisonnement , basé sur la connaissance des propriétés du bois, peut
seul guider celui , qui dirige un ouvrage.
Quoique la perfection du travail dépende de cette combinaison
qui n’entrafne aucun frais matériel, la plupart des menuisiers et
autres ouvriers en bois ne font aucune attention aux sens du bois.
Moins avancés en cela que l’appareilleur qui regarderait comme une
grande feule de placer une pierre en délit , et que le paveur qui
cherche le sens le plus favorable pour fendre son grès , matière bien
plus homogène que les végétaux , ils font à chaque instant les
contre-sens les plus déplorables, et emploient souvent, à cause de
cela, pour faire mal un ouvrage, beaucoup plus de bois qu’il n’en
faudrait pour le bien faire.
Le bois sur maille n’a guère été apprécié jusqu’à présent que
sous 4e rapport de la beauté. On sait que les planches sciées sur
maille, comme le merrain fendu dans la maille, présentent à la
surface des veines argentées d’un si bel effet qu’on les a souvent
désignées sous le nom de miroirs. Ce sont ces veines qui ont fek
rechercher le bois sur maille pour les ouvrages apparents , et ici
encore, H faut déplorer l’indifférence de nos concitoyens, qui
fente d’adopter ce mode de sciage, ont acheté nos propres boit
anxJioMaDdaio pendant plus d’un siècle. Cette nation, entièrement
dépourvue de bois et en possession de ce procédé de sciage regardé
comme on secret, tirait des Vosges, du Haut-Rhin et du Bas-Rhin,
les plos beaux arbres , qu’elle convertissait en sciage sur maille à
l'aide de ses scieries perfectionnées, pour nous les vendre ensuite,
eo bous faisant subir l’augmentation de prix causée par l’impor-
talioo.
Malgré les travaux de plusieurs savants , qui ont traité la matière à
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AJINALES
la suite du célèbre Buffon , l’ignorance a été jusqu’il faire croire aux
exécutants que le chêne maillé étaii une espèce particulière et rare ;
tandis qu’une simple observation du bois qu'ils travaillaient jour-
nellement , aurait suffi pour leur prouver que cette organisation
n’avait point d’exceptions dans le chêne. On rencontre encore beau-
coup d’artisans sur bois qui soutiennent cette erreur.
On fait depuis peu du sciage sur maille en France ; c’est dans la
forêt du Der, annexe de celle des Ardennes, et située dans le Nou-
vion-en-Thiérache , dans le département de l’Aisne , que s’est accom-
pli ce progrès ; dans la Haute-Marne et les Vosges, qui possèdent
des arbres propres h cette industrie, il ue paraît pas qu’on y songe
encore.
Cependant on ne saurait objecter que ce sciage donne Heu à un
déchet préjudiciable, car le sciage sur maille produit au moins
autant de bois que le sciage non raisonné , et il a sur ce
dernier l’avantage de donner beaucoup de valeur aux bois; outre
la méthode des Hollandais , bien connue , il y a une autre méthode
appelée méthode de Moreau , du nom du marchand de bois qui , le
premier, a essayé de la meure en pratique il y a une cinquantaine
d’années ; c’est cette méthode qui est en usage dans le Nouvion.
J’ai la ferme conviction que la propagation de cette méthode ,
encouragée par l’autorité, serait très-profitable au département,
surtout si l’on combinait le débit perfectionné des bois avec la des-
siccation artificielle dont je vais parler ci-après. Le sciage, ainsi
traité , acquerrait assez de valeur pour mériter les frais de transport
nécessaires pour être vendus avantageusement à Paris et dans d’autres
localités aussi distantes ; ce qui augmenterait considérablement les
débouchés, et par suite, la richesse du déparlement (1).
J’ai eu occasion d’appliquer la disposition raisonnée du bois à
plusieurs ouvrages dont il sera parlé plus loin; elle leur a donné
un cachet de perfection notable.
(1) Voir le chapitre premier de notre Traité complet de V évaluation de
la menuiserie , qui renferme quelques notions sur les bois et principalement
les planches, pour la méthode de débit que je riens de mentionner.
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t
DE tA SOCIETE DEMULATION. 149
2° LIS MOYENS DE NEUTRALISER OU D’ÉLUDER LA VARIABILITÉ
TBERMOMÉ TRIQUE ET HYGROMÉTRIQUE DU ROIS.
Pinni les matières variées que les arts mettent en œuvre, il n'en
est point qui comportent des difficultés aussi grandes que celles de
la variabilité énorme qui est le propre de la matière ligneuse.
La pierre ne laisse à l’appareilleur que le souci de la forme ; la
dilatation des métaux est peu sensible et n’a qu'un effet simple ;
mais la variabilité du bois , compliquée d’on effet double dont l’un
est très-sensible, exige de la part de celui qui veut employer cette
matière des connaissances étendues et des combinaisons multi-
pliées. Outre la forme qu’il doit donner au bois, il faut qu’il
lasse attention sous l’influence de quelle température il le travaille;
qu’il prévoie les alternatives auxquelles il sera exposé, étant em-
ployé , et les effets qui s'ensuivront ; il faut enfin , qu'agissant par
la force, il neutralise ces effets, ou qu'employant pour ainsi dire la
ruse , il en élude les conséquences ; car, avec l’emploi des grands
végétaux , la difficulté croit de toute la différence qui existe entre
les corps bruts et les corps organisés.
Bien que la division des surfaces de menuiserie en petits panneaux ,
qui est de toute ancienneté, démontre que la difficulté résultant de
la variabilité a été reconnue au principe de l’art, la plupart des
ouvriers , méconnaissant le but de cette mesure , se contentent de
dire, le bais joua, sans chercher à opposer aucune résistance à
oet effet , foute de songer que le principal mérite de l'art consiste
h vaincre les difficultés de la matière.
D’après ce qui a été dit plus haut sur les propriétés du bois, il
est évident que vouloir maintenir, d’une manière invariable, de
grands panneaux en planches sur couche ou en bois vert, serait
vouloir l’impossible ; tout ce qu’on peut faire en pareil cas , c’est
d'éluder la variabilité.
Pour cela , il fout disposer les panneaux de telle sorte qu’ils soient
à dilatation libre , c’est-à-dire qu'ils puissent se contracter et se di-
later sans être détériorés et sans que ces effets puissent nuire à
l'ensemble de l’ouvrage. Ce moyen est applicable aux panneaux qui
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150
ÀHHALBS
n’exigent pas des dimensions précises , comme les dessus de table ,
ni à ceux qui sont entourés d’un bâtis d’assemblage dont le recou-
vrement est capable de masquer les variations ; dans ces deux cas ,
les panneaux ne doivent être attachés d’une manière fixe , aux parties
adhérentes , que sur une seule ligne dans le sens du fil du bois ; les
autres attaches, lorsqu’elles sont nécessaires , doivent être disposées
de manière k permettre le jeu du bois. Quand on panneau destiné à
n’étre vu que d’un seul côté est barré par derrière, on laisse la
dilatation libre en fixant les barres avec des vis, dont le passage
à travers la barre est une petite mortaise dans le sens du travers
du bois, au lieu d’être un trou juste de la grosseur du collet
de la vis. Les barres entaillées dans le bois à coulisse , soit k
queue , soit k languette sur les côtés et d’une largeur égale sur
leur longueur, dispensent des attaches et remplissent parfaitement le
but du système k dilatation libre.
Un panneau d’une certaine dimension , même en bois sur maille,
ne saurait conserver sa surface plane , si l’on fixait les barres des-
tinées k le maintenir d’une manière invariable; en effet, dans cet
état, un seul côté du panneau est invariablement maintenu et l’autre
ne l’est pas ; il en résulte que , lorsque la surface libre se gonfle
soi» l’influence de l’humidité , elle bombe en faisant plier les barrés ;
de même, lorsqu’elle se resserre sous l’influence de ta sécheresse,
elle creuse. Si , au lieu d’être adhérente au panneau dans toute sa
longueur, la barre était attachée seulement de distance en distance ,
le panneau se fendrait entre les attache^ en se contractant ; la di-
latation libre peut seule obvier k ces inconvénients. C’est le seul
moyen déluder la variabilité , quand on se propose d’obtenir des sur-
faces qui restent planes et qui ne puissent se disjoindre ni se fendre;
mais , si k ces conditions on voulait -ajouter celle de l’invariabilité
des dimensions, il faudrait avoir recours aux moyens de neutra-
lisation.
Le principal, et je pourrais presque dire le seul moyen de neu-
traliser la variabilité du bois, consiste k opposer k ses variations
transversales sa qüasi-invariabilité longitudinale * en réunissant for-
tement des épaisseurs dé bois croisés ; les bois peuvent ainsi être
réunis par des chevilles , des clous et des vis ; mais l’union obtenue
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DE LA SOCIÉTÉ D* EMULATION. 151
i l'aide des cottages est , de toutes , la plus puissante , parce qu'elle
ne laisse aucun point des surfaces séparé. La réussite, dans ce
cas, dépend de la perfection des collages , et là encore , il y a une
difficulté à surmonter. Cette difficulté, qui est presque nulle, quand
il ne s’agit que de coller des bois faibles ou du placage , comme font
les ébénistes, est très-sensible quand il s’agit de réunir des masses
de bois d’une certaine force. Cela tient à ce que la colle qu’on ap-
plique sur le bois , étant chaude , détermine un mouvement de di-
latation qui n'est pas instantané , mais qui est d’autant plus à craindre
qu’il continue à avoir lieu plusieurs heures après le eollage ; la
pression qu'oo est obligé d'exercer, pour vaincre la résistance de la
colle et la faire pénétrer dans les pores du bois , en même temps
que pour mettre les surfaces dans un contact parfait, peut seule
maintenir ce mouvement ; aussi doit- elle être prolongée jusqu’à ce
que le bois, influencé par la colle dans sa partie hygrométrique , soit
revenu à son état normal. J’ai souvent reconnu que des collages,
fort bons au moment où ils avaient été faits , s’étaient disjoints par
l'effet de la colle sur le bois, faute d’une pression capable de main-
tenir les pièces pendant la durée de cet effet.
D est bon que les surfaces des pièces , réunies ensemble par des
collages, soient semblables par rapport au sens du bois, et autant
que possible d’un bois d’une densité égale, afin qu’elles ne subis-
sent pas une action différente , qui s’exercerait au détriment du col-
lage. Les collages invariables, c’est-à-dire dont l’adhérence est parfaite,
^joutent un prix infini aux ouvrages d'art , surtout ceux des angles
d’onglet , des corniches et moulures qui sont faits après l’achève-
ment des profils ; car alors , pour empêcher la partie aiguë de s’ouvrir
par l’effet de la colle , il est indispensable d’établir une pression sur
les angles avec des cales contre-profilées et taillées exactement selon
l’angle des moulures. Pour donner une idée du mérite de ces collages,
il me suffira de dire qu’un seul clou employé pour fixer, en ren-
dant le collage illusoire , peut souvent éviter plus d’une demi-journée
de travail.
Pour obtenir un panneau de dimensions invariables , en même
temps que capable de conserver sa surface plane , deux épaisseurs
de bois collées et croisées ne suffiraient pas ; cette disposition n’em-
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152
ANNALES
pécherait pas l'inconvénient dont j’ai parlé plus haut à l’occasion des
barres d’avoir lieu. On peut atteindre le but en collant ensemble
trois épaisseurs, dont le fil du bois de celle du milieu serait en travers
de celui des deui épaisseurs extérieures, qui doivent être égales,
afin d’établir l’équilibre nécessaire pour que la surface reste plane.
Pour réussir dans cette opération, il faut apporter le plus grand
soin dans le choix du bois , car la moindre inégalité dans sa con-
texture, ou une légère torsion dans les fibres, pourrait exposer le pan-
neau à gauchir sous l’influence d’une température donnée. On sent
en effet, que pour obtenir un panneau complètement invariable, on
a non-seulement à surmonter les difficultés que comporte le bois,
mais, ce qui est plus encore, à en neutraliser les propriétés ; c’est,
pour ainsi dire , la pierre philosophale de la menuiserie.
Après plusieurs essais sur la force de la colle et les différents
degrés de pression , je suis parvenu h faire faire des collages que la
sanction du temps a fait reconnaître capables de maintenir la varia-
bilité du bois par leur forte adhérence.
3 ° LA DESSICCATION ARTIFICIELLE DE8 BOIS.
S’il y a lieu aujourd’hui de rechercher des moyens de dessécher
artificiellement les bois , ce n’est pas qu’on puisse croire un instant
qu’une telle dessiccation soit préférable à la dessiccation naturelle à
l’air libre , mais seulement parce que les conditions sociales étant
changées, le temps n’est plus où la prévoyance d'une génération
préparait des bois pour la génération suivante , sans être obligée dè
considérer comme une perte réelle d’intéréts le temps pendant le-
quel ce bois attendait son emploi.
Par suite des nécessités actuelles du commerce et de la diminu-
tion des forêts , il est impossible aujourd’hui de se procurer du bois
à ouvrer de plus de trois ou quatre années de sécheresse , et ce-
pendant il est certaines pièces des ouvrages d’art qui , par leurs di-
mensions, exigeraient une dixaine d’années et plus pour arriver h
l’état de siccité nécessaire pour ces mêmes ouvrages. Ces motifs, joints
à la valeur croissante des capitaux , ont fait chercher des moyens de
dessiccation artificielle ; ceux qui ont été employés jusqu’à présent
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153
DE LA SOCIÉTÉ D’ ÉMULATION,
sont plutôt des moyens d’acccicrcr la dessiccation (|ue des moyens
de dessiccation proprement dits. Le séjour du bois dans l’eau cou-
rante et le mode de transport appelé /toilage sont au nombre de
ces moyens ; ce sont les plus lents et les moins efficaces. Pour at-
teindre plus vite et plus sûrement le but, on a essayé, dans ces
derniers temps , de faire pénétrer les bois de vapeur d’eau , en pla-
çant les bois dans une caisse qui reçoit cette vapeur d’eau, fournie
par l'ébullition de l’eau d’une chaudière voisine, à l'aide d’un conduit
de communication ; on a employé pendant quelque temps ce mode
de dessiccation pour les bois sur maille du Nouvion , mais on l'a
abandonné parce qu’il avait l'inconvénient de donner au bois uue
couleur grise et de lui ôter son éclat. Dans ces derniers temps, un
nommé Antoine a formé , à Paris , une entreprise de dessiccation ar-
tificielle ; on croit que son procédé consiste à faciliter le passage
de l’eau froide , qu’il fait traverser dans le bois placé debout , en
y ajoutant une certaine proportion d’acide sulfurique. On voit que
ces procédés , les seuls connus jusqu’à présent , se bornent à l'im-
méHion.
L’immersion du bois par l'eau froide , l’eau chaude , ou l’eau
acidulée , détériore le bois ; en effet , pour atteindre le but qu'on
se propose , il faut que le liquide destiné à accomplir l’immersion
traverse les pores du bois en chassant la sève ; or, nous avons vu
que la sève se composait de deux parties distinctes ; si , de ces deux
parties, celle qui ne peut être que nuisible au bois pouvait être chassée
seule, il y aurait avantage; mais, dans l'état où se trouve alors le
bois, les parties gommeuses et résineuses , destinées à sa solidification
future , sont aussi expulsées , ce qui cause une altération profonde
dans son organisation. Si l’on ajoute à cette altération celle que le
bois éprouve 'sous le rapport de son aspect , de sa couleur et de
son brillant , on aura des motifs suffisants pour rejeter ces moyens
de dessiccation ; il est reconnu que les bois ayant subi l'immersion
sont ternes , peu élastiques , moins sonores et beaucoup moins forts.
L’immersion n’exempte pas les bois du séchage à l’air libre ; l’eau ,
qui a remplacé la sève ne peut être évacuée qu’avec son aide; et
bien que cette eau s’évapore dans un temps infiniment moindre que
la sève ne pourrait le faire , il faut encore plusieurs mois aux pièces
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154
ANNALES
d’une dimension ordinaire pour arriver à un état de siccité complète ;
et je parle ici du bois qui a subi l'action de la vapeur d'eau , car le
flottage à froid accélère peu la dessiccation.
D'après la détérioration causée par l’immersion et la supériorité
reconnue du bois séché à l’air libre , il était évident que le meilleur
procédé de dessiccation serait celui dans lequel on n'emploierait que
l'action du calorique pour évacuer la sève, mais alors la grande
difficulté consistait à chauffer les pièces de bois pour les dessécher ,
sans les exposer à gercer, et l’on sait que, lorsqu'on chauffe une
pièce de bois vert, la surface extérieure, perdant son eau bien avant
le centre , se contracte , tandis que le centre conserve les mêmes
dimensions, ce qui détermine des gerçures. Après de nombreuses
expériences , j’ai trouvé le moyen d’empêcher le bois de gercer en
le desséchant k sec ; plusieurs pièces de St-Germain-l'Auxerrois à
Paris ont été desséchées par ce procédé , qui a la propriété de
durcir le bois.
Pour compenser l’inégalité de retrait qui résulte de la dessiccation
plus prompte à la surface qu’au centre , il fallait faire en sorte
que cette surface restât constamment imprégnée de l’humidité qui
s’échappe du centre; j’ai atteint ce but en faisant chauffer les bois,
enveloppés de sciure sèche, dans une boite en tôle dont le cou-
vercle est parsemé de petits trous destinés à favoriser une légère
évaporation. Par ce moyen, la sciure, en contact avec le bois, pompe
continuellement l’humidité de la sève qui vient à sa surface, la con-
serve assez pour que cette surface soit complètement à l'abri de la
chaleur çn même temps que de tout courant d’air, ce qui suffit
pour l’empêcher de gercer, tandis que la sève s’évapore lentement
par les trous placés dans le couvercle de la boîte. On conçoit qu'avec
ce procédé , qui ne fait que vaporiser la partie liquide de la sève ,
il ne peut y avoir aucune altération du bois ; aussi , loin d’être dé-
tériorés, les bois de tous les échantillons que j’ai desséchés de
cette manière sans qu’aucune gerçure se soit manifestée , ont-ils
acquis un degré de dureté très-prononcée, résultant de l’effet de la
cuisson interne des matières gommeuses et résineuses que contient
le bois , effet connu depuis longtemps des peuples sauvages , qui en
font l’application pour certaines armes grossières qu’ils fabriquent
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155
DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATIOU.
avec cette matière. Bien que je n’aie employé que de la sciure
de bois dans mes expériences , je pense qu’on pourrait aussi em-
ployer arec succès le sable, qui supporterait une chaleur plus intense.
Ce procédé , qui doit être pratiqué sur le lieu même de la coupe
et aussitôt après l’abattage des arbres, afin que les bois ne se ger-
eeot point à l'air libre , et que la sève soit plus facile b évacuer ,
serait très-avantageux pour les exploitants qui S’appliqueraient b du
bois de valeur comme celui scié sur maille. D’après mes expériences,
le prix de revient de la dessiccation serait environ de 20 centimes
par mètre courant de planehe.
4° l’enduit le plus favorable.
Le chêne est celui de tous les bois qui réunit b un plus haut degré
les conditions de beauté , de durée et de solidité désirables pour
P exécution des boiseries monumentales; aussi a-t-il toujours eu
la préférence pour cette destination : les boiseries délicatement
sculptées du moyen âge, auxquelles le temps a donné une si belle
cooleur , sont connues. Néanmoins , le chêne nouvellement travaillé
est d’une couleur fade et d'un ton crû. A l’époque où je me suis
occupé de la recherche d’un enduit convenable pour la menuiserie
en chêne apparent , on vernissait ces sortes de boiseries au vernis
gras. Cet enduit épais et visqueux ne peut être étendu sans laisser
paraître les traces des poils de brosse , qui détruisent le poli donné
au bois b force de travail. Son éclat brillant, que le mauvais goût
a lait regarder comme un avantage , est un défaut capital aux yeux
de toutes les personnes qui savent apprécier les effets de lumière sur
les formes en relief; enfin ce vernis, qui n’est pas assez liquide
pour pénétrer dans les pores du bois, a encore l’inconvénient de
■mûre b nu une résine opaque , quand l'effet du miroitage vient b être
détruit par un choc. L’huile de lin, la seule réellement siccative,
est un excellent enduit pour la conservation du bois dont elle
soumit les pores ; j'y ai ajouté le mérite d’une belle couleur, en
y frisant dissoudre du tritoxide de fer et une petite quantité
de bitume de Judée. L’huile de lin ainsi traitée nourrit le chêne,
lui donne , selon l'expression des peintres , un ton chaud de plus bel
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ANNALES
156
effet et qui fait valoir les formes. Par sa limpidité , qui lui permet de
pénétrer dans le bois, on obtient un effet mat , très-favorable au jeu
de la lumière et des ombres. Cet enduit, qui est en outre assez so-
lide pour être employé à l'extérieur, garantit le bois de l'influence
des changements brusques de la température et des attaques des
insectes. La manière avantageuse avec laquelle il fait valoir les
mailles du chêne et le ton agréable qu'il lui donne, ont porté les
peintres de Paris à l'imiter dans ces derniers temps dans les décors ;
aussi , ce nouveau genre de décorations a-t-il eu une vogue qui a
fait oublier celle des imitations de bois exotiques et qui dure
encore.
5° l'amélioration de l'exécution des courbes.
Jusqu'à présent, les courbes et les cintres qu’on exécute dans la
menuiserie pour archivoltes , escaliers , etc. , sont toujours construits
en bois chantourné et débillardé dans la masse. La multiplicité des
pièces composant un cintre , le grand nombre de joints qui en est
la conséquence, le (il du bois divergent en tous sens, ne sont
qu'une partie des inconvénients attachés à ce mode d’exécution ,
que tout le monde a pu reconnaître. On peut y ajouter encore un
déchet considérable de l>ois et le manque de solidité , raisons plus
que suffisantes pour (aire désirer l'adoption dans la menuiserie de
la courbure du bois à droit (U , en usage depuis plus d’un siècle
dans la charpenterie des vaisseaux et que la carrosserie a adoptée
depuis.
Duhamel du Monceau , qui , avec l'aide de son frère Duhamel de
Denain-Villers , a épuisé tout ce qui concerne les bois dans ses
volumineux traités publiés de 1760 à 1770, décrit les divers
procédés usités de son temps pour courber les bordages et autres
pièces des navires. (Voir son ouvrage intitulé Du transport, de la
conservation et de la force du bois, 1 vol. in-4°.)
11 a paru en l'an Xll (1804), sur la théorie des bois, ei» un
volume in- 4°, un excellent ouvrage qui ne devrait être que la pre-
mière partie d’un traité général de la charpenterie, dont l’achève-
ment n'a malheureusement pas eu Heu. Le savant et consciencieux
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DE Là SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 157
Ha— rnfrili , aulev de cet ouvrage , a consacré à la courbure des
bois, un chapitre qui résume toutes les connaissances acquises de
sou temps et auxquelles on n’a rien ajouté depuis. Je crois devoir
transcrire ici l'exposition qu’il fait , dans ce chapitre , des proprié-
tés physiques sur lesquelles la courbure des bois est fondée , afin de
pouvoir analyser ensuite les procédés de courbure qu'il y décrit.
Voici comment il s'exprime, page 198 :
« La courbure des bois abattus et morts , quoique plus difficile
(que celle des bois vivants , dont l'auteur a parlé), est cependant
plus en usage, parce que l'on peut choisir ceux qui sont le pins
propres aux objets auxquels on les destine , et leur donner de suite
la courbure qui leur convient. ^
« Le procédé que l'on emploie généralement est fondé sur la pro-
priété qu'a le calorique d'augmenter l'élasticité des bois en les
pénétrant , et de diminuer leur élasticité en se retirant.
« Mais la chaleur, appliquée sur une partie du bois tandis que
l'autre est en contact avec l'air , l'échauffe inégalement et augmente
l'élasticité par place; en courbant, des portions raidissent et d'autres
plient, ce qui détermine une inégalité de courbure et quelque-
fois des brisements, des éclats dans l'intérieur ou h la surface des
bois. Le seul moyen de remédier à cette inégalité , c'est de chauffer
le bois également dans toutes ses parties.
« Des fours, des étuves écbaufTés graduellement sont propres k
procurer un échauffemcnt égal et conséquemment à faciliter la
courbure des bois ; mais ici on doit craindre que , tout en échauf-
fant le bois, le calorique ne fasse dégager les lignes qui y sont
contenues» ne le charbonnise, et ne détruise totalement son élas-
ticité.
« Non-seulement l'élasticité du bois est en raison de sa tem-
pérature, mais encore en raison, de son humidité. À égale
température , les mêmes bois ont différentes élasticités dans le rapport
de l’ean qui les pénètre; de même, h égale humidité, les bois
sont d'autant plus élastiques qu'ils sont plus échauffés.»
HassenfraU décrit ensuite, à l'aide d'explications appuyées sur
des figures, les appareils nécessaires pour chacun des trois pro-
cédés employés alors comme aujourd'hui pour chauffer et hu-
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AW WALES
158
mecter les bois, savoir : l'eau bouillante , l'eau vaporisée , et le sable
humide échauffé. Puis il résume ainsi les inconvénients des deux
premiers procédas :
« Ce procédé (de l'eau bouillante) , un des premiers que l'on ait
employé , a le défaut de faire dissoudre par l’eau bouillante une
partie de la matière propre du bois; celui-ci en se séchant se
retire, il a moins de grosseur et de longueur, sa force et son
élasticité sont considérablement diminuées : les altérations que ce
procédé occasionne l'ont fait abandonner.
« Les étuves à vapeur exigent peu de soin , peu de dépense ;
mais elles ne peuvent être employées que pour des bois de peu
^d’épaisseur , parce que le bois ne peut acquérir de température plus
grande que celle de l'eau bouillante, et que cette température n'est
pas assez forte pour donner aux grosses pièces l’élasticité dont elles
ont besoin pour être courbées.»
Hassenfratz préfère avec raison, à ces deux premières étuves,
celles imitées des bains de sable, qu'on emploie depuis très-long-
temps dans un grand nombre d’opérations chimiques et dans
plusieurs manufactures , lesquelles procurent une température beau-
coup plus élevée.
« Le sable, dit-il , pouvant s’échauffer à une température plus
haute que l'eau bouillante , les bois que l'on place dans cette espèce
d’étuve peuvent y éprouver une très-haute température ; mais s'il
n'y avait dans l’étuve que le sable et le bois, celui-ci pourrait, en
s'échauffant , laisser dégager les substances gazéïûables qui le com-
posent et se charbonner.
« Pour empêcher la carbonisation , on place au milieu de l’étuve
une ou deux chaudières pleines d’eau. L’eau, vaporisée par leur
ébullition , pénètre le sable d’humidité ; cette humidité pénètre
aussi le bois ; et le calorique dont le bois est pénétré ne vaporise
que l’eau qui est successivement remplacée par celle qui se dégage ;
les matières propres du bois se trouvent conservées parce moyen. »
L’auteur de la Théorie des bois termine en indiquant les deux
méthodes en usage pour courber les bois chauffés et pénétrés d’hu-
midité : horizontalement pour les bois moins gros et dont la cour-
bure est moins considérable, et verticalement pour les bois forts et d’une
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DE LA SOCIÉTÉ U’ ÉMULATION. 159
courbure uniforme , comme ceux destinés à la construction des
vaisseaux.
Arec un enseignement aussi clair et aussi précis , je n'ai eu à faire
dans la menuiserie qu’une sorte d’importation de ce qui se pratique
dans d'autres arts pour améliorer l’exécution des courbes.
Le procédé que j'ai adopté est celui de l'eau raporisée ; c’est
aussi celui que M. Cireux emploie maintenant à Mirecourt, et au
moyen duquel les courbes du calvaire , ainsi que les courbes ram-
pantes de la chaire, pour l’église d’Aire , ont été obtenues.
Pour contourner les cintres de la menuiserie, qui sont toujours
plus faibles que ceux des raisseaux , il suffit de les foire appliquer
sur des calibres de la courbe voulue et de les y attacher avec des
presses jusqu’à l'entier refroidissement ; on applique une forte bande
de sangle sur la partie convexe de la courbe, afin d'empécher les
fibres tranchées d'éclater et pour soutenir le bois. J'ai substitué ces
sangles aux bandes de tôle qu’on employait auparavant ; entre plu-
sieurs avantages, elles ont celui d’éviter les taches noires que le fer,
en contact avec le chêne mouillé, produit toujours par la combinai-
son de l'oxide de fer avec le tanin qu’il contient, action chimique
qui est la base de toutes les teintures noires.
Le grand nombre de pièces que j'ai fait courber m’a fourni , dans
la pratique , les observations suivantes, qui s’accordent parfaitement
avec la théorie :
1° Le bois se courbe d’autant plus facilement qu'il est plus fraî-
chement abattu ;
2° Le bois nerveux, même dur, se courbe mieux que le bois
gras et tendre ;
3° Le bois jeune est moins cassant que le bois âgé ;
4* Le frêne est de tous les bois le plus facile h courber ; les autres
viennent après dans l'ordre suivant : orme , noyer , chêne , etc.
5° Relativement au sens du bois qui offre le plus de facilité pour
la courbure, la pratique détruit (pour cela comme pour beaucoup
d’autres abstractions de la physique et de la chimie) les présomptions
de la théorie ; d’après ce que j’ai dit de la propriété qu’ont les
lames du bois sur couche de glisser les unes sur les autres , il
semblerait qu’il devrait y avoir avantage à courber les couches sur
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160
ANNALE*
le plat ; l'expérience a démontré le contraire. J’ai reconnu que dan*
ce sens le bois se courbait inégalement et par jarrets, qu’il cassait
plus facilement, que la rupture d'une couche entraînait celle de
plusieurs autres, et que, de plus, les courbes conservaient moins
bien leur cintre. Les pièces de bois dont les courbes ont été cour-
bées sur champ , ont offert un peu plus de résistance , il est vrai ,
mais elles ont généralement beaucoup mieux réussi. J'attribue ce
résultat imprévu à la propriété que possède le tissu médullaire de
pouvoir s'étendre à la partie convexe de la courbe, et se refouler
à sa partie concave. En résumé, on fera bien de disposer, autant
que possible, le bois pour la courbure selon ce dernier sens.
C'est surtout dans les corniches courbes d'un grand profil , que
l'ayaniage du bois courbé est sensible , car alors on peut faire ces
corniches volantes comme les corniches droites, en courbant chaque
membre séparément et en les réunissant ensuite en saillie les unes
sur les autres. (Voir l'ouvrage déjà cité , planche i.)
Il n'est aucune sorte de courbe circulaire , elliptique , à cintre
alterné ou en S, rampante pour limon et main courante d’escalier,
etc., qui n’ait été courbée; les pièces les plus remarquables, obtenues
par ce procédé , sont les mains courantes d’escaliers courbées der-
nièrement à Mirecourt ; pour prendre la forme que doit avoir la
courbe rampante, le bois, qui a 8 centimètres d’épaisseur et 11
centimètres de largeur, a dû subir un effort de torsion outre celui
de la courbure.
On ne saurait opposer aucune objection sérieuse à l’adoption entière
de l'exécution des cintres par la courbure dans la menuiserie ; car,
pour peu qu'on ait plusieurs courbes semblables ou plusieurs courbes
concentriques à faire, les cintres ne reviennent pas beaucoup plus
cher par ce moyen que par celui du chantournement , tout en
comprenant la dépense du calibre , qui peut servir pour toutes les
courbes semblables, et même pour les courbss superposées, soit
en le doublant, soit en le diminuant de la différence de chaque
épaisseur de bois.
Si la courbure à droit fil laisse quelque chose à désirer, c’est sous
le rapport de l'altération que peut éprouver le bois par l’immersion
delà vapeur d'eau , comme je l'ai fait voir pour la dessiccation artificielle;
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DE Là SOCIÉTÉ D’ÉMULATION.
161
Mi» le nouveau procédé que j’ai annoncé el qui lève cette difficulté
pour la dessiccation , est aussi parfaitement applicable à la courbure.
Tels sont les principaux problèmes de l'art de travailler le bois
dont je considère la solution comme désormais acquise â la menui-
serie d’art; car on n'aura pas de peine à croire que» n’ayant pu me
résoudre à laisser stériles des connaissances acquises à force de
peines et ée dépenses , j'aie cherché les occasions de les appliquer le
plus promptement possible. L'art du moyen âge , qui comporte des
boiseries sculptées si élégantes et qui commençait alors â être mieux
apprécié /pouvait seul m’en fournir les moyens. Je dos donc tâcher
de reconnaître les secrets du sentiment créateur qui l'avait inspiré.
Cette nécessité, m’entmina à étudier cet art tout national dans son
ensemble , étude qui n’est autre que celle de l’art libéral propre-
ment dit ; cette branche de l’activité humaine comprend deux choses :
la pensée qui crée les œuvres, ou la composition , et le travail
manuel qui les réalise , ou l'exécution. Sous le premier rapport ,
l'art du moyen âge ne pouvait être surpassé à une époque où le
raisonnement domine le sentiment, et où les spéculations de la
science et de l'industrie laissent peu de place à l’imagination. Sous
le second, on pouvait l’enrichir de tous les progrès de l’industrie dus
à l’avancement de cette même science , infiniment grandie depuis l’é-
poque de Saint-Louis.
Voici quels sont les principaux ouvrages de menuiserie d’art qui
reçurent successivement l'application de plusieurs ou même de tous
les perfectionnements que j'ai passés en revue , ouvrages qui ont
actuellement subi l’épreuve du temps et que chacun peut examiner :
1° La chaire de Saint- Antoine de Compiègne : choix du sens
du bois , invariabilité , enduit ;
2° La chaire de l’hôpital de Beaune (Côte-d’Or) : idem , et courbure ;
3° Le buffet d'orgue de SainlrGermain-l’Auxerrois à Paris : idem
et dessiccation artificielle ;
4° Une partie de banc d’œuvre à Saint-Gervais , à Paris : idem
et bois courbés , première application en grand ;
6° Le jubé d'Aire , sur la Lys : tous les perfectionnements , 1 80
pièces de bois courbé , dont l’emploi a pu seul permettre la forme
neuve et légère de tout le monument ;
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162
ANNALES
6° Dans un autre genre , un cabinet médailler admis à l'exposition
de 1839: invariabilité et collages à toute épreuve;
7° Les objets exécutés dans l'atelier de Mirecourt , tels que la
chaire et le calvaire d'Aire , sur la Lys , etc. : tous les perfection-
nements.
Je désire vivement que la communication de ces divers procédés ,
d'une spécialité que j’ai cultivée naguère avec prédilection , puisse
être de quelque utilité pour la menuiserie française en général ; et
si le département où j'exerce uue profession en harmonie avec
mes goûts et mes études doit un jour en retirer particulièrement
des avantages, mes vœux seront accomplis, en même temps que
le but que se propose ma reconnaissance sera atteint.
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DE LA SOCIÉTÉ D'r.MlT.ATlON.
IG3
noms
SUR I.A
CULTURE D’UN NOUVEAU BLÉ PRINTANIER,
DIT BLÉ DE TAMGIT,
PAR M. BIENAYMÉ ,
MEMBRE TITULAIRE.
Parmi les hommes qui se sont adonnés sérieusement h l’agriculture,
b cette profession placée, à juste titre, au premier rang, les uns
se sont occupés de l’introduction des espèces les plus productives ,
les autres de l’emploi des instruments les plus commodes , ceux-ci
de l’usage des méthodes les plus avantageuses ; chacun enfin , dans
sa spécialité, a cherché, tout en améliorant sa position, à travailler
pour le bouheur de tous.
Car, bien différent en cela de l’industriel , le laboureur, s’il a
découvert un procédé utile , loin de le renfermer chez lui pour en
exercer le monopole , le met en pratique au grand jour et h la vue
de tous, et jamais il n’est plus heureux que lorsqu’il voit ses voisins
suivre ses exemples , et , tout en l’imitant , recueillir les mêmes
avantages que lui. C’est ainsi que peu à peu les vieilles routines
disparaissent , éloignées qu’elles sont par l’expérience et le raison-
nement.
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164
AHNALES
Depuis renfonce de l’agriculture jusqu’à nos jours, la culture
des céréales a constamment éveillé la sollicitude de tous les hommes
véritablement cultivateurs, et cette sollicitude s'explique naturelle-
ment par l’indispensable nécessité du produit qui en fait l’objet.
De toutes les céréales , celle qui occupe sans contredit la première
place, c’est le blé : Triticum Hibemum f Linné J , dont il existe
une grande quantité d'espèces et de variétés , formant une nombreuse
famille qui , tout îe monde le sait , se subdivise en deux genres
très-distincts : le premier, dont les espèces et les variétés se sè-
ment en automne , et le second , dont les espèces et variétés ne
sont confiées à la terre qu’au retour du printemps : c’est de l’une
de ces dernières que j'ai l’intention d’exposer les avantages recon-
nus par une culture continuée durant cinq années consécutives.
J’ai dû chercher quels avaient été les blés printaniers cultivés avec
le plus de succès , et je n’en ai pas trouvé de plus remarquable
que celui dont parle M. François de Neufchàteau dans son ouvrage
sur Y Art de multiplier les grains (édition de Paris, 1809, pages
404 et suivantes). Ce blé est décrit sous le nom de blé de Smyme ,
blé de l’Asie mineure. En voici les principaux caractères , que je
place en regard de ceux du blé qui fait le sujet de cette notice :
BLÉ DE SMYRNE.
Triticum œstivum compositum.
Chaume plein ,
s’élevant à près de deux mètres.
Épis à bouquets rameux ,
sans barbes ,
Fournit un pain jaune.
BLÉ DE TANGUT.
Triticum œstivum sinense.
Chaume fistuleux ,
n’atteignant guère plus d’un mètre.
Épis uniques ,
barbus.
Fournit un pain jaune et
très-savoureux.
Le blé de Smyrne a été cultivé par M. de Saivres de Saint-Remy,
à qui il a fourni un rendement de dix un quart pour un. D’après
un envoi du même blé , fait par M. Gérardin , d’Épinal , à la So-
ciété d’Émulation du département de l’Ain , il a été cultivé dans ce
département; le Moniteur du 25 fructidor an Xllt en fait mention.
On trouve encore des notions sur la culture du blé de Smyrne
dans un bulletin de la Société de l’Hérault, du 15 novembre 1807,
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165
DE LA SOCIÉTÉ d’ÉMÜLATION.
qui contient no mémoire de M. Vigaroux , lequel préleud avoir ob-
tenu dans un terrain de la contenance d’un hectare , ensemencé de
195 litres de blé de Smyrne, un rendement de 3,900 litres , mal-
gré, dit-il , la quantité perdue par une moisson faite dans un temps
trop sec. Loin de moi l’idée de suspecter la bonne foi de cet agri-
culteur, mais qu’il me soit permis de trouver ses chiffres un peu
extraordinaires.
Quoi qu'il en soit, si cette céréale offrait des produits tels que
ceux que je viens de relater, il serait à regretter que la culture en
ait été abandonnée ; on ne la retrouve plus ni dans le département
de l’Ain , ni dans celui des Vosges , â moins que l’on ne veuille re-
garder comme blé de Smyrne ce maigre blé , nommé blé de Pâques
dans notre banlieue, blé â petits épis qoadrangulaires , portés par une
tige haute â peine de 60 centimètres.
Le blé printanier que je cultive m'a été procuré par M. Cuny,
agriculteur, praticien distingué, résidant â Saint- Dié, et dont la
Société d'Émulation a tout récemment, dans sa dernière séance pu-
blique , récompensé les travaux agricoles.
Ce blé printanier, originaire des environs de Tangut, dans la
Tartarie chinoise, se distingue facilement du blé ordinaire cultivé
dans nos pays. Le grain est généralement plus petit et présente une
demi-transparence qui a beaucoup d'analogie avec celle du riz ; son
poids est, comparativement â celui de nos blés d’hiver, comme 750
est à 700. Par hectolitre, il donne 2 kilogrammes 500 grammes
de son en moins que les blés, d’hiver ; cette différence s’explique
facilement par l’épaisseur moindre de sa partie corticale. Un poids
égal de farine de blé de Tangut fournit autant de pain que la fa-
rine de blé d’hiver. Plusieurs opérations comparatives m’ont faU
acquérir la certitude que la fermentation panaire était aussi rapide
et aussi complète avec la farine de blé printanier qu’avec celle de
blé d’hiver.
Ces résultats, je les avais prévus avant d’avoir cherché à les ob-
tenir, puisque je m’étais assuré que la quantité de gluten était à infi-
niment peu de chose près la même dans l’une et l’autre farine.
U demeure compris que pour ces essais comparatifs , je n’ai pu
et dû choisir pour terme de comparaison que des blés récoltés à
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annales
îG6
Épinal , c’est-à-dire à peu près dans le même sol et dans les mêmes
conditions que le blé printanier qui m’occupe.
Le terrain que , chaque année , j’ai choisi pour être ensemencé de
blé de Tangut , a toujours reçu un labour avant l’hiver, et seule-
ment un second avec une fumure ordinaire au moment de la semaille.
Cette semaille, je 11 e l’ai jamais faite avaht que celle des avoines
fut entièrement terminée , c’est-à-dire du 1 5 au 20 avril , et la
récolte du blé printanier a toujours été faite avant que celle des
seigles fût même commencée. Cent dix à cent vingt jours suffisent ,
par conséquent , pour le développement et la maturité parfaite du
blé de Tangut.
La quantité de semence que j’emploie est de 100 à 105 litres
par hectare , soit moitié de celle employée pour les blés d’hiver. Le
rendement que j’ai obtenu chaque aunée , n’a pour ainsi dire éprouvé
aucune variation , puisqu’il a été constamment de douze à treize
pour un. Je dois à la vérité de dire que la récolte dernière n’a
pas été aussi abondante que celle des années précédentes.
L’exposition rapide et complète de ces résultats démontre, jè crois,
clairement les avantages que la culture du blé de Tangut peut offrir
à nos cultivateurs.
Si je fais l’application de ces avantages à la partie montagneuse
de notre département , ils seront facilement sentis par tous les cul-
tivateurs de ces contrées , dont la principale récolte de céréale d’été
est celle du tremzal, seigle printanier, qui ne peut certainement pas
entrer en parallèle avec le blé de Tangut. 11 est vrai que nos mon-
tagnards ont l’habitude de semer, dans leur seigle de printemps, des
carottes qu’ils sarclent après la moisson et qu’ils récoltent aux
premières gelées. J’avais prévu cette objection, et je erois l’avoir
résolue, en semant, pendant deux années de suite, avec mon blé
printanier, des carottes qui ont parfaitement réussi avec le même sar-
clage que celui pratiqué dans les montagnes.
Si je descends dans la plaine , il ne me sera pas difficile d’y re-
connaître les rudes atteintes que nos blés d’hiver ont à. souffrir et
de l’àpreté du climat et de la durée des hivers , et plus peut-être
encore des petites gelées et des dégels successifs des premières journées
du printemps. Il existe certainement peu de cultivateurs de la bau-
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DE LA SOCIÉTÉ D EMULATION. 167
lieue d’Épinal qui , dam leur pratique , n’aient été obligés quel-
quefois de renverser leurs blés d’hiver, dont la destruction avait été
amenée par les causes que je viens de signaler, et de les remplacer
par une scmaille quelconque de printemps.
Ce que je viens de dire pour les Vosges est assurément appli-
cable k beaucoup d’autres contrées en France : les mêmes causes en
mille autres endroits amenant les mêmes résultats.
11 me reste maintenant h résumer en peu de mots les avantages que
cinq années d’expériences m’ont fait reconnaître dans la culture du
blé de Tangut :
1° Une quaulité de semence moindre au moins de moitié ;
2° Peu de frais de culture : deux labours suffisent ;
3° Une récolte très-prompte , puisqu’elle peut avoir lieu dans 116
k 120 jours ;
4° Un paiu abondant et d’excellent goût ;
5° Enfin , un produit évidemment supérieur, pour la quantité ainsi
que pour la qualité, k ceux des cultures printanières en usage.
Toutes ces raisons me font désirer que de nouvelles expériences
viennent confirmer celles dont j'ai exposé le résultat , non point en
littérateur, mais en homme plus habitué à manier la charrue que la
plume.
Les comices agricoles qui existent dans notre département seraient
entièrement compétents dans la questiou dont il s’agit, et je la verrais
avec le plus grand plaisir portée devant eux.
Mais ce qui ne me serait pas moins agréable , qu’il me soit permis
de le dire en terminant celte notice , ce serait de voir la Société
d’Émulation des Vosges pouvoir elle- même , sans sortir de chez elle,
pratiquer ces expériences. Propriétaire de quelques hectares de ter-
rain , elle pourrait, k l’instar de plusieurs de ses sœurs des dépar-
tements , introduire dans les differentes branches de l’agriculture, des
améliorations plus ou moins avantageuses et tout à fait appropriées
au pays.
Si je me suis hasardé à aborder un pareil sujet, si je fais en-
tendre un pareil vœu , c’est que des observations et des études que
j’ai été h même de faire, dans les départements de l’Ain et de la
Côte-d’Or eu particulier, m’ont fait acquérir la certitude du bien
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168
AHNALRS
qui pouvait résulter pour un pays , d’essais fructueux faits par des
hommes éclairés , consciencieux et désireux , avant tout , d’amé-
liorer le sort de leurs concitoyens et d’augmenter la somme de leur
bien-être.
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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMÜLATIOH.
169
SUR LES
to&v&wx wismassimBsra
rai PARTIE DI U 10SILLI,
EXÉCUTÉS
p»r 9191. DUT AC frères . 4*Épln»l .
MEMBRES TITULAIRES.
(Rapport àe M. le Baron Laooocbttk , extrait des Mémoires de la Société
royale et centrale d'agriculture. — Akhéb 1846)*
Messieurs,
La Moselle, qui s'unit au Rhin après avoir, sur uue étendue de
100 lieues, arrosé des contrées riantes et fertiles, n’était encore,
au sortir de la principale cité des Vosges , qu'un torrent , et couvrait ,
dans ses débordements , de galets et de sable toute la largeur de la
vallée. On gémissait de ces dévastations ; mais nul n'osait , pour y
porter un terme , se livrer à une entreprise regardée généralement
comme téméraire , folle et ruineuse. Les frères Dutac , nés à Epinal ,
osèrent la concevoir , et, avec une rare et énergique persévérance,
ils réussirent à l'exécuter. Leurs travaux s’étendent de cette ville
ii la commune de Gripport (Meurthe) , sur une longueur de 36 kilo-
mètres et sur une superficie totale de 1,000 hectares.
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170
ANNALES
Les bords de la rivière étaient à pic ; ils les coupèrent en talus
et divisèrent son cours en cinq bassins, indiqués par la nature et
par l’aspect même du sol.
Ces bassins ont chacun une ou deux et jusqu’à trois prises d’eau
dans la Moselle. Ces prises d’eau se divisent elles-mêmes en canaux
principaux et en canaux secondaires, d’où partent une infinité de
rigoles qui versent l’eau dans toutes les parties du terrain conquis.
Plus de cent mille pieds d’arbres , d’une fort belle végétation , crois-
sent sur les épaulements des canaux principaux ; ils en maintiennent
la solidité parfaite , tout en arrêtant l’impétuosité des vents et en
améliorant d’une manière sensible les conditions climatériques de la
contrée.
L’établissement des canaux principaux a eu pour résultats immédiats
de resserrer le lit de la Moselle dans de justes limites , de défendre
la route royale, menacée sur plusieurs points, de permettre le libre
flottage des bois de construction , qui , jusque-là , avait rencontré
des obstacles sans nombre, et de contribuer, en alimentant les rigoles
multipliées autour d’eux, à la fertilisation des prairies créées par
MM. Dutac frères sur les grèves qui couvrent tout le sol environnant.
Dès la seconde année , la rivière , qui n’avait plus eu d’action des-
tructive sur ses bords , maintenant en pente douce , les chargea de
limon; l’herbe couvrait déjà les galets; dans la troisième année,
on obtint deux récoltes. Terminées aujourd’hui sur une superficie
de 744 hectares, ces prairies sont en plein rapport, se louent 400
francs l’hectare et produisent , année moyenne, 3,720,000 kilog. de
foin et 1,860,000 kilogrammes de regain. Elles sont bien certai-
nement la fortune du pays, en ce sens qu’elles assurent la bonne
nourriture des chevaux des garnisons dans les départements des
Vosges, de La Meurthe et même de la Moselle, ainsi que dea bes-
tiaux de la contrée riveraine ; et d’ailleurs la consommation de tant
de fourrages produit une quantité bien considérable d’engrais fé-
condants.
Les terrains qui recouvrent ces magnifiques prairies ont subi , par
suite de leur heureuse transformation, une condition si favorable ,
que la contribution qui les frappe s’est accrue dans une proportion
trente fois plus forte que celle de la classification primitive.
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DE LA SOCIÉTÉ D* ÉMULATION. 171
La quantité de terrains mis en prairies (744 hectares, comme il
a élé dit ci-dessus) peut représenter une valeur de 3,720,000 francs.
La dépense effectuée pour les travaux jusqu’à ce jour s’élève à
la somme de i, 150, 000 francs.
Sur ce nombre de 744 hectares, 104 environ doivent revenir à
quelques communes qui ont traité avec les entrepreneurs moyennant
partage ; le reste appartient , en toute propriété , à la société qui
a l'entreprise des travaux.
Cette société a été formée entre deux familles : les frères Dutac,
d*Epinal, et M. Naville, de Genève. Ce dernier fournit les fonds;
les frères Dutac sont chargés de faire toutes les transactions né-
cessaires pour le bien de l'œuvre; et ils ont en main la haute
direction des ouvrages d’art.
Ces travaux, commencés en 1828, et que peu d’années achè-
veront, excitent l'admiration générale ; ils sont, par leur combinaison
avantageuse, par leur exécution parfaite , un véritable titre de gloire,
également partagé par MM. Dutac frères, qui s'y consacrent en-
tièrement, comme l’a constaté M. le Préfet des Vosges.
Aussi , pour récompenser dignement cette fraternité touchante ,
c’est à tous deux ensemble que la Société royale et centrale d’a-
griculture se plaît à décerner sa grande médaille d’or.
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172
▲1HIÂLE&
#
RECHERCHES HISTORIQUES
SUR
&& <s<Datatvsrs dis srawMin&tîaiîLW*
PAR M. AUGUSTE DIGOT,
AVOCAT A NANCY , MEMBRE CORRESPONDANT.
Or, est-il que l’honneur des Boargoognons
m’ayant été dès ma jeunesse en singulière recom-
mandation, désir de sçavoir leur origine m’a tant
sollicité, que je n’avois plus grand plaisir des
livres que quand j’y trouvois quelque chose
servant k l’esdaircissement des affaires d’iceui.
Saint- Julien de Balleure.
Notre histoire nationale est aujourd’hui l’objet d’études nombreuses
et approfondies. Abandonnant les sentiers frayés par les historio-
graphes des XVII e et XVIII e siècles, on est allé demander aux chro-
niques , aux chartes , aux monuments contemporains , une certitude
qui manquait souvent aux élucubrations philosophiques de nos pères.
Ne nous affligeons point si la vérité n’est point encore découverte
tout entière, et sachons nous réjouir de voir enfin les historiens
suivre la route qui doit les y conduire/
Cette réflexion s’applique à l’histoire de la Lorraine comme à
celle de la France ; de nombreuses recherches ont été faites pendant
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173
DK LÀ soci&ri d'émulation.
te* dix innée* qui Tiennent de s'écouler, et quelques morceaux
remarquables sont Tenus annoncer la résurrection des études his-
toriques dans notre prorince. Nous avons touIu contribuer, autant
que nos forces nous le permettent, b la reconstruction du vaste
édifice que nous espérons Toir bientôt s'élever; nous avons été
jaloux d'appeler l’attention de ceux qui s’occupent d'études rela-
tives à notre patrie , sur l’un des points les plus intéressants de son
histoire. Nous voulons parler du grand mouvement communal qui
agita toute l'Europe occidentale au moyen âge , et qui présenta en
Lorraine les mêmes symptômes que dans la France et les Pays-Bas.
L'affranchissement des communes lorraines est donc devenu pour
nous l'objet de recherches multipliées et d’un long travail historique,
dont ce mémoire n'est qu’un fragment.
On sait que l’importante révolution qui eut pour résultat l’af-
franchissement des communes , a été une des parties de l'histoire du
moyen fige les moins comprises et les moins étudiées, malgré l’intérét
qu'elle aurait pu présenter, intérêt que lui ont rendu d’ailleurs les
écrits de quelques-uns de nos contemporains. Hâtons-nous de dire
cependant que le mouvement communal a été compris en Lorraine
mieux qu'en France ; les écrivains lorrains n’ont pas réussi , sans
doute , b nous offrir un tableau complet et vivant de cette partie de
nos annales ; mais ils ont entrevu la vérité , et leur récit , quoique
insuffisant, n'est point aussi dépourvu d’intérêt qu’on pourrait le
supposer, quand on sait comment on a envisagé en France la révo-
lution communale.
Il serait utile , b notre avis , d’étudier les causes de cette diffé-
rence ; contentons-nous d’observer qu’on peut l’attribuer b l’indé-
pendance réelle que les trois villes impériales de Metz , Toul et
Verdun parvinrent b conquérir. L’absence d’un pouvoir central fa-
vorisa leurs tentatives et les empêcha de retomber presque aussitôt
sous la domination d’un maitre plus puissaut que celui dont elles
avaient triomphé. En France , au contraire , les villes ne jouirent
que peu de temps des chartes libérales qui fixèrent d’abord les droits
de leurs habitants, et ne secouèrent le joug de leurs seigneurs que
pour tomber sous celui des rois. Ce qui semblerait confirmer la con-
jecture que nous formons est la manière obscure et ambiguë dont
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174
ANNALES
les historiens lorrains ont parlé de quelques-unes de nos communes,
de celle de Neufchàteau, par exemple. Comme la révolution fut
durement comprimée dans cette dernière ville , ils ne Pont consi-
dérée que comme une insurrection sans importance , et ont prouvé
qu’ils n’avaient point parfaitement compris le sens et la portée d’une
série d’événements qui viennent enfin d’être présentés sous leur vé-
ritable jour.
C’est au commencement du XIII e siècle que parurent en Lorraine
les premiers symptômes du grand mouvement qui allait s’opérer
et devait avoir pour résultat l’aflranchissemenl de plusieurs des villes
qui y prirent part. Les habitants de Neufchàteau se trouvèrent com-
promis dès l’origine de ces troubles , pour ainsi dire , à l’occasion
de l’insurrection des Messins contre Jean d’Apremont , leur évêque.
En 1 232 , le duc de Lorraine Matthieu 11 et le comte de Bar, dont
Jean d’Apremont avait invoqué le secours , s’étaient rendus devant
Metz à la tête de leurs troupes, et pressaient vivement le siège
de cette grande ville. Les Messins , se voyant sur le point de suc-
comber, mirent tout en œuvre pour priver leur évêque de l’appui
de ses alliés. Le comte de Bar prêta l’oreille à leurs propositions,
et non content de se retirer avec ses soldats , il voulut encore faire
une diversion en faveur des Messins et attaqua les états du duc
de Lorraine.
« Quand li duc (Matthieu II) fayt li siégé et pourchas en la cité
de Metz, dit Louis d’Haraucourt , li comte de Bar questoit avec
ost et cheuaucherie, que li sy uendit traîtreusement et fit pacte
d’argent auec. les susdits et laissa en abandonnement ledit a tel point
que uint en suiuant a telle fin de penre (prendre) Neufchasteau.
Et li habitants maluoulants et de maleintention a l’encontre de leur
souuerain seigneur uenderent et laissirenl penre sans deffendre ,
comme pou uoit estre (1). »
(1) Mémorial des grands gestes et faits en la prorince de Lorhaine,
par Louis d’Haraucourt, évêque de Verdun ; extraits conservés par Mory
d’Elvange dans un recueil intitulé : Notice de quelques manuscrits ou
livres rares qui ont rapport h V histoire de Lorraine , etc., page 56.
Manuscrits de la bibliothèque publique de Nancy, n° 27.
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175
DE LA. SOCiérÉ D EMULATION.
Celte ville ne tarda pas do reste à être rendue au duc de Lor-
raine , et ce prince , persuadé que les habitants de Neufchâteau
l'avaient trahi , leur en témoigna, dit Chévrier (1) , le mécontente-
ment le plus vif et lêur enleva les privilèges dont ils jouissaient
depuis le mois de septembre 1231, c’est-à-dire, depuis une année
environ. La ville s’était cependant défendue pendant sept jours,
quoiqu’elle manquât de tout ce qui est nécessaire pour soutenir un
siège , et que l'armée du comte de Bar fût considérable et pourvue
d'un grand nombre de machines.
Telle fui Porighie, la cause première de tous les malheurs qui
fondirent plus tard sur cette ville infortunée. Il est impossible au-
jourd'hui de démontrer que les habitants de Neufchâteau furent
coupables delà trahison qu’on leur reprocha. Le duc Matthieu semble
loi -même n'avoir ajouté foi que peu de temps aux accusations
que l’on articulait contre eux , car il leur rendit presque immédia-
tement les' privilèges dont il les avait privés. Mais le soupçon d’in-
fidélité avait plané une fois sur les habitants de Neufchâteau , et
plus tard, ces anciens griefs furent tirés de l'obscurité, lorsque cette
ville commença contre les ducs de Lorraine une opposition violente ,
qui finit par une terrible catastrophe (2).
En 13S2, Catherine de Limbourg, régente du duché de Lorraine,
pendant la minorité du duc Ferry 111 , confirma les privilèges que
Matthieu II , son époux , avait accordés aux habitants de Neufchâ-
teau , et dont nous ne connaissons que vaguement la nature.
Quelques années plus tard , Ferry, devenu majeur, leur concéda
des privilèges plus étendus; mais, pour des raisons qui nous sont
inconnues, H ne leur permit point d’adopter la loi de Beaumont,
franchise qu’il accorda quelques années après à plusieurs villes de
ses Ëtats. Nous n’examinerons point ici cette loi de Beaumont , qui
est devenue si justement célèbre ; et nous nous contenterons d’in-
diquer sa nature et l’époque de sa promulgation. En il S2 , Guil-
laume de Champagne, archevêque de Rheiros, légat du Saint-Siège
(1) Voir Histoire civile , militaire , ecclésiastique , politique et litté-
raire de Lorraine et de Bar , lome 1 , page 240.
(2) Voir Chévrier, Histoire de Lorraine , tome 1, page* 130 — 141.
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ANNALES
176
et grand oncle de saint Louis , fonda, sur la frontière du Barrois et
de la Champagne, une ville à laquelle il donna le nom de Be$u~
mont. Voulant la rendre florissante en y attirant une nombreuse
population , il accorda des privilèges à tous ceux qui viendraient s’y
établir. C’est le recueil de ces privilèges , recueil publié en latin
par ordre de Guillaume de Champagne , que l’on désigne sous le
nom de loi de Beaumont. Cette charte fût bientôt adoptée par un
grand nombre de communes, et c’est elle que les ducs de Lor-
raine concédèrent à leurs sujets , en lui faisant cependant subir les
modifications exigées par la différence des temps et des lieux.
La charte de Neufchàteau nous semble du reste au moins aussi
libérale et aussi favorable aux bourgeois que celle dont nous ve-
nons de parler. En voici les principales dispositions :
« Le duc se réserve , dit Dom Cal met , la justice et la garde de
ses églises , de leurs biens , de ses chevaliers , de ses fiefs et de
ses Juifs, et de ce qui leur appartient (1). » Mais le gouvernement
intérieur de la ville et l’administration de la justice sont entièrement
abandonnés aux bourgeois et confiés à treize individus , nommés
par le peuple et qui portaient probablement le nom d’écbevins. Ces
treize magistrats devaient choisir parmi^ eux un président , qui avait
le titre de majeur.
Nul ne pouvait s’établir dans la ville saps la permission du sou-
verain.
Tout bourgeois âgé de plds de 17 ans et de moins de 60 était
tenu de prendre les armes quand le duc l’ordonnait , car il s’était
réservé son ost et sa chevauchée ; mais on pouvait se faire rem-
placer ; cette permission est accordée expressément aux marchands
et changeurs, qui fréquentaient les foires de la Champagne.
On trouve une clause analogue dans la plupart des chartes concédées
à cette épo.que \ il y est ordinairement stipulé que les bourgeois
seront tenus de prendre les armes, lorsque les seigneurs auront
besoin de leurs secours. Nous en citerons deux exemples. Lorsque
Frédéric V, comte de Toul, affranchit, en 1234, les habitants de
(1) Voir Histoire de Lorraine , l re édition, tome 2, col. 308.
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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMÜLATION.
177
Mirecourt , il s c réserva expressément le droit de punir d’une amende
de 12 deniers celui d’entre eux qui refuserait de raccompagner,
lorsqu'il se mettrait en campagne pour ravager les terres de ses
voisins ou détrousser les voyageurs , pro prtsda facienda , dit la
charte (1). Ferry de Charmes , qui descendait de la famille des comtes
de Tool , accorda , en 1269 , à la ville de Charmes , dont il était
seigneur, une charte dans laquelle nous trouvons la disposition sui-
vante : « Sera puni d’une amende de 12 sols le bourgeois qui re-
fusera d’accompagner en armes son seigneur, lorsqu’il sortira de
la ville pour faire proie ou pour faire semblant (semblable) chose (2). »
A Neufebàteau les impôts étaient de deux Sortes. L’impôt foncier
était de 12 deniers pour chaque livre de terre, c’est-à-dire pour
chaque parcelle territoriale valant 20 sous. L’impôt mobilier était
plus lourd , car les meubles étaient taxés à raison de 6 deniers
la livre , valant 20 sous. Étaient cependant exemptés de cette con-
tribution les armes , les habits , les aisements ou ustensiles de mé-
nage.
A cette époque , comme de nos jours , les prolétaires sont privés
de certains droits dont ou craint de les voir abuser. Ainsi, pour
avoir arbelétre en son hôtel et quarreauœ jusqu'à cinquante , c’est-
à-dire pour pouvoir détenir des armes , il faut posséder une fortune
de 20 livres. Nous ignorons quelle était à cette époque la valeur
de la livre en Lorraine , mais elle devait être considérable , si l’on
peut en juger par le fait suivant. Vers le milieu du XIII e siècle ,
le comte de Salm , abusant de son pouvoir, fit emprisonner l’abbé
et les religieux du monastère de Senones et en confia la garde à
un certain nombre de soldats , qui firent bonne chère aux dépens
de f abbaye et commirent tant d’excès en ce genre pendant deux jours
(1) Voir doài Caltnet, Notice de la Lorraine, art. Mirecourt ; édition in-
folio , tome 4 , colonnes 687 et 888.
(2) La charte de Charmes se trouve dans la bibliothèque de M. Noël.
Voir Notice de la Lorraine, art. Charmes , tome 4 , colonnes 200 et
204.
12
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178
AfVHALES
et deux nuits , que la dépense , au rapport de l’historien du mo-
nastère, s'éleva k 8 sous toulois (1).
A l’exemple de la loi de Beaumont et de plusieurs autres chartes
de cette époque, la constitution accordée par Ferry III k la ville
de Neufchâteau renferme un certain nombre de disposition pénales.
Le combat judiciaire est autorisé , et celui des champions qui était
vaincu devait payer une amende. Celui qui frappait un homme était
puni d’une amende de 5 sous ; elle était élevée à 1 5 sous , si l’a-
gresseur avait fait sang , et k 60 s’il s’était servi d'armes émoulues .
Il était puni de mort , s’il avait frappé avec un couteau. Nous
ignorons quelles étaient les dispositions de cette charte relatives
au délit d’injures. Nous pensons qu’elles étaient k peu près semblables
k celles de la loi de Beaumont. L’article 43 de cette loi est conçu
en ces termes : « Femme qui dira lait k autre femme (c’est-k-dire
qui l’injuriera ou l’appellera gule , comme dit une -ancienne ordon-
nance de Lorraine), s’il est prouvé par le témoignaige de deux hommes
ou de deux femmes , elle payera cinq solz ; au seigneur quatre solz ;
au mayeur vj deniers ; et k celle k cui elle avera dit le lait vj
deniers. Et s'elle ne veut payer l’argent , elle portera la pierre le
dimanche k la procession en peure sa chemise (en pure chemise) (2). »
Telles sont les dispositions les plus remarquables de la charte de
Neufchâteau ; comme on le voit par ce simple exposé , elle était
de nature k satisfaire les désirs d’affranchissement qui tourmentaient
les habitants de cette ville , k calmer la soif de liberté qui les
dévorait.
Nous ne parlerons point ici des nombreux affranchissements qui
signalèrent le règne de Ferry III ; nous nous contenterons de faire
observer que ce prince mit la loi de Beaumont en vigueur dans
(1) Voir la Chronique de Richer, liv. Y, ch. 11 , et Y Histoire ecclé-
siastique et politique de la ville et du diocèse de Toul, parle P. Benoît,
page 452.
(2) Voir la traduction française de la loi de Beaumont , dans V Histoire
de Lorraine de dom Calme t.
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DE LA SOCIÉTÉ d’ÉMULATIOH. 179
presque toutes les Tilles de ses États. Ces concessions multipliées
d'une charte qui était aussi favorable aux bourgeois qu’elle l’était
peu aux seigneurs, irrita violemment ces derniers. Ils cherchèrent
alors le moyen de mettre obstacle h des affranchissements qui de-
vaient tét ou tard , sinon anéantir, au moins diminuer considéra-
blement leur puissance.
Us formèrent donc et exécutèrent le projet d’enlever le duc Ferry,
et de le tenir prisonnier dans le château de l’un d’entre eux pen-
dant le reste de sa vie , ou du moins jusqu’à ce qu’ils lui auraient
arraché la révocation des actes qui les avaient lésés. La réalité de
ce complot et de cet enlèvement a été contestée par la plupart des
historiens lorrains; mais depuis la publication de la savante disser-
tation de M. Beaupré , elle ne peut plus être révoquée en doute. Les
motifs qui engagèrent les seigneurs dont nous parlons à enlever le
duc Ferry sont clairement et nettement indiqués par Louis d’Ha-
raucourt. « Pourceque li duc avoit grandement envie de guerroyer ,
et volut à tout meshuy mettre empêchement ez privilèges que cer-
tains de la noblesse des siens Estatz avoyent en prétention , et
dont n’usoyent en bons et loyaux hommes , mais comme leur duisoit
et à leur intérest , dont pouvre peuple moult eut de souffrance ; ly
dicta de la noblesse parfirent menées sourdes et brigues â telles fins
que taryersassent privilèges et franchises qu’avoit monseigneur donné
et gratifié certains lieux ; firent complotz et fut que certain jour
quès passe temps de chasse dans les bois que sont pardessus li ville
qu’a nom Laxou, qu’est tout proche de Nancy, li duc tant resta
en plaisir que fut prins par la nuit. Parquoi certain Andrian des
Ermoises qu’avoit jolie femme à luy qu’on disoit avoir privautés
et douces accointances au bon plaisir di duc qu’estoit moult gentil
prince que duisoit mieux à femelle qu’estoit convoiteuse ès esbats
d’amour que ly viel et bigloux Andrian .... Et fut li duc Ferry prins
et appréhendé à corps en certain détour par gens armés qui cou-
vrirent son chef en tant que ne vit goûte, et fut grandement par
longues allées et venues proumené et finalement mis en la tour du
chastel de Maxéville , qu’est du fief dudit Andrian , et ne sçut li
duc en quelle main estoit, ne siens serviteurs qu’estoit devenu.
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180
ANNALES
« Un certain jour qu’avoit grandement lait bise et grosse boulée ,
fut partie du toic en la susdite entouré et mis en désapoint par li
vent, et fut force que certain qu'on nommait Petit-Jehan , et que
n’avoit qu'un œil , montit sur la dite couverture ; et chantoit chan-
sonnement qu’avoit-on fait en complainte , et disoit que li duc
estoit allé quérir en lieu qu’on ne sçavoit place à guerroyer ou
fiUe tant gentille que fut à son point, n’en estant onc à sa guise
en ses Estatz. Et fut oit le chansonneur di duc que li pourparla
et baillit anneau qu’avoit au doigt , et ly promit grand prix et fit
commandement qu’allat trouver sa dame et n’y faillit.
« Qu’ayant fait ly couvreur Jehan , fut la dame Marguerite bien
esbahie , et ne perdit teins le sire de Tillon qu’estoit sien gentil-
homme, et print quelques dix cavaliers qu’estoient gens à main et
loyaux hommes et chevauchèrent en grande hâte au dit Maxéville,
que n’est loing de Nancy , et fut li duc Ferry sorti de tour qui
fut rasée à la mointance et li fief d’Andrian apprins et tombé par
félonie * dont avint grand honneur et amitiance au sire dé Tillon ,
que demanda qu’à tout jours mais , pour souvenance de ce qu’en
premier avoit porté secours à monsignor, ly et sa lignée , tant que
seraient en légitime procréation et engendrés de son chef, avincent
droit et puissance aller en premier avant touts autres , exceptant li
signour duc, a l’adorement du signour Dieu èsjour que bons et
loyaux chrétiens fêtoyent sa mort , et que fut accordé (4). »
Nous espérons qu’on nous pardonnera la longueur de cette cita-
tion, à cause de l’intérêt que présente ce passage important du
Mémorial des grands gestes et faits en ta province de Lorhaine.
Nous avons cru devoir parler de l’empnsonnement du duc Ferry ,
quoique cet épisode semble au premier coup d’œil ne se rattacher
qu’indirectement à l'histoire de la commune de Neufchâteau , nous
avons cru, disons-nous, devoir parler de l’emprisonnement de
Ferry , parce que les affranchissements multipliés , opérés par ce
(1) Voir Mémorial des grands gestes et faits en la province de
Lorhaine, dans le recueil de Mory d’Elvange cite' plus haut (note l re ) ,
pages 58 — 60.
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DE LA SOCIETE D* EMULATION .
181
prince, forent la véritable cause de l'attentat dont il devint la victime,
et que , de tous les affranchissements que lui dut la Lorraine , celui
de Neufchàteau est, sans aucun doute, un des plus remarquables,
un des plus intéressants.
NedchAteau était, en effet, an moyen âge, une petite ville fort
importante. Son heureuse position sur les frontières de la Lorraine,
du Barrais et de. la Cham pagn e , y avait attiré une assez nombreuse
population ; son commerce était devenu considérable , et les mar-*
chands de cette viHe avaient étendu au loin leurs relations, fis
portaient dans les foires de la Champagne les produits de la Lorraine,
de l'Alsaee et de l'Allemagne , et les échangeaient contre ceux des
provinces centrales de la France. En an mot, Nenfchàteau était
devenu, dans les XIII e et XIV e siècles, ce que la viHe de Saint-
NieoUft-du-Port fot pendant le XVI e siècle et le premier tiers du
XVII*. Les ducs de Lorraine , de leur cété , avaient voulu contribuer
an développement précoce de cette cité. Us y firent des fondations
et y établirent un atelier monétaire très-important , dont lesproduite
sont encore fort nombreux.
Mais la prospérité des habitants de Nenfchàteau devint la cause
de leur perle. Leur opulence les rendit intraitables et séditieux ;
ils t’inagMfceat qu’ils pourraient braver l’autorité de leurs souve-
rains ; .ils avaient alors sous les yeux l’exemple des bourgeois des
villes épiscopales; ils voulurent les imiter et se flattèrent d’être
MBsi heureux. Une autre circonstance contribuait encore à les
entretenir dans cette idée funeste : les ducs de Lorraine étaient
obligés de recevoir, des comtes de Champagne, l’investiture de la
ville de Neufchàteau et de quelques autres villes et villages de leurs
États. Tant que la Champagne forma une principauté particulière ,
cette suzeraineté était fort insignifiante , et les ducs de Lorraine
s’eo préoccupaient médiocrement; mais lorsque cette province fut
réunie an royaume de France dans les dernières années du XIII e
siècle , la position du vassal vis-k-vis son suzerain sc trouva tout à
fait changée , et les bourgeois de Neufchàteau conçurent l’espoir de
se rendre indépendants , en invoquant le secours , en se mettant
sous la protection du Roi , si leurs souverains directs s’opposaient à
(a réalisation de ce dessein. La tranquillité qu’ils goûtaient sous le
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182
ANNALES
gouvernement des ducs de Lorraine était cependant bien préférable
au nouveau régime qu’ils se flattaient d’établir. Ces princes, loin
de chercher à les opprimer et k les asservir, les avaient comblés
de faveurs, et les bourgeois de Neufchàteau ne parent invoquer k
l’appui de leurs prétentions aucun grief sérieux ; ils ne purent sou-
tenir qu’ils avaient été poussés , en quelque sorte malgré eux , k
une insurrection, k une levée de boucliers qu’ils auraient voulu
év iter.
C’est sous le règne du duc Thiébaut II (de 1303 k 1312), que
nous rencontrons les premières traces de ces divisions, et cette
fois , avouons-le , les plaintes des bourgeois de Neufchàteau n’étaient
point sans fondements. Thiébaut avait le malheur d’étre l’ami de
Philippe-le-Bel. Philippe vint en Lorraine en 1305 (1), et ce
fut probablement ce prince qui conseilla k Thiébaut d’altérer
les monnaies. On sait que Philippe-le-Bel était digne de servir de
modèle sous ce rapport, et on connaît les moyens ignobles qu’il
mit en œuvre pour augmenter ses revenus.
Thiébaut eut le malheur de l’imiter , et les bourgeois de Neuf-
château , que leurs habitudes commerciales rendaient plus difficiles
sur la valeur intrinsèque des signes monétaires , s’en plaignirent
hautement. « Gens de Neufchàteau , dit Thiriat, qu’auoient en con-
seils maints cheualiers des plus grands portèrent plainte et accusa-
tion enuers Monseigneur, disant qu’avoit mis force cuivre es ses
monnoies, et qu’argent de luy n’estoit que faux. Parquois luy
donnoient en leurs discours le renom qu’estdit mal loyal et faux
monoieux. De ce M. le Duc fut outrecuidé, détestant la malice des
susdits accusateurs , dont vint en son âme grande haine et désir de
vengeance k l’encontre d’iceux (2). »
(d) Voir Abrégé de V histoire généalogique de la maison de Lorraine ,
page 30.
(2) Voir les Extraits de Florentin Thiriat , recueillis par Mory
d’Elvange, dans l’ouvrage cité plus haut, page 217. Nous devons cepen-
dant faire observer que Mory d’Elvangc ne regarde pas les accusations
des habitants de Neufchàteau comme fondées. « Les monnaies qui nous
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DE LA SOCIÉTÉ D EMULATION. 183
Le duc de Lorraine , (oui outrecuidi qu’il était , ne punit cepen-
dant pas les habitants de Neufchâteau ; il comprenait combien leurs
plaintes étaient fondées et ne leur fit point sentir le poids de sa
colère. Les bourgeois semblent avoir pris sa patience pour de la
crainte , et sous le règne de Jean 1 er , Us montrèrent des dispositions
hostiles. En 1352, ils portèrent plainte devant le Roi de France
contre le duc Jean , l’accusant d’avoir, au préjudice de la charte
qui les régissait et fixait leurs droits , fait arrêter et maltraiter plu-
sieurs d’entre eux, qui, disaient les bourgeois , n'étaient justiciables
que du tribunal municipal. Us lui reprochaient aussi d’avoir for-
tifié du côté de la ville un ancien château , dont U avait fait une
espèce de citadelle pour les tenir en bride ; enfin d’avoir frappé sur
la bourgeoisie une contribution de 10,000 francs , dont 3,000 avaient
déjà été payés (I).
Le Roi accueillit les réclamations des habitants de Neufchâteau et
écouta leurs plaintes. Un procès s’engagea devant le parlement de
Paris, qui était, comme l’on sait, l’instrument dont les rois de
France se servaient pour dépouiller les grands vassaux. Le duc de
Lorraine soutint ses prétentions ; mais eussent-elles été à l’abri de
toute critique , il ne pouvait manquer de succomber. Il fut en effet
condamné par le parlement , et , n’osant braver l’autorité du Roi ,
il se soumit et promit d’exécuter le jugement (2).
Cette victoire rendit les habitants de Neufchâteau plus hardis ; ils
avaient fait l’essai de leurs forces, et leur souverain avait reculé.
Ds ne tardèrent point k faire une autre tentative , mais elle n’eut
pas le même succès. Us subornèrent , en 4372, un secrétaire du
duc de Lorraine, qui présenta à la signature de son maitre, au milieu
de plusieurs ordonnances , un acte par lequel ce prince reconnaissait
retient de ce duc , dit — il , dépotent en ta faveur. L’argent en est bon
et très-au-dessus du titre de la plupart de celles que l’on trouve en
France dane lee mêmes années. >
Voir Recueil pour servir à ï histoire métallique des maisons et
duchés de Lorraine et de Bar , manuscrit.
(1) Voir Notice de la Lorraine , art. Neufchâteau , tome 2 , col. 127.
(2) Voir la Notice de Lorraine , tome 2, col. 127.
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ANNALES
n'avoir aucun droit de souveraineté sur les bourgeois de Neufckâ-
teau, et avouait que le roi de France était leur seul et légitime seigneur.
Jean se trouvait alors à Paris ; aussitôt qu'il eut appris cette ma-
chination, il accourut à Neu (château. Les habitants, craignant son
courroux , avaient pris les armes et se disposaient à résister. U
paraît qu'ils perdirent courage dans le moment décisif , car la ré-
volte fut comprimée sans difficulté. Les principaux , auteurs de ce
méfait furent arrêtés et si l'on ajoutait foi à la Chronique de Lor-
raine (i) plusieurs auraient été décapités; mais nous croyons que
l’auteur de la Chronique a confondu ici la sédition de 1372 avec
l'insurrection de 1381 , dont nous allons parler (2).
Les habitants de Neufchàteau , plutôt irrités que découragés par
leur défaite , n’attendaient que le moment favorable pour s'insurger
de nouveau. En 1381 , le duc de Lorraine établit un impôt au-
quel furent soumises toutes les villes de ses États. Les bourgeois
de Neufchàteau refusèrent de payer leur part dans cette contribu-
tion , prétendant que l'ordonnance n'était point exécutable , faute
d'enregistrement (3). Les percepteurs s’étant présentés, les bour-
geois en tuèrent deux et mirent les autres en fuite. Comprenant bien
qu’après cet attentat il n’y avait plus de grâce à espérer, ils prirent
toutes les mesures nécessaires pour se défendre. Les juifs , établis
à Neufchàteau en assez grand nombre , leur avancèrent de fortes
sommes.
Jean marcha aussitôt sur Neufchàteau avec des forces considé-
rables , et la ville intimidée se soumit. Les évêques de Metz et de
Toul et plusieurs seigneurs engagèrent le duc à agir avec clémence
(1) Nous désignons ici sons le titre de Chronique de Lorraine Fou-
rrage intitulé : Les opérations des feus ducs de Lorraine, commençant
au duc Jean, fils du duc Raoul .
(2) Voir la Chronique de Lorraine dans V Histoire de Lorraine de
dom Calmet, preuves du tome 3, col. iij.
(3) Si, comme cela parait certain , les bourgeois de Neufchàteau entendaient
parler d'enregistrement opéré par le parlèrent de Paris, Hs niaient, la
sonverainetd du djuc de Lorraine sur leur ville et se mettaient par là en
insurrection ouverte.
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DE LA SOCIÉTÉ D* ÉMULATION .
185
et Modération , mais Robert des Armoises et les antres ministres de
Jean loi conseillèrent de frapper un coup terrible , pour effrayer à
Jamais ces bourgeois si remuants et si audacieux. Les trente prin-
dpeax d'entre eux Rirent pendus. Le duc confisqua leurs biens et
punit sévèrement les juifs , qui avaient , comme nous l'avons dit ,
ouvert leurs coffres aux séditieux (4).
Jean se flattait d'avoir étouffé le feu de la révolte, mais les bourgeois,
sans se laisser intimider , s'adressèrent au parlement de Paris. Ce
grand corps judiciaire voulait humilier le duc de Lorraine. Saint-
(fermant , procureur général du Roi , demanda que la requête des
habitants de Neufchèteau fût admise , et le parlement, faisant droit
à ses conclusions, s'empressa de l’accueillir (2). Il s’ensuivit un
long procès; le duc de Lorraine commit une grande faute, celle
de comparaître , et le parlement , sans égard pour cette démarche,
rendit un premier arrêt , par lequel il était défendu au duc de Lor-
raine de rien entreprendre contre les bourgeois de Neufchàteau et
de leur faire subir aucun mauvais traitement. Le duc de Lorraine
promit de se conformer à ces dispositions et d'attendre une dé-
cision définitive. Le parlement , encouragé par la faiblesse de Jean ,
rendit, en 1389, un second arrêt qui ordonnait que la ville de
Neufchèteau serait administrée au nom du Roi , et que le duc de
Lorraine ferait ses reprises auprès de son suzerain. Jean se con-
forma encore à cette prescription et renouvela son hommage , si
toutefois il l'avait déjà fait, ce que nous ignorons. Le 27 août 4398,
le parlement prononça un troisième arrêt , dont la teneur ne nous
est pas connue. Jean présenta alors une requête au Roi , pour de-
(1) Voir Chénier, Histoire de Lorraine , tome 2, page 87.
(2) Noos relèverons ici nne erreur de Chévrier. Cet écrivain ne donne
à Saint— (fermant que le litre de procureur du Roi et prétend qpe celai
de procureur général ne fat attribué au chef do parquet que sur la fin
du règne de Henry III. Chévrier ne savait pas que ce titre lui était déjà
donné vert le milieu du XIV* siècle. Dans des lettres du Roi Jean , datées
da 42 janvier 4352 , il est fait meotion de ton procureur général et de
tes avocats au parlement : Procurator non ter genera/is , aigue adpocati
no s tri dicti par la menti.
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186
ANNALES
mander l’annulation de l’arrêt de 1389. 11 fut, en effet, rois à néant
l’année suivante ; mais le duc de Lorraine était mort dans l'inter-
valle, et son 61s Charles 11 lui avait succédé (1).
Le duc Jean avàit succombé à une maladie de langueur ; le bruit
se répandit aussitôt qu’il avait été empoisonné par un émissaire des
habitants de Neufchàteau. Ce bruit prit beaucoup de consistance,
et le duc Charles lui -même demeura convaincu de la vérité de cette
hypothèse. Les bourgeois de Neufchàteau ne tardèrent pas à éprouver
les effets de son ressentiment.
En 1392 , Charles II entra dans cette ville à la tête d’une armée,
et les exécutions commencèrent aussitôt. Les magistrats et un grand
nombre de bourgeois subirent divers supplices : les uns furent pendus,
d’autres brûlés vifs „ d’autres écartelés. Plusieurs furent condamnés
k une prison perpétuelle ; les maisons de quelques-uns furent dé-
molies, et il fut défendu de les reconstruire. Leduc aurait même
brûlé la ville , si ses conseillers ne l’en eussent détourné. 11 consentit
donc k accorder la vie aux habitants de Neufchàteau et à épargner les
édifices ; mais les bourgeois furent obligés de se soumettre à une cé-
rémonie humiliante.
Le 22 septembre , une grande croix fut dressée sur la principale
place de la ville ; une cuve remplie d’eau et de sang fut placée au
pied de cette croix , et chaque bourgeois fut obligé de venir dé-
poser au fond de cette cuve la somme k laquelle il avait été taxé
et d’y plonger la tête et un bras. La juridiction fut enlevée k la
bourgeoisie et l’on éleva une pyramide qui rappelait l’insurrection
et l’infidélité des habitants de Neufchàteau , ainsi que le châtiment
qui en avait été la conséquence.
La colère de Charles U contre les bourgeois de cette ville était
extrême ; il leur prodiguait les épithètes les plus outrageantes , et
notamment celle de Jacques , les assimilant ainsi aux serfs qui
s'étaient insurgés vers l’année 1350, et dont la révolte avait reçu
le nom de Jacquerie.
(4) Voir Notice de la Lorraine , tome II, col. 427 et 428; Pasquier,
Recherches de la France ; Chevrier, Histoire de Lorraine , tome II, pages
481 , 482, 487, 488, 493, 494, 495 et 496.
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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION.
187
Thiriat et Chévrier ont fait de grands efforts pour démontrer que
teUe n'est point l’origine du sobriquet de Jacques , que l’on donne
encore aujourd’hui aux habitants de Neufchàteau ; mais toute leur
rhétorique ne peut l’emporter sor les faits ; nous citerons cependant
un passage de Thiriat , qui est assez amusant : « Advint que ceux
de Neuf-Chasté eurent nom de Jacques , de ce que iceux apprivoi-
soient chez eutx des oisels qui avoient même nom , comme il ad-
vient céans (h Mirecourt) qu’on nous donne surnom de Hoche-ads ,
pour qooy cet oisel est tant vulgaire que les bords du Madon en sont
tout couverts (I). »
La haine que le duc Charles 11 portait à ces malheureux bourgeois
se comprend , quand on lit le passage suivant du même auteur :
« D’autant que celuy Duc prétendoit avoir droit sur les dits de Neuf-
Chasté et que ladite ville et dépendances estoient de son fief, comme
bien d’autres le croioient et regardoient comme tel et croioient le
bien sçavoir. Furent les habitants fort à l’encontre et ne s’en ca-
choient en leurs discours , ains n’épargnoient en leurs propos le
deflhnt père du Duc et ce firent tels dires que ne pouvoit-on croire
qu’yceux estoient grands ennemis du Duc. On n’en douttoit et voioit-
on combien yceux estoient en désirs de rébellion. Dans cecy trou-
voit-on aussi qu’avec droit avoit eu soupsons qu’yceux avoient mis
à mal le feu duc Jean (2). »
On aurait pu croire que cette terrible exécution avait effrayé
pour toujours les habitants de Neufchàteau , et que les idées de
(1) Voir Histoire de Lorraine de dom Calme t , tome II , col. 658 ;
Notice de la Lorraine, tome II, col. 127 et 128; Chevrier, Histoire de
Lorraine, tome II, pages 184 — 186 , 202 , 205 , 208 — 212.
(2) Voir le Recueil de Mary d'Elvange , page 221. Dom Calme!
cite, mais en avertissant qu’il ne l’a pas eu entre les mains, un opus-
cule imprimé, intitulé : La Jacquerie du Neuf- Château , ou relation
de la révolte de la ville de Neufchàteau. Nous croyons que cet ouvrage
est toujours demeuré manuscrit. Voir Histoire de Lorraine , tome I,
col. XC. — Nous ferons remarquer aussi que l’orthographe de plusieurs des
passages transcrits dans ce mémoire a été altérée soit par dom Calmet ,
soit par Mory d’Elvange , et que nous n’avons point osé entreprendre de
la rétablir telle qu’elle était primitivement.
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188
ANNALES
liberté et d'affranchissement avaient dû faire place au besoin de la
paix et de la tranquillité. 11 n’en fut rien. Charles avait it peine
quitté cette ville que ses habitants s’adressèrent de nouveau au
parlement de Paris. Les excès qui avaient souillé la victoire du duc
de Lorraine avaient prévenu l’esprit du Roi contre lui ; l’affaire traîna
toutefois pendant plusieurs années -, mais, en 1405, probablement
sur la nouvelle que Charles 11 méditait quelque nouvelle exécution
contre les habitants de Neufchàteau , une armée française s’appro-
cha des frontières de la Lorraine , « contre le Duc , qui avoit fait ,
dit Juvénal des Ursins , plusieurs exceds au préjudice du Roy et
de ses subiets. Mais , ajoute le même auteur, quand le Duc l’ap-
prend, il envoyé une bien notable ambassade pour déclarer qu’il
se met au iugement du Roy et de sa Cour. » Charles VI, désarmé
par la soumission du duc de Lorraine , rappela ses troupes (1).
De 1405 4 1410 nous ne trouvons dans les historiens lorrains
aucun fait concernant Neufchàteau ; mais il est certain néanmoins
que cette ville se trouvait pour ainsi dire en séquestre , et qu’elle
était peut-être même régie et administrée au nom du Roi de France.
La colère de Charles II ne tarda malheureusement pas à foire
explosion une seconde fois sur cette ville déjà si maltraitée ; nous
ignorons quelle fut la cause de cette nouvelle crise. Le 28
février 1409 (1410) , le duc de Lorraine entra à Neufchàteau, or-
donna que l’on arrachât « Les pennonceaux et escussons aux armes
du Roy qu'on y avait attachez en aucun lieu , en signe de sauve-
garde » , dit Juvénal (2) , les fit lier à la queue de son cheval et
les traîna dans la boue. Les portes de la ville furent fermées;
vingtrhuit des principaux bourgeois furent arrêtés; les soldats
lorrains pillèrent la ville et enlevèrent tous les comestibles que
l’on divisa en deux portions , dont l’une appartint aux soldats , et
(1) Voir Histoire de Charles VI, Roy de France , et des choses
mémorables advenues durant 42 années de son régne , etc., par ïean
Iuvenal des Vrsins, archeuesquc de Rheiras; édition de l'Imprimerie Royale,
pages 178 et 185.
(2) Ouvrage cité, page 246.
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DE LA SOCIÉTÉ D ÉMÜLATION. 180
l'autre fot destinée à approvisionner le château. On évalua le dont-
nage à 100,000 francs.
Les malheurs de la bourgeoisie de Neufchâteau n’étaient point
encore arrivés h leur terme : six cents soldats allemands entrèrent
dans le château , et le pillage recommença ; la bourgeoisie fui
désarmée; plusieurs des bourgeois forent condamnés à mort et
exécutés; enfin le château fot mis en état de défense, et la ville
•e trouva comprimée et dans Timpuissance, non-seulement de se
révolter encore , mais aussi de poursuivre le procès pendant devant
le pa r leme nt de Paris.
Cependant le bailli de Chaumont avait appris ce qui venait de
se passer ; il se hâta d’accourir k Neufchâteau et demanda qu’on
lui en ouvrit les portes comme au représentant du Roi de France.
On lui répondit par un refus ; alors il jeta une baguette blanche
dans la ville, pour prouver que l’entrée lui en avait été refusée,
fit une enquête sur les faits qui s’étaient passés , et , s’approchant
d'une des portes , i! ajourna Charles II k comparaître en personne
devant le parlement.
’ Le parlement 's’empressa de procéder contre le duc de Lorraine.
« Laqudle chose, dit Juvénal, venue k la cognoissance des gens
du conseil du Roy, il fut délibéré qu’on luy feroit son procès,
comme k crimineux de leze-maiesté , et fut adiourné k comparoir
en personne en la cour de parlement. Et tant fot procédé qu’il fot
mis en quatre défauts crimineux. Et mirent devers la Cour les
aduocats et Procureur du Roy leur profit de defaut, en requérant
les conclusions estans en iceluy leur estre adiugées , ce qui fut fait.
Car R fot dit auoir encouru et commis crime de leze-maiesté , et
auoir forfait corps etlriens , et fut banny du Royaume de France (1). »
Le duc de Lorraine avait appris que le parlement procédait
contre lui ; il savait que ce grand corps judiciaire avait rendu , k
la date du 1 er août 1412, l’arrêt dont il est question dans le
passage de Juvénal que nous venons de citer ; il voulut néanmoins
se rendre k Paris. Charles VI était depuis longtemps tombé en
démence ; le duc de Bourgogne était tout - puissant ; il était l’ami
(1) Voir ouvrage cité , pages 246 et 247.
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(90
AUNALES
de Charles II; celui-ci espéra que le parlement n’oserait pousser
plus loin ses entreprises , dans la crainte de déplaire à Jean-sans-
Peur. Il se trompa.
Ecoutons Juvénal , témoin oculaire et même acteur dans la scène
qui eut lieu à cette occasion. « Il (le duc de Lorraine) estoit venu à
Paris à la seureté du duc de Bourgongne , lequel le deuoit présenter
au Roy le lendemain à l’issuë de sa Messe. Laquelle chose vint à
la cognoissance de la Cour de Parlement, laquelle ordonna aux
aduocats et procureur du Roy, qu’ils allassent à la Cour requérir
au Roy , qu’il fit iustice dudit Duc de Lorraine , ou qu’on le baillast
à la Cour de Parlement pour en faire iustice, et ce qu’il appar-
tiendrait par raison. De ce le Duc de Bourgongne et le Duc de
Lorraine n’estoient en rien aduertis, que les gens du Roy de
Parlement y deussent aller. Lesquels y vinrent, et y auoit des
Seigneurs de la Cour auec les Aduocats et Procureur , et arriuèrent
comme le duc de Bourgongne présentoit au Roy le Duc de Lorraine.
Quand le Chancelier de France vid ceux du Parlement, il demanda
ce qu’ils vouloient. Et lors s’agenouilla et parla Iuvenal, seigneur
de Traignel (c’est l’historien lui-méme), lequel , comme dessus est
dit, estoit aduocat du Roy , qui recita les cas dessus dits, en requé-
rant aussi ce que dit est. Lors le dit Duc de Bourgongne dit : Iuvenal,
ce n’est pas la manière de faire. Et il respondit qu’il falloit faire ce
que la Cour auoit ordonné , et requeroit que tous ceux qui estoient
bons et loyaux vinssent et fussent auec eux ; et que ceux qui
estoient au contraire se tirassent d’auec le dit Duc de Lorraine.
Lors le dit Duc de Bourgongne laissa aller le dit Duc de Lorraine
qu’il tenoit par la manche. L’issuë fut, que le Duc de Lorraine
pria au Roy bien humblement qu’il luy vouiust pardonner, et
qu’il le serviroit loyaument. Lors le Roy lui pardonna tout, et
pardonna ses bannissements et confiscations , et eut le Duc
remission. Mais le Duc de Bourgongne ne fut pas bien content
dudit Iuvénal, combien que ce quil fit, ce fut comme bon, vray
et loyal , et luy en deust le Duc de Bourgongne auoir sceu tre-
bon gré , de soy estre si loyaument acquitté (1). «
(1) Voir ouvrage cité, pages 246 et 247.
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191
DE LA SOCIÉTÉ D ÉMULATION.
Nous connaissons les principales dispositions de l'arrêt rendu
contre le duc de Lorraine par le parlement de Paris, arrêt que le
Roi de France déclara nul , après que Charles II l'eut prié de lui
pardonner. « Intervint arrest, raconte Thiriat, et fut dit
contre Monseigneur que les dits de Neuf-Chasté estoient, auoient
été et forent mis en protection et vassalité du Seigneur Roy. Fut
le Doc amandé (sic) de iO mille marcs d’argent et de 10 mille marcs
d’or , pour ce qu’on nommoit ses méfaits et félonies commises enuers
son Seigneur Roy et en 40 mille livres en titre de dommage et
restitution et indemnité des meaux et malencontre qu'auoit fait en-
durer aux manans et bourgeois dudit Neuf-Chasté (1). »
Le duc de Lorraine , après avoir éprouvé ainsi une humiliation
qui dut lui être bien pénible , quitta Paris et revint dans ses États;
mais il n’oublia point l’affront que les gens du parlement lui avaient
fait subir. Il conserva même beaucoup de ressentiment contre le
malheureux Charles VI. Ce prince s’était cependant opposé à l’exé-
cution de l'arrêt du parlement et avait ordonné un silence perpé-
tuel au procureur général au sujet de l’affaire de Neufchûteau ; mais
Charles II pensait probablement que ce silence aurait dû être com-
mandé plus tôt, et que le Roi n’aurait pas dû permettre à son
procureur général et à ses avocats de demander en sa présence
que l’arrêt rendu contre lui fût mis à exécution. « Et ne fut tel
acte, ajoute Thiriat, mis en l’oubli de Monseigneur, et le tint à
cœur que ne put dissimuler et parut visiblement , lorsque ledit Duc
conserva des accointances avec le bourguignon et lorsquen tems et
lieu accompagna ledit assassin lorsque vint à Paris et nargua le
Roy (*). »
Ici se termine ce que nous avions k dire sur la commune de
Neufchâteau ; ajoutons cependant que le duc Charles II ne commit
plus aucun acte de vengeance contre cette malheureuse ville , et qu'il
rendit même h ses habitants le droit de nommer leurs magistrats ,
(4) Voir Extraits de Thiriat, conservés par Mory d'Elvange, dam
le reeneil cité , page Mi.
(9) Voir Extraits de Thiriat, conservés par Mory d'Elvange , dans
le recneil cité, page 224.
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192
ANNALES
ainsi que l’exercice de la justice qui leur avait été enlevé en 1409
(1410) (1). Les successeurs de Charles U, voulant relever cette
ville , la traitèrent avec faveur , et l’un d’eux , pour lui donner un
gage de pardon complet, fit démolir la pyramide élevée sous le
règne de Charles II (2).
À partir de cette époque, l’histoire de la commune de Neufchàteau
ne présente plus aucun fait remarquable ; les bourgeois comprirent
enfin que les troubles dont leur patrie avait été le théâtre n’étaient
pas de nature à développer le commerce , source de leur ancienne
prospérité; ils se contentèrent sagement de la liberté que leur
accordaient leurs souverains, et ne firent plus aucune tentative pour
détruire une autorité que leurs désastres leur avaient appris à res-
pecter ; les ducs de Lorraine, de leur côté, sentirent la nécessité de
rétablir dans son premier état une ville que les terribles représailles
de Charles 11 avaient pour ainsi dire anéantie; mais la secousse
avait été si violente que jamais Neufchàteau ne put reprendre le rang
qu’il avait occupé pendant cent cinquante ans. Son commerce
était détruit, ses principaux négociants avaient perdu la vie dans les
luttes dont nous avons retracé l’histoire ; ceux qui restaient ne pu-
rent créer de nouveau une prospérité qui avait disparu sans retour;
et Neufchàteau demeura , ce qu’il est aujourd’hui , une ville privée
de toute importance commerciale et politique.
ÉCLAIRCISSEMENTS.
Nous n’avons , dans ce mémoire , fait remonter qu’au règne dé
Jean 1 er les tentatives faites par les habitants de Neufchàteau pour
se soustraire à la domination des ducs de Lorraine; mais nous
devons avertir qu’antérieurement à l’avènement du duc Jean 1 er ,
on trouve des traces de l’esprit remuant qui animait cette bourgeoisie;
(1) Si l’on en croyait dom Cal met [Notice de la Lorraine , tome II ,
col. 126), le» habitants de Neufchàteau auraient été privés de l’exercice de
la justice en 1392. Nous pensons que c’est une erreur.
(2) Voir dom Calme t , Notice de la Lorraine , tome II, col. 129 et
130. — Chevrier, Histoire de Lorraine, tome II, pages 211 et 212.
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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMU LATUM.
193
seulement, comme ces faits sont entourés d'une certaine obscurité,
nous n’avons pas cru devoir les rapporter dans le texte. Toutefois,
pour ne rien omettre, nous allons brièvement indiquer tout ce que
nous avons découvert relativement k ces querelles.
de neufchàteau se révoltèrent et se placèrent sous la protection du
Roi de France ; cependant les renseignements par nous recueillis sont
tellement vagues et incomplets que nous ignorons entièrement la cause
ou le prétexte de œtte insurrection. Ferry IV fit emprisonner plusieurs
habitants notables; mais le Roi de France intervint, et le duc de
Lorraine se vit obligé de céder et de faire remettre ces bourgeois
en liberté. Viriot, Humbert et Lepetit, principaux auteurs de la
première sédition, engagèrent leurs concitoyens à invoquer le
secours du Roi de France, et, en 1312, Philippe-le-Bel rendit
un jugement qui donnait gain de cause aux bourgeois; la seule
grkce que le duc put obtenir fut de n'étre point condamné à leur
payer des dommages-intérêts. Ce jugement enhardit les bourgeois,
qui ne cessèrent d'affecter l’indépendance et de donner k leur
souverain des sujets de mécontentement et d’inquiétude jusque vers
l’époque où Gaucher de Chktillon, connétable de France, devint
momentanément seigneur de Neufchkteau, par suite de son mariage
avec Isabelle de Rumigny, veuve de Thiébaut U (1).
(1) Voir Mr tout ces (kits le Recueil pour servir à V histoire métallique
des maisons et duchés de Lorraine et de Bar , par Mory d’Elvange,
manusc rit» — Règnes de Thiëbant II et de Ferry IV.
13
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«04
AKNALES
SU «tttVAMSl.
Inflamnalioa des prinipiai finèvet iMomin— r
(g*<tro- ettte» o- pe p h ro-bépatit<).
RAPPORT A I. LE PREFET DES VOSGES,
fait
PAR M. MATHIEU ,
MÉDECIN VÉTÉRIBAIRE IM CHEF DO DÉPÂRTEMBMT , MEMBRE TITULAIRE.
Monsieur le Préfet, j’ai l’honneur de vous informer que, d’après
votre lettre du 3 de ce mois , par laquelle vous me préveniez qu*kme
maladie paraissant avoir le caractère épizootique s’était déclarée
sur les chevaux de la commune de Romont, j’eusse h me trans-
porter sur les lieux pour reconnaître ht nature de l’affection et
prescrire le traitement nécessaire, je me sois mis incontinent en
devoir de répondre à cette importante mission.
Arrivé à Romont , je me suis rendu chez M. le maire , près
duquel je devais recevoir des éclaircissements sur l’origine du mal ,
le nombre des victimes et celui des animaux affectés. Ce zélé fonc-
tionnaire répondit avec empressement à mes diverses demandes,
et son utile concours lui a mérité le témoignage de ma sincère
gratitude , comme il doit lui valoir les suffrages de l’administration.
11 n’est que trop vrai, Monsieur le Préfet, qu’une maladie de
nature épizootique régnait sur les chevaux de Romont ; elle persista
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DE LA SOCIÉTÉ t>’ EMULATION.
195
avec asset d’inteosité dans le cours de septembre. Lors de moir
arrivée , le 5 octobre , Ton comptait déjà sept animaux morts , et-
je pas reconnaître que six offraient à un plus ou moins haut degré
des symptômes de la même affection. Les pertes se répartissaient
ainsi : chea le sieur Cherriere, une jument et un cheval ; chez le
sieur Cendre (François) , une jument et deux chevaux ; chez le sieur
ttUaire , un cheval , et enfin ches le sieur Houberdon , une jument.
Quant aux animaux atteints , ils appartenaient au sieur Cendre
(François) , à son frère , à Hilaire afné , à Hilaire jeune , à Grand-
tbouvenin et à son frère Grandthouvenin (François), chacun d’eux
pour un cheval.
Des sinistres aussi multipliés pour la localité durent nécessairement
jeter de vives alarmes, surtout à l'époque critique des semailles.
Aux empiriques primitivement appelés, avaient succédé des vétéri-
naires instruits , et c’est accompagné de mes confrères , MM. Fran-
çois et Thllly , de Rambervillers , que je procédai à l’étude du
fléau et aux moyens de le combattre.
L’examen des animaux malades et les lésions observées à l’ou-
verture de ceux qui avaient péri , firent facilement apercevoir quels
organes étaient intéressés et quel était le caractère de l’altération,
le les rappellerai succinctement , avant que de chercher à en apprécier
les causes.
Symptômes. Refüs des aliments ; tète basse ; air morne ; maigreur
instantanée ; bouche péteuse , flancs retirés ; respiration profonde ;
démarche difficile , vacillante ; colonne dorso-lombaire insensible ,
très-raide ; paupières gonflées , yeux larmoyants , conjonctive et
muqueuse buccale d’un jaune safran ; souvent humeur aqueuse de
l’œil trouble , jaunâtre ; iris et cornée transparente dans son pourtour,
réflétant la même teinte jaune ; crottins rares , secs et couverts d’un
eoduit noir, poisseux ; urine claire , son émission difficile ; campements
fréquents ; érection chez les chevaux ; pouls dans le principe plein ,
plus tard serré et tendu *, si un mieux ne survient, ces symptômes
s’exaspèrent : alors pools petit, concentré et irrégulier; trouble de la
vision , cécité , tête rasant le sol ; vadllement extrême , enfin chute ,
puis raideor tétanique ou accès vertigineux et convulsifs qui préludent
â la mort.
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196
ANNALES
Lésions cadavériques . Elle m’onl été rapportées par mes confrères,
les animaux morts étant depuis trop longtemps enfouis pour que je
les fisse exhumer. Je ferai observer toutefois qu’elles sont semblables
aux lésions observées par moi dans des cas critiques de cette affection.
Estomac médiocrement rempli d’aliments ; muqueuse du sac droit
çà et là enflammée ; intestins grêles épaissis et jaunis par de la
bile ; gros intestins phlogosés , surtout en se rapprochant du rectum ;
ils contiennent des matières durcies , desséchées et peu élaborées.
Reins sans consistance , tombant en putrilage ; vessie enflammée ;
foie gorgé de sucs bilieux ; rate ramollie , d'un noir violacé ; viscères
thoraciques sains ; cerveau injecté ; sérosité dans ses ventricules ;
muscles , et principalement le tissu cellulaire , colorés en jaun£.
D'après cet exposé de symptômes et de lésions , on peut aisément
se prononcer sur le genre de maladie auquel sont en butte les
chevaux de Romont. Us subissent toutes les conséquences d'une
inflammation des principaux viscères ventraux , mais surtout des sé-
créteurs de t'urine , de ceux de la bile , comme encore de diverses
sections du tube digestif, avec report sur les fonctions du système
nerveux , accusé et par des accès de vertige et par une sorte
d'hémiplégie du train postérieur.
Si telle est bien la nature de l’épizoqtie , on devra la classer
dans le cadre nosologique comme une variété de ces affections dés-
ordonnées par leurs symptômes et si graves par leurs suites, les
indigestions vertigineuses. Pour le cas actuel, l'estomac et le tube
intestinal ne sont pas les organes les plus lésés ; mais les viscères
annexes, le foie, la rate, les reins, dans quel état inflammatoire
les rencentre-l-on , et leur altération n'est-elle pas suffisante pour
expliquer cette réaction sympathique sur les facultés du cerveau et
de la moëlle allongée ?
Causes. Elles sont éloignées et prochaines. Les premières doivent
se rapporter à une mauvaise alimentation pendant toute la dernière
saison , les fourrages de l'an passé ayant été plus ou moins avariés
et nullement nutritifs : d'où l'affaiblissement des organes digestifs,
dont l’atonie a dû être portée à son comblé par les transpirations
considérables occasionnées par une chaleur estivale de 30 à 35° c.
Les secondes ont nécessairement pour principe des effets pour
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DE LA SOCIÉTÉ DÉMULATION .
197
ainsi dire inverses à ceux signalés ; on les trouve dans des travaux
des champs difficiles, les terres ne pouvant être attaquées par le
soc ; dans une nourriture par trop échauffante et dans des aliments
n’ayant pas encore subi une salutaire fermentation , car si 1 846
a produit peu , par contre les denrées ont été savoureuses et
réparatrices.
Telles sont les influences qui ont si fatalement pesé sur l’économie
du cheval et auxquelles elle n’a pu bien des fois se soustraire.
Ainsi s’expliquent, répéterons-nous, ces inflammations, ces transports
de bile , ces dysuries , cet état nerveux , cette paraplégie enfin ,
attributs redoutables de la douloureuse affection.
Les causes connues ou du moins suffisamment présumées , le
traitement s’est borné aux prescriptions suivantes :
i° Saignée proportionnée à la violence du mal et à la constitution
du sujet ;
2° Un ou deux sétons animés au poitrail ;
3° Liai ment révulsif sur la région dorso-lombaire ; topique chaud
et continuel sur la même partie ;
4° Breuvages émollients , souvent laxatifs ; émulsions camphrées ;
lavements adoucissants ;
Diète ; aliments de choix ; un peu de vert ; quelques carottes ;
boisson tiède avec son farineux ; une poignée de sel de cuisine et une
forte pincée de nitrate de potasse ;
6° Pansement exact ; corps bien couvert ; promenade légère ;
abondante et sèche litière;
7° Visite sévère du vétérinaire pour répondre aux indications à
remplir.
La maladie étant de nature seulement épizootique et aucunement
contagieuse, rien n’a été fixé pour le cautonnement ; mais au trai-
tement curatif laissé à la mairie, il a été scrupuleusement recommandé
h tous les cultivateurs de soumettre leurs chevaux aux soins ci-
après, afin de les soustraire aux atteintes de l’affection.
1° Ménager le travail et le proportionner aux forces et à l’état
des animaux ;
2° Saigner les plus vigoureux , comme ceux dont la tête serait
lourde et la démarche chancelante ;
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(98
A9NALE8
3° Peu nourrir ; humecter d’eau fortement salée les différents
fourrages ;
4® Donner, une fois le jour , un barbottage de son fartàiux et une
poignée de sel ;
5° Panser exactement.
C'est avec la plus vive satisfaction que j’aurai l'honneur de vous
apprendre, Monsieur le Préfet, qoe ces applications, aussi simples
que peu coûteuses , ont été suivies du plus entier succès ; que les
six chevaux indisposés lors de ma visite sont maintenant en parfaite
santé, et qu'aucun cas nouveau n'est apparu.
Un pareil succès démontre indubitablement la puissance de l'art
quand ce dernier est judicieusement appliqué ; il démontre combien
nos campagnes sont malheureuses quand elles se confient aux pratiques
ruineuses de l'empirisme et du charlatanisme. Comme je me suis
trouvé heureux d'avoir rencontré , dans l'accomplissement de ma mis-
sion, des collaborateurs aussi capables et aussi dévoués que mes
dignes collègues et amis, MM. François et Thilly, vétérinaires à
Rambervillers , j'oserai appeler sur eux les honorables témoignages
de satisfaction de l’ administration.
J’appellerai également , Monsieur le Préfet , votre efficace pa-
tronage sur les malheureux cultivateurs, victimes du désastre; tous
sont pères, de famille et peu aisés; à une époque où la classe agri-
cole souffre dans son principal revenu , die a tout lieu de compter
sur l'appui et la bienveillance d'un gouvernement juste et paternel.
J'appuierai encore de tout mon pouvoir le mémoire en indemnité
que M. le maire de Romont s’est chargé de vous présenter en faveur
de ses administrés.
Je ne clorai pas, Monsieur le Préfet, ce rapport sans vous faire
savoir que la maladie qui vient de frapper les chevaux de Romont ,
n'est pas restée étrangère à d’autres localités ; plusieurs communes
en ont souffert : dans le nombre je citerai Saint-Genest, Moyemont ,
Mori ville; je mentionnerai encore Epinal (dans les messageries surtout);
heureusement que si l’on réclame secours à temps, il y a tout Heu
d’espérer prompte guérison et que , dans aucun cas , je n'ai reconnu
le moindre signe de contagion à la propagation du mal.
J'ai l'honneur, etc . MATHIEU.
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DK LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION.
199
ORGANISATION RT PERSONNEL
M RA OAAtàtft M «UL
BÜREAl T .
Président honoraire , M. le comte Simeon , conseiller d’Etat , dé-
poté , directeur général de l’administration des tabacs à Paris.
Président, ¥. delà Bergerie , Préfet des Vosges.
Vice- président , M. Maud'heux , avocat et membre du conseil gé-
néral.
Secrétaire perpétuel , M. franco , docteur en médecine.
Secrétaire adjoint, M. Mathieu, médecin vétérinaire en chef du dé-
partement.
Trésorier , M. Guery, caissier à la recette générale.
COMMISSIONS ANNUELLES.
1 ° commission d’admission.
MM. Claudel, président, Maud'heux, Hogard, Mathieu, Éeaurain,
Gley , Lemarqui s.
2° COMMISSION DE COMPTABILITÉ
MM. Mougeot, président, Berker, Claudel, Beaurain, Grillât.
3° COMMISSION DE RÉDACTION ET DE PUBLICATION.
MM. Maud'heux, président, Charton , Lemarqui », Ballon, Gley,
Toillier, Évon.
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200
AHNÀLEA
4 ° COMMISSION DES PRIMES.
MM. Déblayé, président , Berher. Claudel , Mathieu , Bienaymi
Maud'heux, Toillie r.
5 ° COMMISSION D'àGRICULTURE.
MM. Déblayé , président, Mathieu , Berher , Claudel , Bienaymè
Évon, Mougeot , Dutac aîné, Toillier.
6° COMMISSION DES ANTIQUITÉS.
MM. Uogard , président , Laurent , Grillot, Ballon , Beaurain
Dutac jeune , Maud'heux .
MEMBRES TITULAIRES RÉSIDANT AU CHEF-LJEU.
MM.
R. de la Bergerie , Préfet , président.
Ballon, avocat.
Beaurain, architecte.
Berher, entomologiste.
Bienaymè, ancien pharmacien.
Charton , chef de bureau à la préfecture.
Claudel , ancien notaire.
Déblayé (Sébastien), propriétaire.
Drappier , docteur en médecine.
Dutac aîné , praticulteur.
Dutac jeune, praticulteur.
Évon fils, agronome.
Garnier, docteur en médecine.
Gley , imprimeur.
Grillot, architecte du département.
Guery, caissier de la recette générale.
Hàxo , docteur en médecine.
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DE LA SOCIÉTÉ ©ÉMULATION .
201
Hocard , agcnl-voyer directeur.
Laquent , conservateur du musée.
Leuarquis, procureur du Roi.
Lrroy, avocat.
Mathieu , médecin vétérinaire.
Maud’heux , avocat , membre du conseil générât.
Moogeot, percepteur.
PiEiiE, docteur en médecine.
Rocuatte , ancien notaire.
Ruault , propriétaire.
Toillier , pharmacien.
UBMBUES ASSOCIÉS LIBEES RÉS10ANT DANS LE RÉPARTIRENT.
MM.
Blondin , avoué et maire à Saiot-Dié.
Boileau , architecte à Mirecourt.
Buffet (Louis) , avocat A Mirecourt.
Cuvreose , docteur en médecine A Charmes.
Ciroui , sculpteur en bois à Mirecourt.
Delfuere , ancien président de la cour des comptes à Valfroi-
court.
Denis , juge de paix A Bains.
Derazey , juge à Êpinal.
De l'Espée , propriétaire à Charmes. *
Ferry (Édouard), avocat A Saint-Dié.
Gaspard , notaire A Mirecourt.
Gaudel , pharmacien A Bruyères.
Gaulard , professeur A Mirecourt.
Génin, propriétaire A Épinal.
Gerardgeorges , propriétaire aux Forges
Girardin , pharmacien A NeufchAteau.
Grandgeombs , notaire A Dompaire.
D’Hennezel , maire A Bettoncourt.
Houel , ancien principal A Saint-Dié.
Husson-Durand, négociant A Mirecourt.
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202
AftlfALBS
Lallemand , curé k Dompaire.
Lenfant , juge de. paix , président du comice agricole k Mirecourt.
Lequin , propriétaire k Lahayevaux.
Malgeas , principal du collège , directeur de l’école normale de MI-
recourt.
Mamelet , docteur en médecine k BulgnéviUe.
Mat (J.-B.), agronome k Mandray.
Merlin , ancien chef d’escadron d’artillerie à Bruyères.
Mougeot, docteur en médecine à Bruyères.
Mougeot fils , docteur en médecine k Bruyères.
Peureux , maire à la Chapelle-aux-Bois.
Pierrot , curé à Trémonzey.
De Pruines , maître de-forges à Semouxe (Xertiguy).
Puton , naturaliste à Remi remont.
Puton (baron) , ancien colonel à Mirecourt.
Resal , avocat à Dompaire.
Simon , principal du collège de Saint-Dié.
Turcx , docteur en médecine h Plombières.
Vuillehin , percepteur k Nossoncourt.
membres correspondants.
MM.
Alrert Monteront , homme de lettres à Paris.
Allonville (O b’) , ancien préfet de la Meurthe.
Altmayer , propriétaire k Saint-Avold.
Aurry-Fervrel , négociant b Paris.
Bazelaire (de) , attaché au ministère des cultes h Paris.
Beaulieu, membre de la société des antiquaires de France.
Beaupré , vice-président au tribunal civil de Nancy 1 .
Bégin , docteur en médecine b Paris.
Bergé , chef de bureau k l’administration des tabacs , k Paris.
Bergé, inspecteur des forêts k Chklons-sur-Saône.
Berthier, propriétaire de la ferme expérimentale de Roville.
Blaise (des Vosges), professeur d’économie politique k Paris.
Bonfils (de) , ancien sous-préfet k Mirecourt.
Bonnafous , directeur du jardin royal de Turin.
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DS LA SOCIÉTÉ D 'ÉMULATION • 203
Borrm, ancien secrétaire de lt société royale des antiquaires de
de France , membre de plusieurs sociétés savantes.
Boula de Coulohkiers , ancien préfet des Vosges.
Boulât (delà Meurthe), député des Vosges.
Braconot , directeur du jardin botanique de Nancy.
Buffévent (de), conservateur des forêts à Grenoble.
Cbarlier , inspecteur des forêts b Gaudebec.
Guerrier , ancien sous -préfet de Neufchbteau , b Paris. «
Chrétien , professeur d’agriculture b l’école normale de Nancy.
Claudel, ingénieur civil b Paris.
Collard , ancien substitut du procureur général b Nancy.
Collin , professeur au collège de Strasbourg.
Cournault, bemme de lettres b Paris.
Crissant , directeur de la forme expérimentale d’ArtfeuiUe.
Cutnat , chirurgien-major en retraite et bibliothécaire b Dijon.
Dehidoff (Anatole), propriétaire de mines aux monts Oural (Russie).
Denis père, membre de plusieurs sociétés savantes b Commercy
(Meuse).
Denis, médecin b Toul.
Dmlot, procureur général b Bourges, député des Vosges.
Didion, ingénieur des ponts et chaussées b Niort.
Dicot , avocat b Nancy.
D’Olincourt , architecte b Bar-le-Duc.
Dompmartui, docteur en médecine b Dijon.
Doré, ingénieur en ehef des ponts et chaussées.
Dumont , avocat b Commercy.
Fournel, professeur b Metz.
Gaillardot , docteur en médecine b Saida (Syrie).
Gand, inspecteur forestier.
Gémn (dit Vérüsmor), homme de lettres b Cherbourg.
Génin , professeur de la faculté des lettres de Strasbourg.
Gillet , juge b Nancy.
Gley, agent comptable en Afrique.
Gloesner , professeur b Liège.
Gorron , ancien élève de Rovilie.
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204 AN WALES
Godde de Liancourt , fondateur de la société des naufrages , à
Paris.
Godron, docteur en médecine à Nancy.
Golbery (de) , procureur général à Besançon.
Guibal père, juge de paix à Nancy.
Guillaume , curé à Blénold-lez-Toul.
Hausmann , sous-intendant militaire.
Hubert^ naturaliste à Y verdun.
Joly, ingénieur des ponts-et-chaussées à la Martinique.
Kirschleger , professeur de botanique à Strasbourg.
Lair , secrétaire perpétuel de la société royale d’agriculture et de
commerce à Caen.
Languey de Sivry , propriétaire à Arney-le-Duc (Côte-d’Or).
Lebbsque , professeur à la faculté des sciences à Bordeaux .
Lepage , archiviste de la préfecture à Nancy.
Lesaing , docteur en médecine à Blàmont.
Levaillant de Bovent , ingénieur en chef à Besançon.
Lehr (Paul), ancien membre du conseil général des Vosges, à
Strasbourg.
Lionnet, professeur de mathématiques au collège Louis-le-Grand ,
à Paris.
Maimat , officier en retraite.
Malgaigne , docteur en médecine, membre de l’académie de médecine
à Paris.
Mansion , directeur de l’école normale primaire de Melun.
Mailler (de) , officier supérieur d’artillerie à Metz.
Marant fils, cultivateur à Rimauconrt.
Martel, officier au 5 e régiment de hussards.
Masson, conseiller à la cour royale de Nancy.
Maulbon d’Arbaumont , ingénieur en chef des ponts et chaussées à
Vesoul.
Ménestrel , ancien chirurgien aide-major.
Mirbeck (de), officier en retraite à Barbas.
Monicault (de), préfet à Melun.
Monnier, propriétaire à Nancy.
Nau de Cuamplouis, pair de France, préfet à Dijon.
Nodot , directeur du musée de Dijon.
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DE LA SOCIÉTÉ d’ ÉMULATION.
Noël, ancien notaire à Nancy.
Ottmann père , ancien capitaine d'artillerie k Strasbourg.
Oulmon (d'Epinal) , docteur en médecine k Paris.
Pariset , secrétaire de l'académie royale de médecine k Paris.
Pensée , professeur de dessin k Orléans.
Péricaot de Gravillon , capitaine d’état-nuÿor k Paris.
Petot , ingénieur en chef des ponts et chaussées k Bourbon-
Vendée.
Pierrard , ancien officier du génie k Verdun.
Pinet , avocat k la cour royale de Paris.
Pirocjx , directeur de l'institut des sourds-muets k Nancy.
Poirel , avocat général k Nancy.
Pradel (Eugène de) , improvisateur k Paris.
Putegnat , docteur en médecine k Lunéville.
Puvis , président de la société d’agriculture de Bourg.
Riant (l'abbé), aumônier au collège de Haguenau.
Riquet , médecin vétérinaire au 7 e dragons.
Salmon, procureur du Roi à Saint-Mihiel.
Saucerotte , docteur en médecine k Lunéville.
Siméon (comte), député des Vosges, directeur général de l'adminis-
tration des tabacs à Paris.
Simon , juge au tribunal civil à Metz.
Simonin , médecin de l'hospice civil à Nancy.
Soyer-Willemet, secrétaire de la société centrale d'agriculture de
Nancy, bibliothécaire en chef de la même ville.
Soulacroix, ancien recteur de l'académie de Lyon.
Thiébaut de Bernéaud, bibliothécaire de la bibliothèque Mazarinc
k Paris.
Thomas (d’Epinal) , homme de lettres a Paris.
Tocquaine , garde général des forêts k Strasbourg.
Toussaint, agriculteur k Stuttgard.
Turce , médecin k Paris.
Turck (Amédée), fondateur de l'école d’agriculture de Sainte-Gene-
viève près de Nancy.
Vagner , homme de lettres k Nancy.
Valdezey , docteur en médecine a Liancourt.
Varlet, docteur eu médecine k Haguenau.
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206
AlUIALEft
Vergiuuld-Romagnési , négociant à Orléans.
Vial , conservateur des forêts à Chaumont.
Ville poix (de) , ancien professeur d’apiculture à Roville,
FIN.
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TABLE DES MATIÈRES
CONTINUES
DANS LE l w CAHIER DU TOME VJ. — ANNÉE 1846.
Procès-verbal de la séance publique du 24 septembre 1846. 5
Courte rendu des travaux de la société en 1845 — 1846,
par M. Ballon, avocat, membre titulaire 13
Rapport sur la distribution des primes départementales affectées
à l'arrondissement d’Épinal , par M. Gaudel , membre titulaire. 60
Proclamation des médailles et mentions honorables 67
Programme des primes et médailles à décerner en 1847 . . 72
Rapport sur les objets concernant l’histoire naturelle , déposés
au musée vosgien en 1845 — 1846, par M. le docteur
Mougeot , président du comité d’histoire naturelle h la com-
mission de surveillance de cet établissement départemental ,
membre associé libre 74
Note sur les accroissements des collections du musée dépar-
temental , par M. Jules Laurent , directeur de cet établis-
sement, membre titulaire 98
Notice sur deux petits dépôts de tuf calcaire situés sur le ter-
ritoire de la commune de Vincey , par M. Hogard , membre
titulaire 105
Note sur l’alternance des végétaux , par M. Évon , membre
titulaire 115
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208
TABLE
Mémoire sur diverses améliorations apportées dans l'emploi des
bois pour la menuiserie, par M. P. -A. Boileau, architecte,
membre associé libre 142
Notice sur la culture d'un nouveau blé printanier, dit blé de
Tangut, par M. Bienaymé, membre titulaire 163
Rapport sur les travaux d’encaissement d’une partie de la
Moselle, exécutés par MM. Dutac frères, d'Épinal, membres
titulaires, par M. le baron de Ladoucette 169
Recherches historiques sur la commune de Neufchâleau , par
M. A. Digot, avocat à Nancy, membre correspondant . 172
Rapport sur une épizootie, par M. Mathieu , membre titulaire. 194
Organisation de la Société et liste de ses membres en 1846. . 199
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